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Découvert dans les archives d’un archéologue nazi, un fragment de la tapisserie de Bayeux bientôt rendu à la France

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Fragment de la tapisserie de Bayeux (qui n’est pas celui trouvé dans les archives de l’État fédéral du Schleswig-Holstein)
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Fragment de la tapisserie de Bayeux (qui n’est pas celui trouvé dans les archives de l’État fédéral du Schleswig-Holstein), 1070

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scène 32 des hommes observent la comète de Halley - scène 33, Harold dans son palais de Westminster • Coll. musée de la Tapisserie de Bayeux • Photo Myrabella

Un fragment de la célèbre tapisserie de Bayeux vient d’être découvert en Allemagne dans les affaires d’un archéologue nazi décédé dans les années 1980. Une nouvelle inattendue qui remet en lumière un épisode aussi passionnant que méconnu de la Seconde Guerre mondiale…

Le 4 mars, le Canberra Times a en effet révélé qu’un morceau de ce chef-d’œuvre du XIe siècle – de quelques centimètres et sans broderie – avait été retrouvé au siège des archives de l’État fédéral du Schleswig-Holstein (situé au Prinzenpalais de Schleswig, dans le nord de l’Allemagne), parmi les biens de l’archéologue allemand Karl Schlabow (1891–1984).

Utilisée pour appuyer les théories nazies

Pionnier de l’archéologie textile et proche de la Schutzstaffel (SS), ce dernier faisait partie de l’Ahnenerbe, un centre de recherches pluridisciplinaires nazi créé en 1935 par Heinrich Himmler (haut dignitaire responsable des camps d’extermination) dans le but de valider les théories nazies sur la supériorité raciale des Aryens. Cadre dans lequel, en 1941, Karl Schlabow avait été chargé par la SS de se rendre en France occupée pour examiner et remesurer la tapisserie de Bayeux. Mission dont il profita visiblement pour en voler un échantillon…

Le Prinzenpalais, archives de l’État fédéral du Schleswig-Holstein
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Le Prinzenpalais, archives de l’État fédéral du Schleswig-Holstein

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Photo Johan Bakker

Il était d’ailleurs prévu que la broderie rejoigne l’Allemagne, dans le cadre du vaste pillage d’œuvres d’art orchestré par le Reich.

Peut-être brodé dans un atelier anglais, ce chef-d’œuvre de l’art roman narre la conquête de l’Angleterre par Guillaume II de Normandie, à travers une succession de scènes foisonnantes contenant des centaines de personnages, d’animaux, de végétaux, de bâtiments et de navires. Composée de fils de laine brodés sur une toile de lin, cette « tapisserie aux points d’aiguille » est classée monument historique et inscrite depuis 2007 au registre « Mémoire du monde » de l’UNESCO.

L’officier SS et archéologue allemand Herbert Jankuhn, ami de Karl Schlabow, s’est exprimé à deux reprises sur cette œuvre de fil ; d’abord le 14 avril 1941, devant un cercle d’amis d’Himmler, puis en août 1943, devant l’Académie allemande à Stettin. Se considérant comme les descendants des Vikings, les nazis comptaient trouver dans cette frise anglo-normande des preuves de la primauté de la « race nordique ».

Il était d’ailleurs prévu que la broderie, qu’ils avaient acheminée de Bayeux à Paris dans ce but, rejoigne l’Allemagne, dans le cadre du vaste pillage d’œuvres d’art orchestré par le Reich à travers l’Europe – un projet finalement stoppé par l’insurrection de la capitale, en août 1944. En 1945, Schlabow et Jankuhn furent emprisonnés, respectivement jusqu’en 1947 et 1948, pour leur rôle durant la guerre, avant de reprendre leur carrière d’archéologue.

Le fragment volé bientôt présenté dans un nouvel espace dédié ?

Selon les archives découvertes, le morceau retrouvé dans les affaires de Schlabow aurait été « prélevé au dos de la tapisserie », et il s’agit, précise le musée de la tapisserie de Bayeux, d’un « petit fragment de quelques centimètres, qui n’est pas en laine et qui ne comporte pas de broderie ». Davantage de détails sur l’objet et les circonstances de sa réapparition seront fournis à l’occasion d’une conférence de presse sur le sujet, prévue le 25 mars. Il a été également annoncé que ce fragment sera rendu cette année à la France.

Cette découverte tombe à pic : elle intervient juste après l’annonce, faite le 31 janvier dernier par la ministre de la Culture Rachida Dati, de la restauration prochaine de la tapisserie, et de son transfert dans un nouvel espace d’exposition plus adapté. Sans doute le fragment volé y prendra place, accompagné d’explications sur cette tentative de réappropriation nazie qui a fait l’objet en 2018 d’un ouvrage de Jean-Charles Stasi, Le Vol de la tapisserie de Bayeux, publié aux éditions Tallandier.

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Le Vol de la tapisserie de Bayeux – L'incroyable projet des nazis

Par Jean-Charles Stasi

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