À gauche, portrait de Richard Serra à l’inauguration de sa sculpture “Slat” à la Défense en 2008. A droite, “Transmitter” de Richard Serra, 2020
© AFP - Photo Bertrand Guay / Courtesy Gagosian, Paris, New-York - Photo Thomas Lannes © Adagp, Paris, 2024
Il était l’un des plus grands sculpteurs de son temps. Célèbre pour ses monumentales plaques d’acier rouillé aux inclinaisons vertigineuses et aux courbes envoûtantes disposées savamment dans l’espace, l’artiste américain Richard Serra (1938–2024) est décédé ce mardi 26 mars d’une pneumonie à son domicile d’Orient, dans l’État de New York, à l’âge de 85 ans.
Né à San Francisco d’un père espagnol ouvrier sur des chantiers navals, et d’une mère russe, Richard Serra a étudié les beaux-arts à l’Université de Yale entre 1961 et 1964. Pour financer ses études artistiques, il travaille dans une aciérie, puis découvre, à l’Académie de la Grande Chaumière à Paris, les œuvres épurées de Constantin Brancusi. L’artiste, qui avait commencé par créer des projections expressionnistes de plomb fondu sur les murs, se lance définitivement dans la sculpture et s’installe à New York en 1966.
À la fin des années 1960, il réalise une œuvre fondatrice : One Ton Prop (House of Cards) ; soit quatre plaques de plomb maintenues en équilibre les unes contre les autres par leur propre poids comme des cartes à jouer ! En 1967–1968, il publie un manifeste résumant les principes fondamentaux de son travail.
Richard Serra, Transmitter, 2020
acier • 400 × 1770 × 1820 cm • © 2021 Richard Serra/ © Adagp, Paris / Photo Thomas Lannes / Courtesy Gagosian, Paris, New-York
« Quand on voit mes pièces, on ne retient pas un objet. On retient une expérience, un passage. »
Richard Serra
Inspiré par les jardins zen qu’il a découverts au Japon, l’artiste travaille avec des plaques ou des rouleaux d’acier inoxydables Corten, sur lesquels il applique au pinceau une solution qui leur donne un aspect de rouille dont il contrôle la nuance : orangé, chocolat… Puis il les pose debout en équilibre dans l’espace pour former d’élégantes constructions, imbrications et labyrinthes – comme des paysages épurés, où les éléments en métal comptent autant que le vide qui l’entoure et le lieu où ils sont installés. Malgré leur poids, leurs formes expriment une légèreté étonnante. Des œuvres aussi monumentales que très sobres et brutes, qui le rattachent au minimalisme.
Richard Serra, La Matière du Temps, 1994–2005
La plus labyrinthique
Seraient-ce les créations d’un chocolatier fou ? Ces hautes et fines cloisons brunes, qui serpentent en vagues et en spirales, sont en réalité des plaques d’acier oxydé, installées par Richard Serra (né en 1939) dans une longue et gigantesque salle du Guggenheim Bilbao. À l’architecture audacieuse du musée répond celle de cet élégant labyrinthe que l’on peut observer depuis un balcon ou arpenter au sol, en se laissant happer entre les parois, au fur et à mesure que les couloirs interminables ondulent, bifurquent et rétrécissent, pour un effet parfois légèrement oppressant… mais surtout hypnotique. L’espace prend alors une tout autre dimension.
acier patinable, huit sculptures • Coll. Guggenheim, Bilbao • © Hémis / © Adagp, Paris 2021
Ses installations, comme celle mise en place au Guggenheim Bilbao depuis son ouverture (La Matière du Temps – The Matter of Time, 1994–2005), permettent souvent au spectateur de circuler librement entre les éléments, pour une promenade tantôt apaisante au fil des courbes sinueuses, tantôt oppressante lorsque les panneaux s’enroulent en spirales et se resserrent pour former des couloirs de plus en plus étroits. Ainsi, son œuvre Sequence (2006) créée pour le SFMOMA à San Francisco rappelle les parois d’Antelope Canyon en Arizona. « Quand on voit mes pièces, on ne retient pas un objet. On retient une expérience, un passage », disait l’artiste en 2004.
L’artiste a marqué les Parisiens avec ses immenses et fines plaques de métal rectangulaires, posées debout comme des menhirs ou le monolithe de 2001, l’Odyssée de l’espace de Stanley Kubrick sous la nef du Grand Palais pour Monumenta en 2008 (« Promenade »), certaines de ces stèles étant subtilement en déséquilibre, interrogeant ainsi notre propre verticalité, entre puissance et fragilité.
En 2014, il installait aussi quatre pans d’acier dans le sable immaculé du désert qatari – une spectaculaire œuvre de land art accessible seulement en 4×4, à 70 kilomètres de Doha, sous un soleil de plomb. Des œuvres à la fois belles et déroutantes, qui nous donnent l’impression d’être sur une autre planète !
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