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Pope. L., “When I state”, 17/3–22/5/2022, Plato Ostrava, République Tchèque.
© Photo Marianne Marić ADAGP, Paris, 2024 Courtesy Plato Ostrava
Trois semaines de performances, de découvertes, d’impromptus, mais aussi de fertile ascèse… Voilà ce que propose dès aujourd’hui Pierre Bal-Blanc au Palais de Tokyo. Parmi les curateurs les plus inventifs de sa génération, ce génial nomade est allé piocher dans les fonds du Centre national des arts plastiques (Cnap), mais aussi dans la collection Kontakt de Vienne, des performances rarement vues en France. Il les orchestre d’une façon singulière, inspiré par les philosophes cyniques de la Grèce antique, pays où il est installé depuis qu’il y a été l’un des commissaires de la Documenta 14.
Exposer la performance relève toujours du défi. Comment orchestrez-vous votre projet ?
« Une trentaine de performances sont présentées en simultanéité et en succession, avec un programme quotidien qui varie entre actions intempestives, rendez-vous, films et œuvres qui apparaissent et disparaissent dans l’espace. Aucun visiteur ne verra deux fois la même chose. J’aimerais que le public se laisse aller à la furtivité, à la façon dont les choses se déploient, dans des intensités irrégulières. Tout le spectre de la performance est représenté. Certaines sont réalisées par les artistes ou déléguées à des performeurs ou des volontaires, d’autres font appel à l’audience. Voix, danse et musique seront très présentes.
Portrait de Pierre Bal-Blanc
© Marianne Maric. Courtesy Plato Ostrava
« J’y ai découvert une proposition alternative de vie, écologique, sociale. »
« La République (cynique) », pourquoi ce titre ?
La philosophie des cyniques de la Grèce antique me nourrit depuis une dizaine d’années. À un moment où notre république fait débat, où on n’a jamais été autant, peut-être, dans une république cynique au sens moderne, j’apporte une république des cyniques anciens qui est son exact contraire. L’exil contre la patrie, le mélange contre la race, l’intelligence contre le sang… Les thèmes qu’abordent ces philosophes sont tous en porte-à-faux avec ceux auxquels nous soumet aujourd’hui le politique.
C’est à partir de ces grandes vertus du cynisme ancien que j’invite à reconsidérer les performances. J’y ai découvert une proposition alternative de vie, écologique, sociale, qui fait écho au projet de Guillaume Désanges [président du Palais de Tokyo] inspiré par la permaculture, et qui se traduit non de façon rhétorique, mais par des actes, des attitudes, des façons de se tenir dans l’espace. C’est là où on rejoint la performance.
Comment articulez-vous cette pensée avec les œuvres dévoilées au Palais de Tokyo ?
J’essaie de dégager dans les œuvres les grands thèmes du cynisme, dénuement, déshonneur et impudeur, ces choses qui seraient pour nous négatives alors que les cyniques les considèrent comme positives. À chacun ensuite de faire ce travail, une invitation à l’ascèse non seulement intellectuelle, mais aussi physique, sans distinction entre corps et esprit.
Vous avez eu recours à deux collections très différentes, quelles sont leurs approches ?
Voilà vingt ans que le Cnap collectionne les protocoles de performance, avec des œuvres d’Albert Serra, de Béatrice Balcou, des Gens d’Uterpan [Annie Vigier & Franck Apertet]. Quant à Kontakt, à Vienne, je collabore depuis dix ans avec eux pour proposer des contenus rarement vus en France. Depuis 2000, ils rassemblent des œuvres d’Europe de l’Est, et notamment de la performance : une stratégie très utilisée sous les régimes soviétiques, car elle peut se dissoudre et être furtive, en résistance. »
La République (cynique). Une partition de Pierre Bal-Blanc
Palais de Tokyo
Du 13 novembre 2024 au 1 décembre 2024
Adresse : 13, avenue du Président Wilson • 75116 Paris
Billetterie Beaux Arts présentée par Come to Paris.
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