SECRETS D’ARTISTES

Ce que vous ne saviez (peut-être) pas sur Nicolas de Staël

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Publié le , mis à jour le
Actuellement exposé au musée d’Art moderne de Paris, Nicolas de Stäel (1914–1955) est une figure majeure de la peinture française d’après-guerre, dont la carrière explosive et brève a suffi à bouleverser le champ pictural. Pourtant, sa vie reste bien méconnue, à tel point qu’on peut se méprendre sur son œuvre… Beaux Arts vous livre ici six de ses secrets d’artiste.

Il suffit de prononcer son nom pour avoir en tête ces toiles imposantes couvertes d’aplats épais de couleurs ! Refusant les étiquettes, Nicolas de Staël s’est imposé comme un peintre complet, à la fois abstrait et figuratif, profondément ancré dans le réel.

La rétrospective que lui consacre actuellement le musée d’Art moderne de Paris est l’occasion de revenir sur l’ensemble des périodes de la courte, mais productive carrière de cet artiste dont le mythe tend à voiler le destin, qui reste assez largement méconnu…

1. Il vient d’une famille illustre

Marina et Nicolas de Staël dans les bras de leur mère à Saint-Pétersbourg en 1915
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Marina et Nicolas de Staël dans les bras de leur mère à Saint-Pétersbourg en 1915

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© Archives Nicolas de Staël

Nicolas de Staël est issu de la grande famille Staël von Holstein, comme l’écrivaine Germaine de Staël (1766–1817) et le linguiste Alexandre von Staël-Holstein (1877–1937). Une ascendance qui en fait un baron mais aussi un « Russe blanc », condamné à l’exil avec ses parents lors de la Révolution de 1917 alors qu’il n’a que trois ans. Devenu orphelin en Pologne deux ans plus tard, il est adopté en Belgique, avant de couper les ponts avec sa famille d’accueil à l’âge adulte. Le lien du peintre à la Russie n’est pourtant pas effacé : lui-même a continué à pratiquer la langue et fera partie des porteurs du cercueil de Vassily Kandinsky (1866–1944).

2. Il était à la fois abstrait et figuratif

Nicolas de Staël, Le Saladier
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Nicolas de Staël, Le Saladier, 1954

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huile sur toile • 54 × 65 cm • Coll. particulière • © ADAGP, Paris, 2023

Dans l’histoire de l’art, on oppose généralement l’abstraction à la figuration – la première représentant la modernité. Nicolas de Staël se refuse à ces catégories ! S’il réalise des compositions abstraites dans les années 1940, le peintre, souvent associé à la « Nouvelle École de Paris », garde par la suite ses distances vis-à-vis de ce qu’il nomme le « gang de l’abstraction avant ». Il refuse notamment d’exposer au salon des Réalités nouvelles, qui incarne après-guerre l’avant-scène de l’abstraction lyrique. Dans le même temps, De Staël réfute l’étiquette de figuratif, comme ici dans son journal en 1952 : « Je n’oppose pas la peinture abstraite à la peinture figurative. Une peinture devrait être à la fois abstraite et figurative. Abstraite en tant que mur, figurative en tant que représentation d’un espace. »

3. Il n’était pas fan de foot !

Nicolas de Staël, Parc des Princes
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Nicolas de Staël, Parc des Princes, 1952

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huile sur toile • 200 × 350 cm • Coll. particulière • Photo Christie’s / © Adagp, Paris 2023

Avec Parc des Princes (1952) et la série d’études sur le football qui l’entoure, De Staël est sans doute le peintre favori des amateurs du ballon rond. Le 26 mars 1952, il a l’occasion d’assister au match amical France-Suède (0–1) au Parc des Princes – le premier match en nocturne des Bleus à domicile. En réalité, le peintre n’a pas d’intérêt particulier pour le sport et si les comptes-rendus font état d’un match terne, lui est subjugué par le mouvement des joueurs et du ballon sous la lumière électrique, s’en émerveillant auprès de René Char : « Entre ciel et terre, sur l’herbe rouge ou bleue, une tonne de muscles voltige en plein oubli de soi, avec toute la présence que cela requiert, en toute invraisemblance. Quelle joie René, quelle joie ! »

4. Il est aussi graveur

René Char, bois de Nicolas de Staël, Poèmes
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René Char, bois de Nicolas de Staël, Poèmes, 1951

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gravure sur bois • 37 × 28,5 cm • Coll. BnF, Paris • © Adagp, Paris 2023

Avec ce même René Char, une amitié féconde s’est nouée en 1951. Si bien que le poète a encouragé le peintre à se lancer dans une nouvelle aventure technique. On connaît surtout Nicolas de Staël en tant que peintre, préférant souvent aux pinceaux les couteaux et les truelles plus à même d’étaler une matière généreuse sur l’étendue de ses compositions. En 1951–1952, il adopte un nouvel outil : la gouge, pour créer quatorze bois gravés accompagnant les poèmes de son ami dans la publication Poèmes de René Char – Bois de Nicolas de Staël, qui connaît un certain succès à sa parution en 1952.

5. Il a eu plus de succès aux États-Unis qu’en France

« Say it with Slabs », article du Times, New York, 30 mars 1953
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« Say it with Slabs », article du Times, New York, 30 mars 1953

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© Archives Nicolas de Staël

L’engouement pour l’exposition du musée d’Art moderne de Paris témoigne de la popularité de Nicolas de Staël en France. Pourtant, il a d’abord surtout percé aux États-Unis, où son art est défendu par Theodore Schempp puis admiré par le galeriste new-yorkais Paul Rosenberg, qui signe un contrat d’exclusivité avec lui en 1953. Ce dernier en fait, sur les terres de l’expressionnisme abstrait, un artiste aussi couru que Jackson Pollock ou Mark Rothko ! Autre signe de ce succès outre-Atlantique : alors qu’il a fallu attendre 1956 – soit un an après la mort du peintre – pour que le musée national d’Art moderne  lui consacre une rétrospective, le Museum of Fine Arts de Houston (Texas) l’avait précédé dès 1955.

6. Il est bien plus solaire que l’on ne pourrait le croire

Nicolas de Staël, Sicile
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Nicolas de Staël, Sicile, 1954

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huile sur toile • 114 × 146 cm • Coll. musée de Grenoble • © Ville de Grenoble / musée de Grenoble – J.L. Lacroix / © Adagp, Paris 2023

Suicidé à 41 ans pour un amour impossible, Nicolas de Staël laisse l’image d’un artiste maudit, un cliché romantique qu’a aussi installé le portrait en pied de Denise Colomb (1954) où le peintre, l’air sombre, pose dans une chemise noire [ill. en Une]. Pourtant, un parcours dans sa vie et son œuvre nous révèle un homme attiré par le soleil et la Méditerranée, attaché à la Provence, voyageant au Maroc et en Sicile pour, après Cézanne, Van Gogh et Matisse, se saisir de la lumière incandescente et en donner une traduction plastique sur la toile, par jeux expressifs de couleurs. Oui, Nicolas de Staël était un peintre solaire !

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Nicolas de Staël

Du 15 septembre 2023 au 21 janvier 2024

www.mam.paris.fr

Image à la une : Denise Colomb, Nicolas de Staël dans son atelier rue Gauguet, Été 1954, © Donation Denise Colomb, Ministère de la Culture, Médiathèque du patrimoine et de la photographie, Dist. RMN-Grand Palais / Denise Colomb

Retrouvez dans l’Encyclo : Nicolas de Staël

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