La maison Andrew McNally, un monument historique, brûle lors de l’incendie d’Eaton à Altadena, le 8 janvier 2025.
© Robyn Beck / AFP
Depuis une semaine, des incendies ravageurs, favorisés par la sécheresse et portés par le vent, embrasent la ville californienne de Los Angeles. Alors que le bilan humain et matériel continue de s’alourdir, un premier état des lieux des pertes culturelles se dessine. Si quelques lieux emblématiques, telle la Villa Getty, ont été épargnés ou sauvés de justesse, plusieurs musées, galeries d’art, demeures d’artistes et maisons d’architectes historiques ont malheureusement été réduits en cendres.
Déjà identifiés comme les plus destructeurs de l’histoire de Los Angeles, ces feux ont ravagé plus de 137 km2 (soit bien plus que la surface de Paris intra-muros) entre Malibu et Santa Monica sur le flanc ouest de la Cité des anges, ainsi qu’à l’est, près de Pasadena. Ces brasiers ont entraîné à ce jour la mort de 24 personnes et de nombreux animaux, l’évacuation de 180 000 résidents ainsi que la destruction de milliers de bâtiments et habitations, dont la quasi-totalité du quartier huppé de Pacific Palisades.
Au sein des quartiers touchés se nichaient des trésors architecturaux dont certains n’ont pas survécu, à l’instar de nombreuses maisons remarquables des années 1900–1930 et de la Andrew McNally House (1887) à Altadena, qui était inscrite au Registre national des sites historiques (National Register of Historic Places). Conçue par l’architecte Robert Bridges et érigée entre 1979 et 1989, la Robert Bridges House, bardée de bois et perchée en équilibre au-dessus de Sunset Boulevard sur d’immenses piliers de béton, a elle aussi entièrement brûlé, tout comme la Keeler House (1991) de l’architecte Ray Kappe, le Topanga Ranch Motel (1929) et le Theatre Palisades (1963).
Le ranch historique de Will Rogers a été détruit à Will Rogers State Historic Park, 10 janvier 2025
© Jonathan Alcorn / ZUMA Press Wire / SIPA
Trois musées ont également disparu dans les flammes : le Zorthian Ranch, centre d’art créé par l’artiste d’origine arménienne Jirayr Zorthian (1911–2004), qui contenait les œuvres et archives de ce dernier ; le Bunny Museum, qui abritait 46 000 œuvres et objets sur le thème des lapins ; et le ranch historique de l’acteur Will Rogers, star du cinéma muet des années 1920, devenu maison-musée inscrite au Registre national.
Les galeries, artistes et collectionneurs ne sont pas en reste. La galerie Alto Beta, à Altadena, est entièrement partie en fumée avec toutes les œuvres de la peintre Mary Anna Pomonis qui y étaient exposées depuis le 5 janvier. L’artiste Kathryn Andrews, qui avait déjà tout perdu lors d’un incendie en 2020 et vient de lancer une cagnotte GoFundMe pour les artistes les plus démunis victimes des feux, pleure quant à elle son logement et sa collection d’œuvres de Richard Long, Rashid Johnson et Jim Shaw.
Des sculptures de lapins carbonisés dans les débris du Bunny Museum, le jeudi 9 janvier 2025, dans le quartier Altadena de Pasadena
© Chris Pizzello / AP / SIPA
Les artistes Paul McCarthy, Diana Thater, Beatriz Cortez, Eddie Rodolfo Aparicio, Amir Nikravan et Salomón Huerta, ainsi que Paul Schimmel, ex-conservateur en chef du Museum of Contemporary Art (MOCA) de Los Angeles, qui possédait de nombreuses œuvres, ont également vu leurs maisons ou ateliers dévorés par les flammes. Si sa maison d’amis, où se trouvait une grande toile du peintre Guillaume Bresson, a intégralement brûlé, le mécène et collectionneur Lionel Sauvage a réussi à sauver sa collection de 150 pièces de Watteau, qui étaient conservées dans sa maison principale et qu’il a placées dans une cave en béton, comme le rapporte Le Monde. À ce bilan s’ajoutent les nombreuses œuvres de valeur (sans qu’on en connaisse à ce jour le détail) qui se trouvaient dans les maisons de stars entièrement détruites, comme celles d’Anthony Hopkins, Adam Brody, Paris Hilton, Mel Gibson, Laetitia Halliday et Patrick Bruel.
