Bill Viola dans son atelier de Los Angeles en 2014
Photo Annie Tritt pour BeauxArts éditions
L’artiste américain Bill Viola (1951–2024) s’est éteint paisiblement ce vendredi 12 juillet à l’âge de 73 ans à son domicile de Long Beach en Californie, des suites de la maladie d’Alzheimer, qui lui avait été diagnostiquée en 2012. Immense pionnier et maître incontesté de l’art vidéo, il laisse derrière lui une œuvre puissante et inoubliable qui le place parmi les plus grands artistes contemporains au monde.
Les thèmes universels du passage du temps, de la vie et de la mort étaient justement au cœur de son travail, qu’il s’agisse de Fire Woman (2005), une figure féminine devant un mur de flammes, apparaissant dans l’œil intérieur d’un homme mourant, ou de l’extraordinaire Tristan’s Ascension (2005), un gisant s’élevant vers le ciel, comme happé par une colonne d’eau en furie, sur un écran de 10 mètres de haut…
« Je suis né avec la vidéo. »
Bill Viola
« Je suis né avec la vidéo », disait-il. Après avoir étudié la peinture et la musique électronique, Bill Viola intègre le département des « studios expérimentaux » de l’Université de Syracuse (État de New York), avant de devenir l’assistant du pionnier coréen Nam June Paik (1932–2006). Dès 1972, il produit ses premières installations vidéo, alors que cet art en est encore à ses balbutiements. À partir des années 1990, il commence à travailler avec des acteurs professionnels et à construire des décors pour ses vidéos, marquant l’avènement de son style emblématique.
Bill Viola, Fire Woman, 2005
vidéo • 11min, 12 sec • © Bill Viola Studio
L’artiste présente ses vidéos sous la forme de véritables installations artistiques, souvent immersives et monumentales, à l’instar de son interprétation contemporaine du diptyque Adam et Ève de Lucas Cranach, projetée sur deux grandes stèles en granit noir (2013), ou de Going Forth By Day (2002), cinq vidéos diffusées simultanément sur les murs d’une seule pièce comme un cycle de fresques.
Bill Viola, Tristan’s Ascension (The Sound of a Mountain Under a Waterfall), 2005
vidéo • 10 min, 16 sec • © Studio Bill Viola
Inspiré par les grands peintres du Moyen Âge et de la Renaissance qu’il va observer en Italie, ainsi que par les religions et philosophies du monde entier, qu’il part étudier jusque dans les monastères de l’Himalaya, l’artiste produit des mises en scènes épurées, intenses et mystiques. Lui qui, enfant, avait failli mourir noyé au fond d’un lac, est particulièrement fasciné par l’eau, dont il filme tantôt la fureur à la fois destructrice, régénératrice et purificatrice, tantôt le calme étrange, comme avec Ascension (2000) ou The Dreamers (2013), à la frontière entre rêve, mort et résurrection.
Filins de théâtre, mouvements exécutés à l’envers, projection à rebours, ralentis… : grâce à de brillantes astuces techniques, et sans aucun trucage numérique, ses œuvres contemplatives au son toujours très soigné étirent le temps à l’extrême… Bill Viola, Inverted Birth, 2014 vidéo • 8 min., 22 sec • © Studio Bill Viola
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Ou bien le rembobinent, en faisant par exemple, pour son chef-d’œuvre Inverted Birth (2014), remonter vers le ciel des torrents de lait, d’eau et de sang, comme s’ils émanaient du corps de l’homme filmé sur fond noir.
En 2003, il est le premier artiste contemporain à faire l’objet d’une exposition personnelle à la National Gallery de Londres. Bill Viola reçoit aussi de nombreux prix, dont le Praemium Imperiale en 2011. C’est au Grand Palais, à Paris, qu’a lieu sa première rétrospective française en 2014, avec 20 installations retraçant 40 ans de carrière. Un événement qui fera date, tout comme sa rétrospective de 2017 au Guggenheim de Bilbao, qui a attiré plus de 710 000 visiteurs, ou encore ses vidéos exposées face à des dessins de Michel-Ange à la Royal Academy de Londres en 2019.
En 2023, l’Opéra de Paris avait repris la mise en scène de l’opéra de Wagner Tristan et Isolde créée en 2005 par Peter Sellars et Bill Viola pour laquelle l’artiste avait réalisé une sublime vidéo, d’une durée de cinq heures, projetée sur grand écran. En raison de son état de santé, c’était Kira Perov, son épouse et collaboratrice depuis 1978, qui gérait ces dernières années le Studio Bill Viola, récemment coconcepteur d’une exposition magistrale rassemblant de nombreux chefs-d’œuvre de sa carrière, présentée au musée La Boverie à Liège (Belgique) d’octobre à avril dernier. Une visite dont nous étions sortis éblouis, sans savoir qu’il s’agissait de son grand adieu.
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