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La réalisatrice ouzbèke Saodat Ismailova fait partie des trois artistes sélectionnés pour le programme «Sorry Sun». Ici, une image de son film Bibi Seshanbe (2022).
© Saodat Ismailova / photo Nicolas Wefers
Vous lancez à la rentrée de septembre le projet « Sorry Sun », qui succède au prix de la fondation Pernod Ricard. Pourquoi cette évolution ?
Cette année, la fondation fête ses 25 ans – un moment fort, qui invite naturellement à la réflexion. Depuis ses débuts, elle s’est construite sur le désir de rester en mouvement : gratuite, ouverte à tous, pensée comme un laboratoire d’expérimentation plutôt qu’un simple lieu d’exposition. Le prix, pionnier à son lancement, a joué un rôle fondamental. Il instaurait déjà une collaboration inédite entre le privé et le public, notamment grâce à notre partenariat avec le Centre Pompidou, qui permettait au lauréat d’entrer dans ses collections.
Mais, aujourd’hui, face aux mutations du monde de l’art, il nous a semblé nécessaire de réinventer notre manière d’accompagner cette scène. Plutôt qu’un prix unique, nous proposons un programme qui accompagne les artistes dans la durée, à un moment clé de leur parcours, quel que soit leur âge ou leur renommée. Ce n’est plus une récompense ponctuelle, mais un compagnonnage actif, sur mesure, qui se construit avec eux en profondeur.
Quel est le contenu de ce nouveau programme ?
Il conserve une forte dimension curatoriale : chaque année, nous confierons une carte blanche à un commissaire invité. Pour cette première édition, nous avons choisi Liberty Adrien, critique d’art française récemment nommée au KW Institute for Contemporary Art de Berlin. Elle a sélectionné trois artistes au parcours très différent : Saodat Ismailova, Alexandre Khondji et Hélène Yamba-Guimbi. Leur travail sera présenté dans une exposition collective intitulée « Sorry Sun », à l’automne, avec un temps fort pendant la semaine d’Art Basel Paris.
Antonia Scintilla dirige la fondation depuis 2023, où l’on peut voir jusqu’au 19 juillet l’exposition collective « Férocité à domicile ».
© Antoine Doyen
Chaque artiste bénéficiera d’une bourse de 3 000 € pour ses honoraires ainsi que d’une publication critique réunissant des textes d’auteurs internationaux, et recevra une dotation de 15 000 € destinée à soutenir un projet en France ou à l’étranger. L’objectif est de répondre à des besoins spécifiques : résidence, production ou exposition personnelle. Ces projets se construisent avec les artistes, en dialogue avec d’autres institutions partenaires, en France comme à l’international.
Ce que nous visons, c’est un véritable écosystème d’alliances, bien au-delà d’un simple dispositif de dotation. Par ailleurs, notre partenariat avec le Centre Pompidou se poursuit : une œuvre de chaque artiste du programme rejoindra les collections nationales grâce à une donation de la fondation.
« La fondation reste fidèle à ce qu’elle a toujours été : une structure légère, sans collection, libre de ses mouvements. »
Vous remettez également en question la notion d’« émergence ». Pourquoi ?
Oui, car elle est trop souvent réduite à une question d’âge. Ce qui nous importe, c’est de mettre en lumière des artistes à un moment charnière de leur parcours, lorsque leur œuvre a besoin d’être vue, comprise, soutenue. Florence Jung, que nous avons récemment exposée, ou Beatrice Bonino, que nous présenterons en novembre, s’inscrivent pleinement dans cette dynamique. Ce ne sont pas des « jeunes artistes » au sens strict, mais leurs pratiques singulières ouvrent des brèches, interrogent les récits dominants, déplacent les regards.
Vous décrivez la fondation comme un « lieu poreux au monde ». Comment cette vision se concrétise-t-elle ?
Notre arrivée à Saint-Lazare en 2021 a tout changé. Ce nouvel espace nous offre un ancrage urbain plus fort, au cœur d’un quartier en mouvement proche de notre public et, surtout, de nouveaux outils pour faire vivre notre programmation : un auditorium, un café, une bibliothèque, une librairie, ainsi qu’un espace de résidence ouvert sur la rue, Aperto, inauguré en janvier. Mais au-delà du lieu, c’est l’esprit qui compte. La fondation reste fidèle à ce qu’elle a toujours été : une structure légère, sans collection, libre de ses mouvements.
Un lieu à taille humaine qui prend des risques, ouvre des pistes, capte les vibrations du monde et les partage. Un espace généreux, où l’on prend le temps d’écouter, de soutenir, d’accompagner – comme nous le faisons depuis plus de 25 ans.
Sorry Sun
Du 16 septembre 2025 au 31 octobre 2025
www.fondation-pernod-ricard.com
Fondation d'Entreprise Pernod Ricard • 1 Cours Paul Ricard • 75008 Paris
www.fondation-pernod-ricard.com
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