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Lucas Cranach l’Ancien en 2 minutes

En bref

Peintre majeur de la Renaissance germanique, Lucas Cranach (1472–1553) participe pleinement à la réforme protestante. Proche de Martin Luther, il est l’auteur d’une œuvre à la fois originale et morale correspondant à cette nouvelle doctrine. Son art, comme celui de son contemporain et rival Albrecht Dürer, a été largement diffusé par la gravure. L’artiste est particulièrement célèbre pour ses nus féminins, à la physionomie allongée et aux yeux en amande. Osée mais morale, politique et religieuse, l’œuvre de Cranach est l’une des plus singulières du XVIe siècle européen.

Lucas Cranach l'Ancien, Autoportrait
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Lucas Cranach l’Ancien, Autoportrait, 1550

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Huile sur bois • 64 × 49 cm • Galleria degli Uffizi, Florence • © Photo Luisa Ricciarini / Bridgeman Images

On a dit de lui

« Nul n’a peut-être mieux rendu les airs provocants, l’insidieuse finesse, l’élégante corruption, la versatilité des courtisanes. » – Alfred Michiels

Sa vie

Né dans une province germanique, Cranach serait le fils d’un peintre. Son enfance et sa jeunesse sont quasiment inconnues, jusqu’à sa fréquentation des milieux humanistes au début du XVIe siècle et ses premières toiles religieuses. Il est alors influencé par son contemporain Albrecht Dürer.

En 1505, Cranach s’impose en tant que peintre officiel au sein de la cour de Frédéric le Sage, prince électeur de Saxe. Il se voit confier des missions diplomatiques qui lui permettent de voyager, et devient également portraitiste de la cour. Pour satisfaire à toutes les commandes, il s’entoure d’un atelier. Cranach tient une position enviable : son atelier se trouve au château, son matériel est fourni. Il se rend aussi propriétaire d’une pharmacie et achète une imprimerie. Sa fortune est faite.

L’artiste soutient la réforme protestante. En fervent ami de Martin Luther (fondateur du protestantisme, traducteur de la Bible en allemand, qui habite comme lui à Wittemberg), il participe activement à la guerre des images qui opposent catholiques et protestants au cours des années 1520. Pour soutenir les idées de la Réforme, qui ne considère pas la tentation du corps comme un péché dès l’instant où celle-ci est comprise dans le mariage, Cranach peint plusieurs retables. Leur iconographie cherche à montrer l’actualité des récits bibliques dans la vie de tout un chacun. Il fait parfois figurer Luther ainsi que son autoportrait. Le thème de la Loi est omniprésent.

Cranach le luthérien se spécialise dans les nudités. Il respecte l’iconographie biblique et les mythes hérités de l’Antiquité, en bon humaniste de la Renaissance, tout en créant un type féminin nouveau et particulier : ses femmes sont élancées, avec des petits ventres bombés et des poitrines menues. Son œuvre originale, au style qualifié de maniériste, rencontre un immense succès dans les milieux aristocratiques.

 Ses figures profanes ou bibliques, séduisantes et ambigües, n’avaient rien d’inacceptable pour un public protestant car elles se veulent porteuses d’un message moral. Leur séduction n’est pas seulement érotique, c’est une mise en garde contre les pièges de l’amour. Cranach associe sensualité et spiritualité.

Lucas Cranach l’Ancien meurt en 1553 mais laisse son atelier à son fils, Lucas Cranach le Jeune, qui travaille à ses côtés depuis 1525.

Ses œuvres clés

Lucas Cranach l'Ancien, Adam et Ève
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Lucas Cranach l’Ancien, Adam et Ève, vers 1510

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Technique mixte sur bois • 58 × 44 cm • Musée national, Varsovie • © Städel Museum, Francfort

Adam et Ève, vers 1510

Connaisseur de l’œuvre gravée de Dürer, Cranach s’en inspire et focalise son attention sur les proportions du corps humain. Mais à la différence de son contemporain et rival, l’artiste s’écarte des canons idéaux inspirés des artistes italiens et donne au couple originel une allure maniériste, comme s’il dansait. La perte de la grâce par l’Homme était un thème populaire du temps de la Réforme, et l’un des sujets de prédilection de Cranach qu’il a représenté plus de trente fois.

Lucas Cranach L'Ancien, Judith tenant la tête d’Holopherne
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Lucas Cranach L’Ancien, Judith tenant la tête d’Holopherne, 1530

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Peinture sur bois • 87,7 × 58,1 cm • Kunsthistorisches Museum, Vienne • © Photo Luisa Ricciarini / Bridgeman Images

Judith tenant la tête d’Holopherne, 1530

Judith est une héroïne de l’Ancien Testament qui sauve sa ville d’un terrible siège en séduisant le général Holopherne puis en lui tranchant la tête. Dans le contexte de la réforme, cette œuvre a une résonance politique. Judith incarne la résistance protestante face à la répression catholique. Cranach n’oublie pas de doter sa figure d’une certaine sensualité, conformément à son habitude : parée de riches vêtements, de bijoux, la chevelure libre, elle se présente comme une jeune femme sûre de sa beauté. Son teint diaphane contraste avec la tête cadavérique d’Holopherne, dans des tons verdâtres.

Lucas Cranach l'Ancien, Les Trois Grâces
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Lucas Cranach l’Ancien, Les Trois Grâces, 1531

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Peinture sur bois • 36 × 24 cm • musée du Louvre, Paris • © Bridgeman Images

Les Trois Grâces, 1531

Issues de la mythologie gréco-latine, les Grâces sont les compagnes d’Aphrodite et des divinités jugées parfaitement morales. Cranach les peint pourtant d’une manière osée pour l’époque. Chacune adopte une attitude dévoilant l’érotisme de la nudité féminine : celle de gauche montre ses fesses, la figure centrale dévoile son pubis tandis que la déesse de droite se tient presque de profil, les cheveux déliés et dans une attitude très libre. Pour relier les trois personnage, Cranach a peint un voile transparent, qui court du fessier de l’une au bras de l’autre.

Par • le 26 février 2020
Retrouvez dans l’Encyclo : Maniérisme Lucas Cranach

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