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Une œuvre en détails

« Andromède libérée par Persée » ou les joyeuses extravagances de Piero di Cosimo

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Portraits troublants, paysages quasi fantastiques, scènes mythologiques fourmillant de détails… Décrit par le biographe Vasari comme un peintre frappé de bizarrerie, Piero di Cosimo (1462–1522) dérange par son univers fantasmagorique et chaotique. Observons d’un peu plus près l’un de ses chefs-d’œuvre, « Andromède libérée par Persée », joyau de la galerie de Offices de Florence. Au programme des réjouissances : un monstre mythologique, une foule de VIP florentins et un paysage à couper le souffle !
Piero di Cosimo, Andromède libérée par Persée
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Piero di Cosimo, Andromède libérée par Persée, vers 1515

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Un épisode mythique

De retour du pays des Gorgones, Persée, héros de la mythologie grecque, sauve une jeune fille attachée à un arbre qu’un monstre marin s’apprête à dévorer. Il s’agit d’Andromède, fille de Céphée, roi des Éthiopiens, offerte en sacrifice pour apaiser la colère des dieux à la suite des paroles imprudentes de sa mère Cassiopée. Laissant libre cours à son imagination, Piero di Cosimo s’empare de cet épisode dramatique pour en offrir une vision réjouissante.

Huile sur bois • 70 x 123 cm • © Galerie des Offices, Florence

Piero di Cosimo, Andromède libérée par Persée (détails)
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Piero di Cosimo, Andromède libérée par Persée (détails)

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Un tableau cinématographique

Le procédé de la composition narrative n’est pas nouveau mais Piero en donne une version circulaire originale : il représente trois moments différents de l’histoire en un seul tableau. En haut à droite, Persée dans les cieux arrive à la rescousse, paré de ses chaussures ailées, du sabre courbe donné par Mercure, du bouclier d’Athéna et du casque d’Hadès qui rend invisible. Au centre, c’est le moment crucial où il s’apprête à terrasser le monstre, lui-même sur le point de dévorer Andromède sous les yeux désespérés de ses proches. En bas à droite, la jeune femme retrouve les siens, euphoriques, qui brandissent des rameaux d’olivier, symbole de victoire.

Huile sur bois • 70 x 123 cm • © Galerie des Offices, Florence

Piero di Cosimo, Andromède libérée par Persée (détail)
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Piero di Cosimo, Andromède libérée par Persée (détail), vers 1515

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Un paysage psychédélique

Au second plan, par le biais d’une perspective renversée (en s’éloignant de l’œil, les lignes divergent au lieu de converger), le paysage s’ouvre sur un horizon infini cerné de montagnes rocheuses boisées, comme en mouvement, donnant une étrange impression à la fois d’équilibre et d’instabilité. L’aspect circulaire du plan d’eau participe à créer une vision presque photographique de la scène – la forme arrondie et bombée fait penser aux déformations de nos optiques grand-angle !

Huile sur bois • 70 x 123 cm • © Galerie des Offices, Florence

Piero di Cosimo, Andromède libérée par Persée (détail)
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Piero di Cosimo, Andromède libérée par Persée (détail), vers 1515

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La foule en délire

Par leurs gestuelles et leurs poses théâtrales, les figures de Piero di Cosimo entraînent le spectateur dans une ronde étourdissante. À droite, les habitants du royaume font la fête dans une ambiance qui, selon les historiennes Anna Forlani Tempesti et Elena Capretti, évoque les spectacles citadins organisés lors du retour des Médicis à Florence (1512) ou de l’entrée de Léon X à Florence (1515), pour lesquels Piero réalisa des costumes et coiffures destinés aux figurants et musiciens.

Huile sur bois • 70 x 123 cm • © Galerie des Offices, Florence

Piero di Cosimo, Andromède libérée par Persée (détail)
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Piero di Cosimo, Andromède libérée par Persée (détail), vers 1515

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Focus sur les people de l’époque

L’œuvre pourrait être une allusion au retour des Médicis à Florence car derrière les personnages mythologiques de la foule en liesse se cacheraient les personnalités de l’époque : Céphée (l’homme au turban blanc) ne serait autre que Filippo Strozzi (le commanditaire), condottiere qui, par son mariage avec Clarice de Médicis, s’était allié à la puissante famille florentine. Persée serait une évocation de Laurent de Médicis, tandis que le personnage fixant le spectateur ne serait autre qu’un autoportrait du peintre.Telle est la thèse de l’historien de l’art Luciano Berti qui, en revanche, ne dit rien de la belle ayant inspiré au peintre sa gracieuse Andromède…

Huile sur bois • 70 x 123 cm • © Galerie des Offices, Florence

Piero di Cosimo, Andromède libérée par Persée (détail)
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Piero di Cosimo, Andromède libérée par Persée (détail), vers 1515

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Des instruments de musique imaginaires

Il n’y a pas que le monstre marin qui soit délirant dans cette scène : les instruments de musique sont, eux aussi, totalement improbables. Celui de la jeune femme noire est un mélange entre des instruments à vent et à cordes, mais il ne pourra en sortir aucun son car le tuyau insufflant l’air se trouve sous les trous et non au-dessus, comme le veut l’usage. Le sitar longiligne tenu à grand-peine par la blonde à genoux n’existe pas davantage : il n’a pas de caisse de résonance.

Huile sur bois • 70 x 123 cm • © Galerie des Offices, Florence

Retrouvez dans l’Encyclo : Renaissance italienne

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