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Combien y a-t-il de pénis dans la tapisserie de Bayeux ? Un cocasse débat d’érudits enflamme Internet

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Tapisserie de Bayeux
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Tapisserie de Bayeux, entre 1066 et 1083

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Toile en lin, broderie Crewel en laine • 50 × 6 830 cm • Coll. & © Musée de la Tapisserie de Bayeux

93 ou 94 pénis ? Les détails de la tapisserie de Bayeux n’ont pas fini de nous surprendre ! Longue de 70 mètres, cette célèbre broderie géante du XIe siècle, narrant la conquête de l’Angleterre par Guillaume II de Normandie, comporte de nombreux éléments en fils de laine. Parmi eux, on dénombre 626 personnages, 994 animaux dont 202 chevaux et mulets ainsi que 35 chiens, 438 végétaux, 37 édifices et 41 navires. Mais combien compte-t-elle de pénis ? Si elle peut sembler très incongrue, cette question vient pourtant de faire l’objet d’un débat très sérieux entre deux experts dans un épisode du podcast anglais « History Extra » (lié au magazine « BBC History ») diffusé vendredi 25 avril.

Le Dr David Musgrove, animateur du podcast, y questionne George Garnett, professeur d’histoire médiévale au St Hugh’s College d’Oxford, à propos des 93 pénis que ce dernier a doctement comptabilisés dans cette œuvre textile classée monument historique. Plus précisément, le spécialiste y a compté 88 pénis de chevaux et 5 pénis d’hommes, dont un plus incertain que les autres. Ce dernier (le seul pénis humain représenté qui ne soit pas tumescent) semble se dessiner sur le corps d’un soldat allongé par terre à l’issue la bataille d’Hastings (1066), dénudé alors qu’un pilleur de cadavres est en train de lui retirer sa cotte de mailles.

Des détails pas si anodins et grivois qu’il n’y paraît

« Les hommes du Moyen Âge n’étaient pas des individus grossiers, simples et stupides. Bien au contraire. »

George Garnett

Depuis plusieurs années, ce décompte de 93 pénis demeurait inflexible. Mais un autre spécialiste britannique, le docteur en histoire Christopher Monk, assure désormais que la tapisserie compterait un 94e sexe masculin qui aurait échappé à l’œil acéré de Garnett. « Je n’ai aucun doute sur le fait que cet appendice est une représentation de l’appareil génital masculin, affirme Monk. Le niveau de détail anatomique est étonnamment précis ». Interrogé à ce sujet par David Musgrove, George Garnett balaie cependant immédiatement cette théorie : l’appendice en question, une étrange forme noire que l’on voit pendouiller entre les jambes d’un soldat en pleine course, ne serait selon lui qu’un fourreau d’épée ou de dague. « À son extrémité, il y a une touche de jaune qui, à mon avis, représente probablement du laiton. Aucun autre des pénis représentés dans la tapisserie ne comporte de bout jaune », fait-il fermement remarquer.

Si la question peut faire sourire, il s’agit pour George Garnett (tout comme pour son adversaire) d’un sujet très sérieux qui permet de mieux comprendre « comment les gens pensaient autrefois ». « Les hommes du Moyen Âge n’étaient pas des individus grossiers, simples et stupides. Bien au contraire », défend l’expert. Ainsi, les pénis brodés sur la tapisserie n’étaient pas des plaisanteries grivoises gratuites : ils avaient un sens bien précis, qui permettait au public de l’époque, analphabète, de mieux décrypter certaines scènes.

Mieux interpréter les enjeux

Pour Garnett, les pénis de chevaux (seuls animaux de la tapisserie dont les sexes sont représentés, alors que l’œuvre compte aussi des chiens et bien d’autres créatures) servent à souligner la virilité et l’importance sociale des personnages qui les montent. Ainsi, selon lui, ce n’est pas un hasard si les deux chefs de la bataille d’Hastings, Harold Godwinson et Guillaume II de Normandie, sont tous deux représentés sur des montures dotées de phallus proéminents, et si le plus imposant des deux est justement celui du cheval appartenant à Guillaume, gagnant de la bataille.

Tapisserie de Bayeux
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Tapisserie de Bayeux, entre 1066 et 1083

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Toile en lin, broderie Crewel en laine • 50 × 6 830 cm • Coll. & © Musée de la Tapisserie de Bayeux

Quant aux sexes d’hommes, ils ne se situent jamais dans les scènes principales du centre de la tapisserie, mais uniquement dans les bordures situées en haut et en bas. Une façon, selon Garnett, d’apporter une sorte de « sous-titre » permettant d’éclaircir l’image centrale. De cette manière, sous la scène montrant le comte Guy de Ponthieu amenant Harold Godwinson, qu’il a capturé en échange d’une rançon, au duc Guillaume, apparaît un homme en érection s’apprêtant à saisir une femme nue qui se couvre le visage et le sexe avec honte. Cette petite scène, qui serait issue d’une fable narrant le viol d’une fille par son père, indique comment interpréter la scène principale située au-dessus : comme un moment de prédation, de trahison et d’humiliation.

Une tapisserie énigmatique

De même, sous une scène représentant un prêtre tendant la main pour toucher la joue d’une femme du nom de Ælfgyva (peut-être la première épouse du roi Æthelred le Malavisé, ou la seconde, Emma de Normandie, aussi appelée Ælfgifu/Ælfgyva), apparaît un homme nu, doté d’un appareil génital détaillé, qui se tient exactement dans la même position (en miroir) que l’importun dépeint au-dessus, et montre du doigt les jupes de la mystérieuse femme. Ce détail suggère que la scène principale dépeint un scandale sexuel qui pourrait, selon l’historienne Joanna Laynesmith, remettre en cause la légitimité au trône des deux descendants d’Ælfgyva dont l’affrontement est narré par la tapisserie : son petit-neveu Guillaume le Conquérant et son petit-fils Harold Godwinson.

Selon Garnett, la présence de ces pénis indique enfin que la tapisserie a très vraisemblablement été dessinée par un homme érudit, qui aurait lu les fables d’Ésope, au vu de certaines références glissées. Pour son intervieweur David Musgrove, « cela nous rappelle que cette broderie est une œuvre à plusieurs niveaux de lecture, qui mérite une étude attentive et reste une énigme merveilleuse, près d’un millénaire après sa création ». La preuve qu’il ne faut jamais sous-estimer un pénis !

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