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Photographe original, André Kertész (1894–1985) a vécu entre Paris et New York. Il compte parmi les artistes ayant ouvert de nouvelles perspectives esthétiques dans le contexte du surréalisme et du développement du photojournalisme. Ses images poétiques, intimistes, sont davantage des représentations subjectives que des documents. Kertész invente, innove, à la manière d’un poète.
Portrait d’André Kertész, 1982
© Toronto Star Photograph Archive / Photo Boris Spremo
« J’interprète ce que je ressens à un moment donné. Pas ce que je vois, mais ce que je ressens. »
Une passion précoce pour l’image
Né à Budapest dans une famille de confession juive, André Kertész grandit dans un milieu aisé. Très jeune, il se passionne pour les images découvertes dans des magazines. Son rêve est de devenir dessinateur… mais c’est la photographie qui deviendra sa passion dès l’adolescence.
Employé dans une banque puis mobilisé
Avant d’en faire sa vocation, le jeune garçon, devenu orphelin de père et élevé par son oncle, travaille comme employé dans une banque et fait des études de commerce. La Grande Guerre survient : engagé à l’âge de vingt ans, André Kertész réalise des reportages photographiques, à titre personnel, sur son expérience.
Des débuts comme photographe à Paris
Dans les années 1920, André Kertész émigre à Paris. Il se décide à consacrer sa vie à la photographie. Le jeune homme a beaucoup de talent et sait se faire apprécier. Il s’immerge dans le monde artistique et littéraire, dans lequel il photographie de nombreuses personnalités, dont Brassaï, Chagall et les surréalistes. Il se marie brièvement à la photographe Rosa Klein, alias Rogi André.
Expositions et commandes pour la presse
Pour vivre, André Kertész travaille pour des magazines tels que Vu. Il fait l’acquisition d’un Leica et expose ses œuvres photographiques en galeries. C’est en 1933 qu’il réalise sa plus célèbre série, intitulée « Distorsions ».
L’appel de l’Amérique
Remarié à Elizabeth Sali, il part s’installer à New York où il travaille pour l’agence de presse Keystone. Mais le photographe ne parlant pas anglais, sa percée dans le milieu américain n’est pas aisée. Il est pourtant naturalisé américain en 1944.
Une reconnaissance tardive
Après la guerre, Kertész revient régulièrement en France. Il reprend son travail sur le thème des « Distorsions », et est adulé des esthètes. Mais sa photographie reste méconnue du monde institutionnel. Ce n’est que dans les années 1980 que l’œuvre de Kertész commence à obtenir une véritable reconnaissance. Trois ans avant sa mort en 1985, il reçoit le Grand Prix national de la photographie.
André Kertész, Fourchette, 1928
Épreuve gélatino-argentique (tirage 1977) • © MutualArt
Fourchette, 1928
Épurée, cette nature morte photographique en noir et blanc poétise les objets du quotidien. Une assiette et une fourchette sont posées sur une nappe blanche. Kertész construit une composition jouant avec les ombres. Les objets semblent reliés entre eux, dialoguer ensemble dans une conversation muette. Cette photographie aurait été prise dans l’atelier de Fernand Léger, à la fin d’un repas. Son minimalisme l’inscrit dans une recherche de modernité excluant l’anecdote comme tout pittoresque.
André Kertész, Chez Mondrian, 1926
Épreuve gélatino-argentique • 10,9 × 7,9 cm • Coll. J. Paul Getty Museum • © The Witkin Gallery, Inc., New York
Chez Mondrian, 1926
Ayant rendu visite au célèbre peintre abstrait, André Kertész livre une série de clichés épurés cherchant à capter l’essence du personnage. Le photographe saisit l’espace avec un souci de géométrie qui renvoie à l’œuvre de Mondrian. L’atelier devient un autoportrait en creux de l’artiste, l’image de la simplification qu’il recherchait sans cesse. Kertész se souviendra que la fleur dans le vase était artificielle et avait été peinte par Mondrian.
André Kertész, Distorsions N°60, 1933
Épreuve gélatino-argentique • 25,2 × 20,3 cm • Coll Musée National D’art Moderne, Centre Pompidou, Paris • © Centre Pompidou, MNAM CCI, Dist. RMN Grand Palais / Philippe Migeat
Distorsions n°60, 1933
À l’aide d’un miroir déformant, tel qu’il en existe dans les fêtes foraines, Kertész travaille sur une image anticonformiste du corps féminin. La chair apparaît malléable, distendue, contractée, élastique. L’artiste se détourne des apparences du monde réel pour exprimer une autre réalité, plus absurde, plus inquiétante aussi. Le trucage est assumé comme un objet, en tant que véritable sujet de l’œuvre. Dans les années 1980, le photographe reprendra et complétera cette série.
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