Cerrone
© Cyril Perronace
« Magritte, c’est le voyage. Ses œuvres m’évoquent les images qui nous restent dans l’esprit après un rêve, c’est très planant ! Je me souviens qu’il y a plus de quarante ans, j’avais affiché deux grandes reproductions dans mon bureau. L’une représentait une porte ; une porte ouverte sur l’imaginaire, qui peut nous mener n’importe où.
Cette œuvre, que j’avais sous les yeux lorsque je travaillais à la production de « Supernature », m’a permis d’oser aller à la recherche de sons qui n’existaient pas. Je me revois la regarder avec Lene Lovich, grande figure du punk, qui a composé les paroles. On était complètement dans l’imaginaire. Ce texte, c’était d’ailleurs de la pure science-fiction pour l’époque.
René Magritte, La Victoire, 1939
Huile sur toile • 72.5 × 53.5 cm • Collection privée • Christie’s Images / Bridgeman Images / René Magritte © Adagp, Paris, 2025
Je peux dire que Magritte m’a donné des ailes ! Depuis, je ne cesse de dire aux jeunes musiciens qui doutent : « Osez ! ». C’est en osant qu’on découvre des choses que l’on n’avait jamais imaginées.
Les œuvres de Magritte sont relativement figées, mais moi, ce que j’aime, c’est le mouvement. C’est pourquoi j’admire aussi beaucoup la sculpture d’Auguste Rodin et de Camille Claudel. Je peux rester un long moment à fixer une main ou une hanche car j’ai l’impression d’y voir le geste de l’artiste. C’est captivant ! Dans toute la musique que j’ai pu faire en cinquante ans, j’ai moi aussi cherché à insuffler du mouvement et à faire danser le public.
« Lorsque j’achève un tableau, je suis littéralement en nage comme si j’avais fait un concert »
Il y a une quinzaine d’années, une association caritative m’a approché en me proposant de réaliser une toile. Je me suis retrouvé par hasard avec tous les outils pour me lancer dans la peinture. Mon processus est assez instinctif : je peins d’abord un fond uni, puis, lorsqu’il est sec, je laisse aller mon imagination. C’est un peu comme lorsque je compose de la musique. Je ne me suis jamais retrouvé au studio en me disant « bon, il faut que je compose un hit ».
Je jette donc mes idées sur la toile pendant quatre ou cinq heures, comme si j’étais face à un public à qui je dois tout donner. C’est une sensation proche de la scène : lorsque que je monte sur scène, je n’ai absolument rien dans la tête. C’est la spontanéité totale ! Et lorsque j’achève un tableau, je suis littéralement en nage comme si j’avais fait un concert. Chaque fois que je me lance dans la création d’une œuvre, j’ai le désir de retrouver cette sensation. »
À écouter
Catching feelings
Par Cerrone et Christine & the Queens
2025, Malligator Préférence / Because Music
À voir
Cerrone, Supernature
Documentaire réalisé par Olivier Lemaire
France, 2025, 92 min
Disco – I'm coming out
Du 14 février 2025 au 17 août 2025
Cité de la musique - Philharmonie de Paris • 221, avenue Jean Jaurès • 75019 Paris
philharmoniedeparis.fr
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