SECRETS D’ARTISTES

Ce que vous ne saviez (peut-être) pas sur Mark Rothko

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Publié le , mis à jour le
Figure de proue du color field, Mark Rothko (1903–1970) est le plus célèbre des expressionnistes abstraits aux côtés de Jackson Pollock. Alors que la fondation Louis Vuitton lui consacre une exposition d’envergure, Beaux Arts révèle six secrets de cet artiste majeur du XXe siècle.

1. Il a grandi au sein de l’Empire russe dans une atmosphère tendue

Mark Rothko, de son vrai nom Marcus Rotkovitch, naît à Dvinsk (actuelle Daugavpils en Lettonie) en 1903, dans une famille juive. Si sa ville natale est relativement épargnée par les terribles pogroms qui se déroulent au même moment dans l’Empire russe, dans l’indifférence des tsaristes, l’atmosphère reste tendue pour sa communauté. Acquis aux idées socialistes, le père de l’artiste, Yacov Rotkovitch, préfère émigrer aux États-Unis, à Portland, en 1913, afin d’éviter à ses garçons d’être embrigadés de force dans l’armée du tsar. Rothko ne retournera jamais en Lettonie mais reste attaché à l’Europe où il voyage régulièrement, particulièrement en Grande-Bretagne. En 2013, un musée en son honneur est inauguré à Daugavpils en présence de sa fille Kate.

Mark Rothko (jeune au centre) avec sa famille à Dvinsk en 1912. De gauche à droite: Albert et Sonia Rothkowitz, un cousin, Marcus et Moise Rothkowitz
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Mark Rothko (jeune au centre) avec sa famille à Dvinsk en 1912. De gauche à droite: Albert et Sonia Rothkowitz, un cousin, Marcus et Moise Rothkowitz

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Courtesy Kenneth Rabin

2. Il a enseigné l’art aux enfants

Après un court passage à Yale, Rothko s’établit à New York en 1923 pour devenir artiste. Il connaît une carrière honorable de peintre figuratif avec une première exposition monographique en 1938. Son style est alors inspiré de Cézanne, de son professeur Hans Hofmann, et de son autre mentor, le cubiste américain Max Weber, avant d’évoluer vers le surréalisme. Toujours enclin à l’étude et à la transmission, Rothko travaille également comme professeur de dessin et enseigne à des enfants au sein du Jewish Center de Brooklyn à partir de 1929. Une activité qu’il appréciait puisqu’il reste en poste jusque 1952, alors qu’il aurait déjà pu vivre de son art.

Mark Rothko dans son atelier New-Yorkais
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Mark Rothko dans son atelier New-Yorkais

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Courtesy The Rothko Foundation

3. Il n’a adopté son nom d’artiste qu’en 1940

Après les pogroms et l’émigration, des études avortées à Yale où sa religion lui valait d’être mis au ban, Rothko n’en a pas fini avec l’antisémitisme. Malgré de brillants résultats scolaires et son intégration à la société américaine depuis son arrivée à dix ans, il doit attendre 1938 pour être naturalisé, ce qui est en grande partie lié à la méfiance des autorités vis-à-vis des migrants juifs européens. D’ailleurs, le nom d’artiste qu’il adopte vise précisément à gommer ses origines hébraïques : alors que les États-Unis restent neutres au début de la Seconde Guerre mondiale, le nazisme est galopant. Marcus Rotkovitch devient officiellement Mark Rothko en janvier 1940. Un nom qui sonne américain et qui entrera dans l’histoire.

Mark Rothko, À gauche, Autoportrait. À droite, détail de la signature M. Rothkowitz
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Mark Rothko, À gauche, Autoportrait. À droite, détail de la signature M. Rothkowitz, 1936

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huile sur toile • 81,9 x 65,4 cm • Coll. Christopher Rothko • © 1998 Kate Rothko Prizel & Christopher Rothko - Adagp, Paris, 2023

4. Il était féru de mythologie et de tragédies antiques

« L’absence de mythe ne saurait priver l’homme du désir d’acte héroïque », comme l’écrit Mark Rothko dans La Réalité de l’artiste (publié en 2004 par son fils Christopher Rothko d’après un tapuscrit des années 1940). Dans son long cheminement vers l’abstraction et jusqu’à l’adoption d’une peinture purement non figurative en 1949, Rothko entend combler le vide spirituel laissé par les progrès scientifiques. L’artiste se passionne pour la mythologie mais aussi pour la tragédie grecque, et plus encore pour la lecture qu’en fait Nietzsche dans La vision dionysiaque du monde – l’un des livres de chevet de Rothko. Derrière les plages lumineuses de ses grandes compositions, faut-il voir des réminiscences du soleil d’Apollon ?

Mark Rothko, No. 3 (Untitled / Orange)
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Mark Rothko, No. 3 (Untitled / Orange), 1967

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huile sur toile • 205,7 × 195.6 cm • Coll. Yale University Art Gallery, Katharine Ordway Collection • © 1998 Kate Rothko Prizel & Christopher Rothko – Adagp, Paris, 2023

5. Il ne supportait pas le voisinage d’autres toiles

Rothko est exigeant dans la présentation de ses toiles gigantesques, refusant qu’elles soient perturbées par le voisinage d’œuvres appartenant à d’autres artistes ou même par la trop forte présence des murs de fond, préférant par exemple qu’on les accroche très bas, presque au niveau du sol. L’artiste est donc comblé lorsqu’en 1960 le collectionneur Duncan Phillips lui dédie une « Rothko Room », un ensemble de salles dédiées à ses œuvres au sein de la Phillips Collection. Un espace que Rothko apprécie comme une « chapelle », et qui précède la « Rothko Chapel » inaugurée un an après la mort de l’artiste à Houston, au Texas, en 1971.

Rothko Room à The Phillips Collection, Washington DC
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Rothko Room à The Phillips Collection, Washington DC

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Photo Robert Lautman

6. Condamné par la maladie, il s’est suicidé

Au début de l’année 1968, alors qu’il est toujours en pleine fièvre créatrice, Rothko fatigué voit son médecin et le diagnostic est accablant : il souffre d’un anévrisme de l’aorte. Incapable de réduire sa consommation d’alcool et de cigarettes, son état s’aggrave et la souffrance physique l’empêche bientôt de pouvoir continuer à peindre dans les grands formats qui sont devenus son champ d’expression exclusif. Certes, l’artiste souffre aussi d’une dépression devenue chronique mais il est admis que ce handicap est l’élément déclencheur de son suicide en février 1970.

Mark Rothko, Untitled (Black And Gray)
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Mark Rothko, Untitled (Black And Gray), 1970

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acrylique sur toile • 172,72 × 153,04 cm • Coll. MoCA, Los Angeles • © 1998 Kate Rothko Prizel & Christopher Rothko – Adagp, Paris, 2023

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Mark Rothko

Du 18 octobre 2023 au 2 avril 2024

presse.fondationlouisvuitton.fr

Retrouvez dans l’Encyclo : Mark Rothko Expressionnisme abstrait

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