Frans Hals, Malle Babbe, vers 1633-1635
Huile sur toile • 75 × 64 cm • Coll. Staatliche Museen zu Berlin - Gemäldegalerie, Berlin • © Bridgeman Images
Frans Hals, Malle Babbe (détail), vers 1633-1635
« Barbara la sorcière »
L’œuvre représente une figure connue de la ville de Haarlem, où Frans Hals (qui est probablement né à Anvers) a vécu et travaillé toute sa vie. Surnommée « Malle Babbe » ou « Barbara la sorcière » (Malle signifiant « folle » en néerlandais), cette pauvre femme dont on ne sait presque rien s’appelait en réalité Barbara Claes. Souffrant de troubles mentaux, elle était internée à l’Hospice du travail (« Werkhuis »), qui abritait à la fois un asile psychiatrique, un hospice pour les pauvres ainsi qu’une prison. Deux des enfants de Hals ont, eux aussi, fréquenté cette institution.
Huile sur toile • 75 × 64 cm • Coll. Staatliche Museen zu Berlin - Gemäldegalerie, Berlin
Frans Hals, Malle Babbe (détails), vers 1633-1635
Sens cachés
Deux détails attirent immédiatement l’attention : la cruche en étain, qui contient probablement de la bière, ainsi que ce drôle de hibou, dont la présence semble à première vue incongrue. Au fil des siècles, les historiens de l’art ont vu dans ces motifs les symboles de l’ivrognerie – en particulier le volatile, qui serait une référence explicite au proverbe néerlandais « zoo beschonken als een uil », « aussi saoul qu’un hibou » !
Huile sur toile • 75 × 64 cm • Coll. Staatliche Museen zu Berlin - Gemäldegalerie, Berlin
Frans Hals, Malle Babbe (détail), vers 1633-1635
Hals, maître du rire
Le sourire de « Malle Babbe » occupe une place centrale dans la composition. À l’époque, cette expression, associée en peinture à la décadence, était réservée aux dépravés et aux marginaux. Au XVIIe siècle donc, Frans Hals fait figure d’exception. L’artiste représente toutes sortes de sourires, du plus timide au plus hilare, qui habillent le visage des courtisanes (La Bohémienne, vers 1625) comme des nobles (Le Cavalier riant, 1624). Ce goût pour la joie lui a valu le surnom de « maître du rire ».
Huile sur toile • 75 × 64 cm • Coll. Staatliche Museen zu Berlin - Gemäldegalerie, Berlin
Frans Hals, Malle Babbe (détail), vers 1633-1635
Saisissante modernité
Si les portraits de Frans Hals sont relativement conventionnels pour son époque, l’artiste se démarque de ses contemporains par la liberté de sa touche. En témoigne la façon dont sont exécutés ici les plis de la robe de « Malle Babbe », qui semblent à peine esquissés : le peintre a apposé sur la toile de vifs coups de pinceau semblables à des hachures. Une modernité saisissante, qui annonce Manet ou Picasso… Avec plus de 200 ans d’avance !
Huile sur toile • 75 × 64 cm • Coll. Staatliche Museen zu Berlin - Gemäldegalerie, Berlin
À gauche, Malle Babbe de Frans Haals vers 1633-1635. À droite, Malle Babbe de Gustave Courbet, 1869
Un portrait maintes fois copié
Malle Babbe a inspiré de nombreuses copies du XVIIe au XIXe siècle, en plus de celles exécutées par Hals lui-même. Si certaines sont demeurées anonymes, d’autres, en revanche, ont été signées d’artistes reconnus. C’est le cas de Gustave Courbet, qui voit l’œuvre à Munich en 1869, lors de sa première exposition publique, et la copie sur place. En plus de sa signature, le peintre appose le monogramme de Frans Hals et une date : 1645. Une façon pour le maître du réalisme de rendre hommage à cet artiste phare du Siècle d’or néerlandais, un temps oublié avant d’être redécouvert au XIXe siècle, et à ce portrait qu’il considérait comme un chef-d’œuvre.
huiles sur toile • 75 × 64 cm. 85 x 71 cm • Coll. Staatliche Museen zu Berlin - Gemäldegalerie, Berlin. Coll. Hamburger Kunsthalle • © Bridgeman Images
Frans Hals
Du 30 septembre 2023 au 21 janvier 2024
National Gallery • Trafalgar Square • Londres
www.nationalgallery.org.uk
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Une mystérieuse scène de genre
Une vieille femme coiffée d’un bonnet blanc, assise à une table, rit de bon cœur. Elle tient dans sa main une cruche à bière en métal, tandis que, perché sur son épaule, un hibou l’observe fixement… Impossible de deviner où la scène se déroule : le personnage hilare est représenté sur un fond neutre et sombre, caractéristique de l’œuvre de Frans Hals, peintre contemporain de Rembrandt et de Vermeer considéré comme l’un des plus grands portraitistes du baroque flamand. Non datée, ni signée, cette curieuse scène de genre a pendant longtemps conservé une part de mystère…