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Elizabeth et Gérard Garouste dans l’atelier de gravure, Normandie, mars 2024
Photo Hugo Miserey
Après soixante ans de vie commune, comment appréhendez-vous le face-à-face entre vos œuvres respectives ?
G.G. – Il ne s’agit, en fait, que d’un autre visage de notre complicité. Nous avions d’ailleurs déjà partagé une exposition à Hauterives [Drôme], en 2017, avec David Rochline [décédé en 2015], le frère d’Elizabeth. Je ne sais pas si le public y est aussi sensible, mais, pour ma part, je ressens parfaitement la complicité entre le travail de David, celui d’Elizabeth et le mien. Je le vis de cette façon et je me sens influencé par l’un et l’autre. J’aime beaucoup leurs univers et je nous considère comme complémentaires.
E.G. – Gérard et moi, nous nous sommes connus très jeunes, à 17–18 ans ; comme nous venions de milieux et de cultures totalement différents, nous nous sommes formés l’un par rapport à l’autre, tout en ayant chacun un univers particulier. Nous avons appris nous connaître et à nous fabriquer ensemble.
Quel regard portez-vous sur l’œuvre de l’autre ? Intervenez-vous parfois dans vos créations respectives ?
G.G. – Dans mon travail, j’ai véritablement besoin du regard d’Elizabeth. À force de travailler sur un ou dix tableaux en même temps, on ne sait plus quoi en penser. Avoir un regard neuf est important et je ne montre mes tableaux à personne d’autre qu’à elle. Parfois, elle regarde une œuvre censée être achevée et me demande : « C’est fini, ça ? », auquel cas cela m’oblige à remettre mon travail en question, mais elle ne dit jamais qu’une œuvre ne lui plaît pas. Il arrive aussi qu’en entrant dans l’atelier, elle ait un véritable fou rire devant mes tableaux, ce qui est très positif : j’accorde beaucoup d’importance à l’humour ! Aussi, quand je suis en panne d’inspiration, elle parvient à trouver des solutions, à me motiver.
E.G. – Gérard a toujours vécu en dents de scie, puisqu’il souffre de bipolarité. Ainsi, le foisonnement sur la toile était parfois extraordinaire, mais à d’autres moments, Gérard pouvait passer des mois sans rien faire. Lors d’un de ces épisodes dépressifs, on lui avait commandé la création d’un timbre à l’occasion du bicentenaire de la Révolution française. Il avait le droit de dessiner un arbre, un coq, Marianne et quelques autres éléments, mais il ne savait pas quoi faire. Je lui ai conseillé de mettre un coq sur la tête de Marianne et son dessin a été accepté. Il y a aussi l’exemple du palais de justice de Lyon : Gérard manquait d’inspiration pour honorer la commande qui lui avait été passée ; il paniquait parce qu’il avait signé un contrat et touché une partie du montant du devis. Il avait très peur d’aller en prison ! (Rires.)
« L’école était fréquentée par beaucoup d’enfants d’artistes qui, lorsqu’ils venaient les chercher, portaient des pantalons en velours, alors que les autres pères étaient habillés plus strictement. Je m’étais dit alors que j’allais épouser un artiste ! »
Elizabeth Garouste
Et vous, Elizabeth, est-ce à Gérard que vous montrez vos travaux ? Y a-t-il une réciprocité ?
E.G. – C’est un peu différent pour ma part, car la partie design n’intéresse pas Gérard. J’ai plus affaire aux galeristes, ce sont eux qui influencent mon travail. Chaque galerie possède un style, une clientèle particulière, qui a envie de certains modèles. En revanche, Gérard intervient beaucoup dans un autre domaine, car, parallèlement à ce travail de design – que je nomme personnellement « création de meubles et d’objets », car il me semble que le design fait appel à des matériaux plus contemporains, alors que j’ai le plus souvent recours à des artisans et que je fabrique des éditions limitées ou des pièces uniques –, je pratique le dessin presque automatique. À force de me voir produire ces dessins, Gérard m’a fait la surprise d’en faire encadrer une vingtaine, ce qui m’a donné confiance en ces œuvres que j’avais considérées jusque-là comme des brouillons. Il a également contacté des galeristes, qui les ont exposées, à mon grand étonnement. Voilà donc une vingtaine d’années que je réalise ces dessins. Avec l’assistant de Gérard, qui travaille le fer forgé et d’autres matériaux, je crée également des masques, des consoles, des pièces uniques que je peins. C’est un travail parallèle à celui de créateur de meubles et d’objets, qui se dévoile dans certaines galeries.