Le jardin de la Villa Getty
Photo: Tahnee L. Cracchiola © 2018 J. Paul Getty Trust
Certains lieux emblématiques ont cependant été miraculeusement épargnés. C’est le cas de la Villa Getty située à Pacific Palisades et qui constitue, avec le Getty Center du quartier de Brentwood, l’un des deux sites du Getty Museum de Los Angeles. Construit dans les années 1950 par J. Paul Getty, magnat et richissime collectionneur, ce bâtiment exceptionnel inspiré de la villa des Papyrus d’Herculanum abrite 44 000 œuvres. Mardi 7 janvier à 12h27, le feu a embrasé des arbres du domaine très près de l’édifice, occasionnant des images spectaculaires qui ont fait frémir le monde de l’art, mais le bâtiment a finalement échappé aux flammes, sans blessés ni dégâts.
Le Getty Center, qui avait dû fermer en 2017 et 2019 en raison de feux dans le secteur, est lui aussi doté d’un arsenal anti-incendie.
Préparé, le personnel de la villa avait déclenché l’arrosage sur l’ensemble du site le matin du 7 janvier, tandis que le terrain était régulièrement débroussaillé et ses arbres et arbustes affinés et taillés pour offrir une moins bonne prise aux flammes. Protégées par des doubles parois, les galeries du musée et les archives de sa bibliothèques ont été isolées de la fumée par « des systèmes de traitement de l’air ultramodernes », a précisé Katherine E. Fleming, présidente du Getty Trust. La villa restera néanmoins fermée « par précaution » pour une durée indéterminée.
Le deuxième site du Getty Museum, le Getty Center, conçu par l’architecte Richard Meier et qui conserve des peintures inestimables d’artistes comme Rembrandt, Cranach, Carpaccio, Watteau, Goya, Manet et Van Gogh – ainsi qu’un Caillebotte exceptionnel prêté en ce moment au musée d’Orsay, Jeune homme à la fenêtre (1876) – n’a quant à lui pas été touché. Ce musée, qui avait dû fermer en 2017 et 2019 en raison de feux dans le secteur, est lui aussi doté d’un arsenal anti-incendie : un terrain débroussaillé et irrigué où sont privilégiés les cactus et autres plantes grasses, des portes coupe-feu, un système de traitement de l’air et l’enveloppe du bâtiment, constituée d’une structure en acier recouverte de 300 000 blocs de travertin, pierre résistante au feu. Un véritable bunker dont l’efficacité est aujourd’hui mise à l’épreuve.
Charles et Ray Eames, « Eames House », Los Angeles, États-Unis, 1949
L’intérieur fonctionnel et esthétique : chez les Eames, temple du design
Voici le célèbre couple de designers Charles et Ray Eames bavardant tranquillement dans leur maison californienne de 1949, accompagnés de leur iconique chaise longue trônant sur la droite de la photographie. Baies vitrées sur le côté, longue perspective vers l’entrée et salon encastré sous la mezzanine révèlent le talent d’architecte de Charles. Pendant que Ray, ancienne artiste de l’abstraction, dévoile ici quelques règles de décoration incontournables : l’emploi de matériaux bruts et naturels, l’intégration de plantes d’intérieur indispensables au bien-être, la multiplicité des tapis pour apporter confort et exotisme, la surcharge de coussins et de textiles aux motifs géométriques… Une leçon de style intemporelle.
© AKG
Selon le New York Times, pas moins de 5 000 bâtiments pourraient avoir été détruits. Parmi les 13 000 autres édifices pour l’instant indemnes mais encore menacés figurent la villa Aurora, qui accueille des résidences d’artistes depuis 1995 ; la maison de l’écrivain Thomas Mann, construite en 1942 par Julius Ralph Davidson ; la Gamble House, conçue en 1907–1909 par les architectes Greene and Greene dans le style Arts & Crafts ; et l’iconique Eames House (1949) des célèbres designers Charles & Ray Eames.
Ces destructions ont logiquement entraîné de nombreuses fermetures de lieux et d’expositions, ainsi que la suspension de plusieurs événements, tournages et avant-premières. Initialement prévue le 17 janvier, l’annonce des nominations des Oscars (dont la cérémonie est prévue le 2 mars à Los Angeles) a été repoussée au 19.
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