Article réservé aux abonnés

Une œuvre en détails

Bernard van Orley, le visage méconnu de la Renaissance à Bruxelles

Par

Publié le , mis à jour le
Après quatre siècles à l’abri des regards, trois grandes institutions bruxelloises s’unissent pour remettre à l’honneur l’art de Bernard van Orley, artiste multi-facettes de la Renaissance du Nord, injustement méconnu. À l’occasion de cette première rétrospective mondiale, plongée en détails dans l’un de ses portraits emblématiques qui conjugue le raffinement à l’érudition.
Bernard van Orley, Portrait de Georges de Zelle
voir toutes les images

Bernard van Orley, Portrait de Georges de Zelle, 1519

i

Un visage de la Renaissance

Si Bruxelles fête cette année le 450e anniversaire de la mort de Bruegel, ses musées (Bozar, les musées royaux des Beaux-Arts de Belgique et le musée Art & Histoire de Bruxelles) mettent en lumière un de ses contemporains méconnus : Bernard van Orley (1488–1541). Ce peintre de cour à la tête d’un important atelier est l’un des artistes les plus innovants de la Renaissance nordique, qui combine à la fois le réalisme minutieux des primitifs flamands et les apports de l’art italien. Le raffinement de ses peintures religieuses, de ses tapisseries et de ses vitraux illustre le faste qui règne alors à Bruxelles. Mais c’est à travers ses portraits, en particulier celui-ci, truffés de références érudites, de symboles et de citations, que s’exprime le caractère humaniste de son art.

Huile sur bois • 38,9 x 31,5 cm • © Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique / Koninklijke Musea voor Schone Kunsten van België / Royal Museums of Fine Arts of Belgium

Bernard van Orley, Portrait de Georges de Zelle [détail]
voir toutes les images

Bernard van Orley, Portrait de Georges de Zelle [détail], 1519

i

Le peintre dans sa ville

Né et mort à Bruxelles, Bernard van Orley n’a jamais quitté la ville. Et pourquoi l’aurait-il fait ? Au début du XVIe siècle, la capitale des Habsbourg est un formidable carrefour d’influences artistiques : Dürer y séjourne en 1520, les cartons de Raphaël y arrivent en masse de Rome pour être tissés… En 1518, van Orley est nommé portraitiste officiel de la cour et l’inscription latine qui borde la partie supérieure du panneau (« Bernard van Orley, fait à Bruxelles en 1519 ») rappelle sa fréquentation des hautes sphères intellectuelles, tout en réaffirmant le lieu où s’exerce son art.

Huile sur bois • 38,9 x 31,5 cm • © Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique / Koninklijke Musea voor Schone Kunsten van België / Royal Museums of Fine Arts of Belgium

Bernard van Orley, Portrait de Georges de Zelle [détail]
voir toutes les images

Bernard van Orley, Portrait de Georges de Zelle [détail], 1519

i

Une complicité dissimulée

L’inscription de la bordure gauche donne quant à elle l’identité du modèle : « Georges de Zelle physicien [médecin] âgé de 28 ans ». L’homme deviendra le médecin officiel de la ville de Bruxelles en 1522. Van Orley le représente ici avec un subtil mélange d’intimité et de distance. De son regard direct et franc, et de ses commissures de lèvres légèrement relevées se dégagent une certaine chaleur, un léger amusement adressé à son portraitiste, voisin et peut-être ami. Des détails cependant dissimulés derrière une certaine impassibilité des traits qui rappellent ses portraits officiels très solennels des Habsbourg.

Huile sur bois • 38,9 x 31,5 cm • © Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique / Koninklijke Musea voor Schone Kunsten van België / Royal Museums of Fine Arts of Belgium

Bernard van Orley, Portrait de Georges de Zelle [détail]
voir toutes les images

Bernard van Orley, Portrait de Georges de Zelle [détail], 1519

i

« Medicus celleberimus »

Représenté dans son cabinet de travail, le praticien et bibliophile semble interrompu en pleine étude, la plume suspendue au-dessus de son manuscrit en cours d’annotation, le fameux Canon d’Avicenne. Décrit dans les archives comme « médecin renommé », ce portrait de Georges de Zelle se veut révélateur de son statut social. À mi-corps et richement vêtu, entouré de livres, synonymes de son savoir, l’artiste dépeint ici son modèle selon le prototype du portrait d’humaniste et intellectuel qui apparaît dans la première moitié du siècle.

Huile sur bois • 38,9 x 31,5 cm • © Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique / Koninklijke Musea voor Schone Kunsten van België / Royal Museums of Fine Arts of Belgium

Bernard van Orley, Portrait de Georges de Zelle [détail]
voir toutes les images

Bernard van Orley, Portrait de Georges de Zelle [détail], 1519

i

De fils d’or et d’argent

L’érudition affirmée du peintre et de son modèle se retrouve également symbolisée dans la tapisserie héraldique de l’arrière-plan. Pour ces lettres entrelacées et ces mains serrées, on présume une signification savante mais que l’Histoire a oublié… Le soin illusionniste avec lequel l’artiste s’est appliqué à rendre les broderies rappelle l’importance de l’industrie tapissière, qui mobilise près d’un tiers de la population de la capitale brabançonne, et qui annonce par ailleurs les impressionnantes tentures auxquelles van Orley se consacrera à partir des années 1530.

Huile sur bois • 38,9 x 31,5 cm • © Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique / Koninklijke Musea voor Schone Kunsten van België / Royal Museums of Fine Arts of Belgium

Bernard van Orley, Portrait de Georges de Zelle [détail]
voir toutes les images

Bernard van Orley, Portrait de Georges de Zelle [détail], 1519

i

Le sens du détail

L’extrême minutie dont fait preuve le peintre dans le rendu des matières le place en digne héritier des Primitifs flamands. Comme ses prédécesseurs, il s’ingénie à restituer avec précision la fourrure du col de son modèle ou à placer de subtiles touches de lumière pour figurer l’éclat métallique des précieuses reliures. Un aperçu des 32 ouvrages d’exception qui constituaient la bibliothèque de Georges de Zelle et qui sont toujours conservés aujourd’hui à Augsbourg.

Huile sur bois • 38,9 x 31,5 cm • © Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique / Koninklijke Musea voor Schone Kunsten van België / Royal Museums of Fine Arts of Belgium

Arrow

Bernard van Orley. Bruxelles et la Renaissance

Du 20 février 2019 au 26 mai 2019

Retrouvez dans l’Encyclo : Primitifs flamands

Vous aimerez aussi

Carnets d’exposition, hors-série, catalogues, albums, encyclopédies, anthologies, monographies d’artistes, beaux livres...

Visiter la boutique
Visiter la boutique

À lire aussi