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Elle fut la maîtresse d’un Minotaure. Dora Maar (1907–1997) n’a longtemps existé aux yeux du grand public que dans l’ombre de Pablo Picasso, son amant de 1935 à 1943. Leur relation est devenue légendaire. Pour autant, cette artiste précoce et talentueuse, photographe et peintre, ne peut se résumer à la figure de pleureuse créée par Picasso. Mystique et mélancolique, cette proche de Brassaï et des surréalistes est l’auteure d’une œuvre très personnelle et passionnée.
Rogi André, Dora Maar, vers 1937
Épreuve gélatino-argentique • 29,9 × 39,4 cm • Collection Centre Pompidou, Paris, Musée national d’art moderne, Centre de création industrielle • © Photo Centre Pompidou, MNAM-CCI / Georges Meguerditchian / Dist. RMN-GP
« Vivre avec Picasso, c’est comme vivre au centre de l’univers. Palpitant et effrayant, exaltant et humiliant à la fois. »
Née à Paris, Henriette Dora Markovitch a passé son enfance à Buenos Aires. Son père, architecte d’origine croate, y ayant obtenu plusieurs commandes. Elle reçoit une éducation stricte.
Lors du retour de la famille à Paris, Dora Maar a 19 ans. Elle suit des cours à l’Union centrale des Arts décoratifs, et expérimente la photographie et la peinture en prenant des cours à l’académie fondée par le peintre André Lhote. Elle se choisit le pseudonyme de Dora Maar, et commence à fréquenter les intellectuels de Montparnasse.
Habituée aux voyages, Dora Maar réalise ses premiers travaux de photographe entre Barcelone et Londres, en prise avec la réalité économique et sociale de son temps. Elle s’inscrit à cette époque dans l’esprit de l’école de photographie documentaire française, et reçoit le soutien d’Emmanuel Sougez. En association avec Pierre Kéfer, elle ouvre un premier atelier de photographie puis s’installe en indépendante rue d’Astorg, fait assez rare pour une femme à cette époque.
Intellectuelle engagée, elle se rapproche de l’extrême-gauche antifasciste. Elle fréquente Brassaï, rencontre André Breton et Jacques Prévert. Elle est, en outre, la maîtresse de Georges Bataille. Son travail de photographe l’amène dans l’univers du cinéma comme dans celui de la mode. Mais à partir de 1932, elle se consacre à une œuvre plus personnelle, marquée par des effets de distorsion et de dramatisation du réel. Elle photographie les corps et réalise des compositions pleines d’onirisme et d’étrangeté.
La jeune femme fait la rencontre de Pablo Picasso en 1935, sans doute par l’intermédiaire de Paul Éluard. Dora Maar a 28 ans, Pablo Picasso 54. Ils débutent une liaison, bien que le peintre ne soit pas séparé de Marie-Thérèse Walter. Dora Maar assiste à la création de Guernica, vaste tableau d’histoire dont elle documente les étapes dans l’atelier des Grand Augustins, entre mai et juin 1937.
C’est à cette période qu’elle commence à peindre. Sa liaison avec Picasso sera brutale pour Dora Maar : après sa rupture avec le peintre en 1943 (tombé amoureux de Françoise Gilot), elle devient dépressive et mène une analyse dans le cabinet du psychanalyste Jacques Lacan, qui la soumet à des électrochocs.
Dans les années 50, Dora Maar se retire dans le Vaucluse, où Pablo Picasso lui a offert une propriété. Elle devient amie avec le peintre Nicolas de Staël, délaisse la photographie, se consacre à la peinture, expérimente diverses pratiques artistiques et se tourne vers la religion. Cette dernière – et longue – partie de sa vie est marquée par l’isolement. Elle décède en 1997.
Dora Maar, Sans titre [Main-coquillage], vers 1934
Collection Centre Pompidou – Musée national d’art moderne – Centre de création industrielle • © Photo Centre Pompidou, MNAM-CCI, Dist. RMN-Grand Palais / Jacques Faujour
Sans titre [Main-coquillage], vers 1934
Dans les années 30, l’œuvre de Dora Maar est fortement influencée par le surréalisme et les théories d’André Breton. La réalité est évoquée sous forme de rêve, voire d’hallucinations. Dora Maar aime jouer avec l’esthétique des corps, ici une main de femme attachée à un coquillage comme s’il s’agissait d’un mollusque. Par le truchement du photomontage, la photographe explore l’inconscient, mais aussi le monstrueux.
Dora Maar et Pierre Kéfer, Étude publicitaire [Pétrole Hahn], 1934–1935
Négatif gélatino-argentique sur support souple en nitrate de cellulose • 17,6 × 24 cm • Collection Centre Pompidou, Paris, Musée national d’art moderne, Centre de création industrielle • © Photo Centre Pompidou, MNAM-CCI / Dist. RMN-GP
Dora Maar et Pierre Kéfer, Étude publicitaire pour Pétrole Hahn, 1934–1935
Dans les années 30, Dora Maar et son ami Pierre Kéfer répondent à des commandes publicitaires de magazines féminins. L’esprit de leurs photographies est inspiré par le surréalisme et l’onirisme. Ici, il s’agit d’une réclame pour une marque de lotions capillaires. La chevelure est devenue mer, sillonnée par un navire, à l’aide d’un système ingénieux de surimpression de motifs.
Dora Maar, Huile sur toile « Guernica » en cours d’exécution, état I, atelier des Grands-Augustins, Paris, mai 1937
Photographie noir et blanc • Collection musée national Picasso, Paris • © Photo RMN-Grand Palais (Musée national Picasso-Paris) / image RMN-GP
Guernica en cours d’exécution, état 1, Paris, Atelier des Grands Augustins, mai 1937
C’est Dora Maar qui dénicha pour Pablo Picasso ce grand atelier qui deviendra associé à la création de Guernica. À cette époque, le couple est très complice. Pablo Picasso peint Dora Maar, tandis qu’elle le photographie. Évinçant Brassaï auprès du peintre espagnol, elle réalise un reportage photographique consacré au processus créatif de cette œuvre historique et monumentale inspirée par les horreurs de la guerre civile d’Espagne.
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