Garouste et Bonetti, Chaise Barbare, 1981
Structure en fer martelé patiné bronze antique, assise en pleine peau de poulain tendue par un laçage de cuir • 115 × 50 × 50 cm • Coll. Centre Pompidou, Mnam, Paris • © Leslie Hamilton / Gamma Rapho © Grand Palais Rmn / Photo Bertrand Prévost
Elizabeth, vous étiez autrefois connue pour votre duo avec Mattia Bonetti, mais vous créez en solo depuis les années 2000. Pourriez-vous nous parler de votre façon de procéder, de la liberté que vous avez pu conserver ?
E.G. – Cette liberté a commencé très tôt. Mes parents nous ont inscrits, mon frère et moi, quand nous étions petits, aux ateliers du musée des Arts décoratifs. À l’époque, ce musée était très peu fréquenté et, après les cours, nous y passions du temps. Je me souviens d’y avoir vu César, Dubuffet, Hockney, ainsi que des expositions d’art brut. En rentrant à la maison, nous jouions aux artistes et passions notre temps à dessiner sur les murs, ce qui ne plaisait pas beaucoup à nos parents ! J’ai aussi fréquenté l’École alsacienne, où nos professeurs de dessin étaient des artistes. L’école était fréquentée par beaucoup d’enfants d’artistes qui, lorsqu’ils venaient les chercher, portaient des pantalons en velours, alors que les autres pères étaient habillés plus strictement. Je m’étais dit alors que j’allais épouser un artiste !
G.G. – Et je me suis dépêché d’arriver ! (Rires.)
E.G. – Après ma collaboration avec Mattia Bonetti, je me suis sentie beaucoup plus libre de réaliser des œuvres plus personnelles, d’en revenir à fabriquer moi-même des objets (ce n’est pas toujours le cas, car je passe parfois par d’autres artisans), avec plus de couleur et de liberté.
« Je reste persuadé qu’il faut être indépendant de tout. Cet acte de liberté qu’est la création ne supporte pas les influences des modes. »
Vous disposez de deux grands ateliers dans votre maison à la campagne, l’un de peinture, l’autre de sculpture, ainsi que d’un troisième à Paris. Choisissez-vous l’un ou l’autre en fonction de vos besoins ?
E.G. – Gérard travaille plutôt à la campagne, parce qu’il a besoin de calme. Il a là-bas deux très grands ateliers dotés d’une belle lumière et de tout ce dont il a besoin. Je travaille davantage à Paris et nous nous retrouvons généralement en fin de semaine. C’est un bon équilibre.
G.G. – Je dispose aussi d’un atelier de gravure. C’est celui que je préfère, car j’y produis de toutes petites choses. Il abrite aussi ma bibliothèque personnelle, il est très intime.
De manière similaire chez l’un et l’autre, même si vous fonctionnez de façon assez différente, on retrouve chez vous un certain anticonformisme par rapport à votre époque…
G.G. – Je reste persuadé qu’il faut être indépendant de tout. Cet acte de liberté qu’est la création ne supporte pas les influences des modes. Ce qui est extraordinaire dans la peinture, c’est qu’elle est, de toute façon, démodée, ou bien complètement dans la mode et ne se démode pas. On ne cherche pas un style, on l’a ou on ne l’a pas ! L’histoire de l’art a montré que des groupes se font puis se défont : à chacun son aventure.
Elizabeth et Gérard Garouste dans l’atelier de peinture, Normandie, mars 2024
Photo Hugo Miserey
Elizabeth, vous utilisez des matériaux et techniques qui existaient par le passé : est-ce par envie d’opposition ou par appétence pour le travail traditionnel ?
E.G. – C’est plutôt pour le plaisir de travailler la matière de cette façon. J’aime ce que peut évoquer à lui seul un objet ou un meuble. J’ai réalisé, par exemple, un cendrier qui représente une tortue en bronze : il raconte, pour moi, une histoire autour d’un objet. Cela me vient de l’enfance, je considère que tous les objets, tous les meubles, ont une vie. Enfant, j’avais peur et je pensais que, la nuit, tous les objets vivaient. Je me réfugiais donc au fond de mon lit et ne pouvais plus en bouger tant j’étais terrifiée. Cette tortue est un cendrier, mais je me suis imaginé une femme en train de courir.
Pour vous, Gérard, la technique est très importante, au point de vous être plongé, à un certain moment, dans l’étude chimique des pigments afin de fabriquer vous-même votre peinture.
G.G. – Quand j’étais aux Beaux-Arts, Picasso et le cubisme étaient encore tendance, puis sont arrivés le minimalisme et l’art conceptuel, et j’ai découvert Marcel Duchamp, qui me fit l’effet d’un coup de pied dans l’estomac. Je respectais complètement son art, mais pour moi, tout ce qui n’était pas de la peinture était déjà du Marcel Duchamp. Je vivais tout cela comme un piège, une impasse. Mon attitude a donc été de remonter aux sources de l’histoire de l’art. Je fréquentais beaucoup les musées et je me rendais compte que j’aimais la peinture, la technique de la peinture à l’huile. Et, à mon sens, un peintre doit savoir de quoi est faite sa peinture, ce qu’il y a dans un tube : j’ai donc fabriqué tous les ingrédients qui la composent, les pigments, les huiles, etc. J’ai eu la chance de travailler avec une assistante qui faisait des études de chimie et qui s’intéressait elle-même à la composition de la peinture.
