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SECRETS D’ARTISTES

Ce que vous ne saviez (peut-être) pas sur Pieter Brueghel l’Ancien

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Saviez-vous qu’il signait parfois du nom de Jérôme Bosch ? Si Pieter Brueghel l’Ancien (vers 1525–1569) est loin d’être inconnu et si sa Noce paysanne figure parmi les peintures les plus copiées, reproduites et parodiées de l’histoire, de nombreux mystères entourent son destin. Voici six secrets révélés.

1. On ne connaît (presque) rien de son état civil !

Pieter Brueghel l'Ancien, Autoportrait, le peintre et l’acheteur
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Pieter Brueghel l’Ancien, Autoportrait, le peintre et l’acheteur, vers 1566

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Dessin à la plume • 21,5 cm x 25,5 cm • The Albertina Museum, Vienne • © Google Art Project

Brueghel, Bruegel, Breugel ou même Brueghels… même son nom exact nous est inconnu ! D’ailleurs, Brueghel est peut-être un patronyme, mais plus probablement un toponyme, inspiré du village de Bruegel près de Bréda. C’est l’hypothèse retenue par le peintre et auteur Karel van Mander, auteur avec son Livre des peintres (1604) d’une somme biographique comparable aux Vies de Vasari pour les Flandres. D’autres historiens ont penché pour un autre village, Brogel, à proximité de Brée dans le Limbourg (actuelle Belgique). Quant à sa date de naissance, elle est simplement placée vers 1525 par convention, du fait qu’elle correspondrait avec son entrée à la guilde Saint-Luc d’Anvers en 1551 et que le peintre est réputé mort « dans la fleur de l’âge » en 1569.

2. Il appartient à une dynastie d’artistes d’au moins huit générations

Pieter II Brueghel le Jeune (1564–1637/1638) et Jan Brueghel l’Ancien (1568–1625), ses deux fils ont eu de brillantes carrières de peintres, on le sait. Mais la lignée des Brueghel ne s’arrête pas là ! Du côté de Jan, le métier se transmet encore de génération en génération, jusqu’à Abraham Brueghel (1631–1690), arrière-petit fils de Pieter l’Ancien. Mais la grande famille s’élargit par voie de mariages qui lient les Brueghel aux Kessel et aux Teniers, deux autres grandes dynasties de peintres flamands, et Jan van Kessel II (1654–1708) et David Teniers IV (1672–1771) referment cet arbre généalogique au XVIIIe siècle. Voici pour les branches… il ne faut pas oublier les racines. On ignore qui était le père de Pieter mais son beau-père n’est autre que le peintre Pieter Coecke van Aelst (1502–1550), lui-même fils d’un tapissier. Voici donc une famille où l’on est artiste sur au moins huit générations sans discontinuer !

Pieter Coecke van Aelst, Dernière Cène
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Pieter Coecke van Aelst, Dernière Cène, 1527

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huile sur panneau • 136 × 165 cm • Château de Belvoir, Leicestershire en Angleterre • © Wikimedia Commons

3. Il s’infiltrait incognito dans des fêtes paysannes

Brueghel le drôle : c’est l’un des innombrables surnoms du peintre, qui ne l’ont d’ailleurs pas toujours servi… Quelle est la clé du pittoresque de ces scènes de kermesse et de carnaval si emblématiques de son art ? Van Mander relate la façon dont Brueghel s’incrustait avec un ami joaillier dans des noces campagnardes, s’habillant en paysans et apportant des présents, pour tout saisir de l’atmosphère. Facétieux, c’était pour Van Mander « un homme tranquille, sage, et discret ; mais en compagnie, il était amusant et il aimait faire peur aux gens ou à ses apprentis avec des histoires de fantômes et mille autres diableries. » Des témoignages indirects méritant la plus grande prudence mais cachant une grande profondeur de vue de la part d’un artiste traitant des sujets moraux dans les mœurs et costumes de son temps, pour y conférer la plus grande vérité.

