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Philharmonie de Paris

À la Philharmonie de Paris, la facette politique du disco

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Après le reggae, l’électro, le hip-hop et le metal, la Philharmonie de Paris poursuit son exploration des genres musicaux. Cette fois-ci, place au disco ! Photographies, instruments de musique, affiches, peintures : une multitude d’œuvres racontent ceux et celles qui ont fait la musique disco. Dans une scénographie éclatante et au rythme des tubes les plus emblématiques, l’exposition dévoile un versant plus politique, caché derrière les boules à facettes.
Arnaud Baumann, Bustier Issey Miyake
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Arnaud Baumann, Bustier Issey Miyake, v. 1980

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Tirage argentique • Coll. Le Palace • © Arnaud Baumann

Let’s groove ! On préfère vous prévenir d’emblée : il vous sera impossible de ne pas taper du pied, voire carrément de vous déhancher, dès l’entrée de l’exposition. De la bande-son, mixée par le DJ français Dimitri From Paris, à la scénographie, imaginée par le studio GGSV, la Philharmonie de Paris s’est transformée en véritable dancefloor. Pourtant, au-delà des paillettes, des boules à facettes et des néons multicolores, le commissariat assuré par Jean-Yves Leloup et Marion Challier prend le parti de raconter le phénomène disco à travers le prisme des luttes politiques qui ont permis son émergence.

Puisant ses motifs dans la soul, le jazz et la funk, le disco est d’abord une musique qui célèbre la culture africaine-américaine. Dans le New York des années 1970, elle participe au renouveau des mouvements de luttes pour les droits civiques, qui intègrent aussi les questions féministes. En noir, rouge et vert (couleurs du drapeau panafricain), une affiche signée Faith Ringgold clame « Women Free Angela » pour réclamer la libération de la militante Angela Davis, arrêtée par le FBI en octobre 1970. L’activisme politique ne se fera pas sans un graphisme éclatant… et une piste de danse à la hauteur !

Une musique émancipatrice

Meryl Meisler, Infinity Disco, NYC
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Meryl Meisler, Infinity Disco, NYC, 1978

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© Meryl Meisler

La vague disco déferle dans un contexte économique difficile, qui frappe de plein fouet les populations les plus marginalisées. Présentées en début de parcours, les photographies de Meryl Meisler témoignent de la pauvreté et de la ghettoïsation des grandes villes américaines. À la nuit tombée, son objectif est braqué sur les soirées new-yorkaises les plus enflammées. La journée, la photographe parcourt les quartiers du Bronx ou de Harlem. Sur un terrain vague où sèche du linge en arrière-plan, deux jeunes garçons prennent la pose, une radio à la main. Des good vibrations du disco naît une joie salvatrice indispensable pour relever la tête.

Le rythme solaire et entraînant propre au genre musical nous accompagne tout au long de notre visite. De « I’m Coming Out » à « Lost In Music », la bande-son de l’exposition passe en boucle une trentaine de hits. « C’était important de créer cette communauté d’écoute comme celle d’un concert, d’une fête ou d’une discothèque », explique Jean-Yves Leloup, co-commissaire de l’exposition.

Les « disco divas », qui chantent l’émancipation féminine, influencent la culture queer et son esthétique tout en paillettes.

Cet environnement sonore, porté par une scénographie flamboyante, nous permet de déambuler librement. Il donne ainsi la sensation de vivre la night fever des soirées les plus mythiques. En premier lieu celles organisées par David Mancuso dans son Loft, où se croisent les DJ pionniers du disco mais aussi les publics gay, noir et latino qui y trouvent un refuge. Au fil de la visite, on plonge dans l’atmosphère survoltée des clubs les plus en vue de l’époque comme le Paradise Garage ou The Saint, à travers affiches, photos et cartes de membres.

Bill Bernstein, Paradise Garage
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Bill Bernstein, Paradise Garage, 1979

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Tirage argentique • © Bill Bernstein

De ces nouveaux lieux qui s’imposent comme des safe places pour les communautés noire et LGBT émergent des figures qui brouillent les frontières du genre, telles que la drag-queen Divine ou le chanteur Sylvester James, membre de la troupe des Cockettes. Les « disco divas » (Diana Ross, Gloria Gaynor, Donna Summer…), qui chantent l’émancipation féminine, influencent la culture queer et son esthétique tout en paillettes.

Une effervescence à travers le monde

De nombreux artistes vont s’inspirer de ces personnalités explosives et transgressives – à l’image notamment d’Andy Warhol. Deux de ses portraits magnétiques aux couleurs franches sont présentés : celui de la chanteuse Debbie Harry du groupe Blondie et celui de la mannequin et chanteuse Grace Jones.

Vue de l’exposition « Disco – I’m coming out » à la Philharmonie De Paris, 2025
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Vue de l’exposition « Disco – I’m coming out » à la Philharmonie De Paris, 2025

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© Joachim Bertrand

On croise aussi Keith Haring et ses petits personnages dansants sur fond de couleur flashy. Les photos de Bill Bernstein et Hasse Persson montrent de leur côté la fascination des jeunes photojournalistes pour l’effervescence des soirées disco. Un vent de liberté souffle sur les États-Unis et gagne petit à petit l’Europe…

En France, la « French disco » décolle avec Cerrone, Patrick Hernandez (et son unique tube « Born To Be Alive »), Jean-Michel Jarre et Patrick Juvet. Pour faire la fête dans la capitale, c’est au Palace que ça se passe ! Les photos d’Arnaud Baumann documentent les folles nuits parisiennes. Sous son objectif, la fièvre du samedi soir prend vie. Auréolés d’une lumière bleue surnaturelle, deux amoureux s’embrassent passionnément. L’espace d’un instant, le monde s’est arrêté de tourner. Mais tout près d’eux, d’innombrables inconnus et stars se croisent. En témoigne la collection de Photomaton du duo d’artistes Pierre et Gilles : sur de grands panneaux constitués durant cette période bouillonnante, ils font défiler des centaines de visages que l’on pourrait s’amuser à observer pendant des heures.

La fièvre anti-disco

Vue de l’exposition « Disco – I’m coming out » à la Philharmonie De Paris, 2025
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Vue de l’exposition « Disco – I’m coming out » à la Philharmonie De Paris, 2025

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© Joachim Bertrand

Mais les derniers jours du disco approchent… On n’a pourtant aucune envie que la fête soit finie ; contrairement à ceux qui fustigent le disco, et ce dès la fin des années 1970. Le tableau du peintre américain Hernan Bas, Disco Demolition Night (2022), raconte une sombre soirée de juillet 1979, à Chicago. Sur un terrain de baseball, un jeune homme blanc longiligne porte à bout de bras un vinyle brisé en deux. Ce soir-là, des centaines de disques disco ont été détruits par des jeunes hommes blancs fans de rock.

Simple overdose pour ce genre musical qui inonde les antennes de l’époque ? Ce sentiment anti-disco révèle surtout un racisme et une homophobie manifestes. Un triste mais nécessaire écho à l’actualité, alors qu’outre-Atlantique, les droits des minorités sont attaqués par la nouvelle administration Trump. Heureusement, le disco n’est pas mort. De Dua Lipa à Juliette Armanet, son héritage dans la musique actuelle continue de nous faire danser, pour mieux lutter !

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Disco – I'm coming out

Du 14 février 2025 au 17 août 2025

philharmoniedeparis.fr

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