Elizabeth, avez-vous eu envie de participer à cette recherche ? Qu’en pensiez-vous ?
E.G. – Je trouvais cela complètement fou ! Tout devenait très compliqué, Gérard avait acheté une broyeuse tricylindre qui pesait des tonnes et prenait une place folle ! Puis il y a eu des tonneaux remplis de pigments et, une fois que la peinture était fabriquée, elle durcissait tellement qu’on ne pouvait pas l’insérer dans des tubes. Il a donc fait nickeler des pots de graisse pour tracteurs, alors qu’il existait dans le commerce d’excellents tubes de peinture ! Mais Gérard n’avait pas confiance en la peinture fabriquée en France et nous avons voyagé jusqu’en Hollande pour visiter une fabrique. C’était devenu obsessionnel et je me sentais un peu dépassée.
G.G. – Mais c’est une période où j’ai eu le plaisir de comprendre parfaitement ce métier et où j’ai enfin pu passer à autre chose en me fiant à des tubes de peinture trouvés dans le commerce.
Depuis le début des années 1990, vous vous passionnez, Gérard, pour l’étude de l’exégèse juive, qui se retrouve en filigrane dans tout votre travail. La judéité d’Elizabeth a-t-elle été l’élément déclencheur ? Partagez-vous tous les deux cette étude ?
E.G. – Je viens d’une famille juive mais non pratiquante, dont la moitié a disparu pendant la Shoah. En revanche, nous n’avons jamais suivi aucune pratique religieuse, même si mes grands-mères nous servaient de la cuisine juive et parlaient en yiddish. Cependant, on ressentait le poids important du passé, très marqué par la guerre. Quand j’ai rencontré Gérard, je lui ai offert un livre de Marek Halter, pour lui faire comprendre ce que je ressentais. Puis nous avons assisté à des cours du rabbin Marc-Alain Ouaknin, nous avons suivi des conférences formidables, mais j’ai été dépassée quand Gérard s’est littéralement passionné pour le sujet jusqu’à se convertir.
G.G. – Moi, je viens d’un milieu antisémite. Quand nous nous sommes connus, j’ignorais qu’Elizabeth était juive. Ma famille a poussé très loin l’antisémitisme, puisque, pendant la guerre, ils ont spolié des familles juives de leurs biens. Lorsque je me suis intéressé aux études juives, j’ai assisté à des conférences de Philippe Haddad, que je trouvais formidable, puis j’ai étudié l’hébreu biblique pendant vingt-cinq ans avec Yakov Aaroch, puis il y eut Marc-Alain Ouaknin et aujourd’hui Pierre-Henry Salfati. Je peux lire l’hébreu, mais je ne le parle pas. Et il paraît que c’est une bonne chose, car c’est une langue que l’on doit méditer, plus que parler.
E.G. – Quand Gérard a opéré sa conversion, il a suivi des cours pendant deux ans, tous les jeudis soir, et je l’ai accompagné. J’ai d’ailleurs découvert de nombreux éléments que j’avais ignorés jusque-là concernant le judaïsme. Aujourd’hui, je continue de suivre les cours avec Gérard lorsque j’en ai la possibilité. C’est toute une philosophie.
Elizabeth Garouste dans son bureau-atelier, Normandie, mars 2024
Photo Hugo Miserey
Au-delà de votre travail plastique, un grand projet vous lie : La Source Garouste, qui a fêté ses 30 ans…
G.G. – À un certain moment, je travaillais beaucoup et vivais une sorte de crise par rapport au métier de peintre. Elizabeth m’a fait remarquer qu’une maison ne pouvait pas tenir sur un seul pilier et qu’il en fallait au moins trois. Cela est d’autant plus vrai qu’il s’agit de l’un des trois principes inscrits dans le Talmud : l’étude, la lecture de la Torah et la générosité. Ceci m’a fait réfléchir car, jusque-là, je ne pensais qu’à la peinture, à en mourir si je ne rencontrais pas un succès immédiat. Puis un jour, l’adjointe au maire de notre village est venue nous voir.
E.G. – En effet, certains enfants du village étaient maltraités par des parents alcooliques et cherchaient parfois de la nourriture. Nous nous sommes rendu compte que dans un village, les jeunes tournent en rond, qu’il existe souvent un manque culturel dans ce monde rural. C’est ainsi que nous avons décidé de mettre l’art au service du social. Nous avons pris conseil et créé une association dont l’action est à la fois sociale et artistique. La Source Garouste est aujourd’hui un projet social et sociétal reconnu des institutions publiques, avec dix antennes en France qui prennent chacune une place importante dans leur région. Nous sommes très heureux que notre fils Guillaume assure la succession du projet, qu’il l’ait dynamisé et développé.