Pieter Brueghel l'Ancien, La Danse de la mariée en plein air
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Pieter Brueghel l’Ancien, La Danse de la mariée en plein air, 1566

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huile sur panneau de bois • 119,4 × 157,5 cm • Detroit Institute of Arts, Détroit • © Wikimedia Commons

4. Il a été profondément marqué par l’Italie

Les trognes qui peuplent ses tableaux cachent bien des secrets : lettré, Brueghel est un véritable artiste de la Renaissance. Pieter Coecke, qui fut son maître avant de devenir un beau-père posthume, est notamment éditeur de Vitruve en néerlandais et a sensibilisé son élève au beau classique. Après sa formation à la guilde de Saint-Luc, Brueghel entreprend le voyage en Italie comme c’est alors la coutume, autour de 1552–1553. Il se lie à Rome avec le miniaturiste Giulio Clovio mais ce sont surtout les paysages de la campagne romaine qui le marquent, lui inspirant encore des années plus tard le vaste panorama de compositions telles que La Fuite en Égypte (1563). Traitant de thèmes bibliques vus à travers les mœurs de son temps, évoquant avec Le Massacre des Innocents (1565–1567) les épisodes contemporains des guerres de religions, Brueghel n’était-il pas un authentique moderne et un sincère humaniste ?

Pieter Brueghel l'Ancien, La Fuite en Égypte
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Pieter Brueghel l'Ancien, La Fuite en Égypte, 1563

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huile sur toile • 37 × 55,5 cm • Institut Courtauld, Londres • © Wikimedia Commons

5. Il a parfois signé « Jérôme Bosch »

Brueghel se met relativement tard à la peinture, vers 1553, soit au retour de son séjour en Italie. À Anvers, il excelle dans un autre art correspondant à sa vision humaniste du monde, permettant de diffuser l’image et de la lier au texte : la gravure. Il s’associe en effet en 1555 à l’éditeur Jérôme Cock pour dessiner des modèles d’estampes et même, à l’occasion, prendre lui-même le burin. Mais dans les premiers temps, son nom n’est pas encore connu et Brueghel signe l’une de ses premières gravures, Les Grands poissons mangent les petits, du nom de Jérôme Bosch ! Il est vrai que le patronyme de son aîné est plus vendeur, et dans certaines toiles religieuses, telles que La Chute des anges rebelles (1562), Brueghel ne cache rien de l’influence que le maître de Bois-le-Duc a exercée sur lui.

Pieter Brueghel l'Ancien, Les Grands poissons mangent les petits
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Pieter Brueghel l’Ancien, Les Grands poissons mangent les petits, 1556

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Dessin à la plume et au pinceau • 21,6 × 30,7 cm • The Albertina Museum, Vienne • © Wikimedia Commons

6. Certaines peintures ne sont connues que par des copies

Si Brueghel l’Ancien souffre durant quelques siècles de la réputation d’être un peintre de second ordre, il a un succès immense immédiatement après sa mort et au début du XVIIe siècle, où Pierre Paul Rubens, autre colosse d’Anvers, possédait plusieurs de ses peintures. Ce retentissement, il le doit aussi à ses deux fils qui ont abondamment copié son œuvre, tout comme nombre de ses émules, pour certains tombés dans l’anonymat. Ainsi, des deux versions de La Chute d’Icare conservées aux musées royaux des Beaux-arts de Belgique et au musée Van Buuren de Bruxelles, aucune n’est de la main du maître, les analyses dendrochronologiques (fondées sur la recherche de l’âge du bois des panneaux) les plaçant respectivement en 1583 et vers 1600. Des copies qui sont bien utiles : celle du Massacre des Innocents de Jan Brueghel l’Ancien révélant les cadavres d’enfants martyrs que la censure avait dissimulés sous des paquets de linge dans la version originale.

D'après Pieter Brueghel l'Ancien, La Chute d’Icare
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D’après Pieter Brueghel l’Ancien, La Chute d’Icare, vers 1600

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huile sur panneau • 63 × 90 cm • Museum Van Buuren, Bruxelles • © Wikimedia Commons

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