G.G. – Il a même décidé de faire intervenir l’intelligence artificielle dans l’activité de La Source ! C’est ainsi qu’une collaboration avec l’artiste Neïl Beloufa est née l’année dernière. On peut donc aujourd’hui se faire réaliser un portrait par une IA « à la manière de Gérard Garouste » : le résultat est véritablement convaincant et le bénéfice est reversé à La Source.
Quelle importance l’association La Source Garouste a-t-elle dans votre vie ? Nous avons souvent entendu dire que ce projet était aussi important que vos travaux individuels.
G.G. – Je suis heureux de mon parcours professionnel, d’avoir travaillé avec de grandes galeries, que mon travail ait fait l’objet d’une rétrospective au Centre Pompidou, mais ce qui s’est passé à La Source dépasse tout cela : chaque année, plus de 13 000 enfants profitent d’une expérience dans nos ateliers, c’est plus important que d’accrocher un tableau au-dessus d’une cheminée !
E.G. – J’ai participé à beaucoup d’ateliers. J’étais donc très proche des enfants ; et voir la fierté, l’intérêt, le plaisir qu’ils prenaient à découvrir un monde qu’ils avaient jusque-là ignoré a toujours été une formidable récompense. Certains ne se contentent pas d’un simple passage à La Source, ils y reviennent durant plusieurs années ; j’ai pu suivre leur évolution et constaté ce que ces ateliers leur ont apporté : une valorisation d’eux-mêmes et de leur travail (et, par ricochet, une valorisation de leurs parents, qui se sentent fiers de leurs enfants), une amélioration de leur prise de parole, une ouverture d’esprit. Cela a aussi un impact positif sur les écoles de la région qui passent voir les expositions de ces enfants de La Source.
À gauche, “Le Théâtre de Don Quichotte” de Gérard Garouste (2012). À droite, “Le Vol du grison” de Gérard Garouste (1998)
Huile sur toile • 200 × 260 cm / 195 × 130 cm • Coll. Hervé Lancelin, Luxembourg / Coll. particulière • Courtesy Galerie Templon, Paris-Bruxelles-New York / © Adagp, Paris 2024
Pourriez-vous chacun évoquer une œuvre de l’autre, présentée dans l’exposition, que vous appréciez particulièrement ?
E.G. – J’aime de nombreux tableaux de Gérard, notamment Le Théâtre de Don Quichotte et Le Vol du grison, sans pouvoir vraiment expliquer pourquoi. J’aime ce personnage perché, qui met certes un peu mal à l’aise. C’est une œuvre qui me touche beaucoup.
G.G. – L’histoire est tirée de Don Quichotte : Sancho, pour ne pas se faire voler son grison (son âne catalan), dormait sur son dos. Mais des voleurs vont glisser des sortes de cannes sous ses jambes pour pouvoir dérober l’animal. Pour ma part, j’aime beaucoup certains des masques d’Elizabeth, mais aussi plusieurs petites sculptures. Je me refuse toujours à ce qu’elle vende certaines de ses œuvres…
E.G. – Oui, mais très souvent, quand je montre mes dessins à Gérard, il déclare : « Ce n’est pas la peine que tu me les montres, c’est toujours la même chose ! »
G.G. – Il est vrai qu’Elizabeth est extrêmement productive et je lui conseille souvent d’exposer ses dessins sur un mur, qui serait totalement saturé par ces petites œuvres d’art brut !
Gérard Garouste, Sans titre (portrait d’Elizabeth), 2003
Huile sur toile • 131 × 98 cm • Coll. particulière, France • © Alexandre Constanty / © Adagp, Paris 2024
Le visuel de l’exposition est un portrait d’Elizabeth par Gérard. Pourriez-vous nous parler de ce tableau ?
G.G. – Je l’ai réalisé à une période où je ne peignais que des portraits. La famille a essuyé les plâtres ! (Rires.)
E.G. – Quand Gérard devait peindre le portrait de diverses personnes, il demandait d’abord à ces personnes ce qui les représenterait le mieux. Moi, c’étaient des meubles.
Elizabeth & Gérard Garouste - L’art à La Source
Du 9 juin 2024 au 6 octobre 2024
Cette exposition déployée sur deux sites à Dinard, la Villa « Les Roches Brunes » et le Palais des Arts et du Festival, réunit la designer Elizabeth Garouste et le peintre Gérard Garouste tout invitant les œuvres des enfants de La Source, et celles des artistes associés.
Villa Les Roches Brunes
www.ville-dinard.fr
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