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Force des lignes abstraites, monochromie, économie des moyens : l’art minimal peut donner l’impression que l’artiste n’est que peu intervenu. Pour autant, ce n’est pas une expression simpliste, mais basée sur la géométrie et l’utilisation optimisée de l’espace. Less is more ! L’art minimal, proche de l’art conceptuel, est une invention américaine des années 1960. En réaction contre l’expressionnisme abstrait et le pop art, Donald Judd, Sol LeWitt et quelques autres ont réalisé des objets spécifiques, ni véritablement peinture, ni véritablement sculptures à la présence magnétique, parfois proches du design.
Carl Andre, « Copper Blue Vein, New York, 1990 » ; Au centre : Dan Flavin, « Untitled », 1975 ; à droite: Robert Mangold, « Red/green X within X #2 », 1982 ; à gauche : Sol LeWitt, « Wall Drawing # 1176 »
© Charles Duprat. Courtesy Galerie Thaddaeus Ropac, London · Paris · Salzburg © ADAGP, Paris 2019
On peut légitimement se demander comment définir une œuvre d’art à partir de 1965, après l’affirmation radicale de l’Américain Donald Judd selon laquelle le meilleur de la création contemporaine n’est plus dans la sculpture ni dans la peinture. L’artiste propose de créer des « objets spécifiques ». Il les inscrit dans l’espace réel, jouant avec le mur, sans socle, et utilise souvent des matériaux industriels comme l’acier et le plexiglas. Bien que minimales, ses interventions sont visuellement puissantes.
Les artistes minimalistes sont les héritiers de la pensée moderniste, en particulier celle du Bauhaus. Ils sont donc influencés par l’art abstrait européen, Kazimir Malevitch, Constantin Brancusi mais aussi Marcel Duchamp. Les artistes rejettent toute émotion, toute intervention visible de la main de l’artiste, tout sentimentalisme. Les minimalistes misent sur la géométrie, et l’usage de couleurs fondamentales et limitées.
Dan Flavin est un pilier du mouvement. L’Américain travaille avec des néons, ces tubes de couleurs lumineux qu’il agence dans l’espace. Sa première œuvre importante date de 1963, elle est dédiée à Brancusi. Ses sculptures et installations peuvent être définies comme de véritables structures, qu’il conçoit pour des espaces spécifiques. Chaque œuvre est une expérience sensorielle pour le spectateur.
Carl Andre, qui s’oppose pour sa part au tout conceptuel, a réintroduit des problématiques sculpturales. Le sculpteur minimaliste développe un travail sur l’horizontalité et le sol, proposant d’aboutir ou de poursuivre une démarche débutée par Brancusi : « Je ne fais que poser la Colonne sans fin de Brancusi à même le sol au lieu de la dresser vers le ciel ». En 1967, Carl Andre réalise pour la première fois dans l’histoire de l’art une sculpture plane composée de plaques de métal juxtaposées, formant comme un tapis au sol. La sculpture est devenue un lieu.
Le minimalisme américain compte aussi un certain nombre de peintres, en particulier Frank Stella, géométrique abstrait. Il est d’ailleurs considéré comme l’initiateur du mouvement en 1959. Il expose des Black Paintings qui doivent beaucoup à l’influence de Malevitch. Ses œuvres, bien que mal reçues, ont mis en avant quelques concepts chers aux minimalistes : abstraction, simplicité, rejet de l’illusionnisme. Avec lui, on peut compter parmi les minimalistes Ad Reinhardt et ses peintures totalement noires et planes, mais aussi Richard Serra, célèbre pour ses sculptures en acier monumentales qui jouent sur le contraste entre la puissance du matériau et l’instabilité de leur mise en scène.
Donald Judd, Stack, 1972 Acier inoxydable, plexiglas • 470 × 102,5 × 79,2 cm • Coll. Centre Pompidou, MNAM-CCI, Paris • © Centre Pompidou, MNAM-CCI, Dist. RMN-Grand Palais / Philippe Migeat © Judd Foundation / ADAGP, Paris 2020
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Suite de boîtes de fer empilées régulièrement sur un mur, cet « objet spécifique » de Donald Judd illustre à merveille l’art minimal. L’œuvre d’art ne délivre aucun récit, aucun symbole, elle existe simplement dans l’espace. Ici, les formes métalliques sont disposées selon une ordonnance géométrique parfaite. L’artiste utilise le principe de la répétition, souvent à l’œuvre dans le minimalisme.
Dan Flavin, Untitled (To Donna 5a), 1971
Tubes fluorescents • 245 × 245 × 139 cm • Coll. Centre Pompidou, MNAM-CCI, Paris • © Centre Pompidou, MNAM-CCI, Dist. RMN-Grand Palais / Bertrand Prévost © ADAGP, Paris 2020
Peintre qui a d’abord entouré ses toiles d’ampoules (qu’il appelait « icônes »), Dan Flavin a, dès 1963, l’idée d’utiliser des néons pour réaliser des installations tout aussi iconiques. Ceux-ci deviennent sa signature. En quête d’une forme de transcendance par la lumière, il dispose ces objets lumineux dans l’espace selon des structures géométriques, à même le sol, créant des environnements, des situations nouvelles pour le spectateur.
Frank Stella, Agbatana II, 1968
Huile sur toile • 305 × 458 × 8 cm • Coll. Musee d’Art et d’Industrie, Saint Etienne • © Bridgeman Images © ADAGP, Paris 2020
D’abord attiré par le noir, qualifié de non-couleur, Frank Stella réintroduit une palette plus large de couleurs au cours des années 1960. L’artiste, qui travaille à des œuvres murales et planes, joue avec des formes assez excentriques. Il n’a jamais eu d’attirance pour les expressions figuratives, et fut un temps versé dans l’expressionnisme abstrait. Ici, son œuvre adopte des formes circulaires et concentriques, très décoratives.
Carl Andre, Copper-Zinc Plain, 1969
Cuivre et zinc • 182,9 × 189,9 × 1 cm • Coll. San Francisco Museum of Modern Art • © Carl Andre / Licensed by VAGA, New York / photo Ian Reeves
Le sculpteur travaille avec des matériaux bruts qu’il place dans l’espace. Il est connu pour ses sculptures à même le sol, comme des unités mobiles sur lesquelles le spectateur peut marcher sans les modifier. Carl Andre s’inscrit dans la longue tradition de l’histoire de l’art : « Quitte à paraître complètement fou, je vois mon travail dans la lignée de Brancusi, Rodin, Bernin, Michel-Ange et encore en amont d’eux », aimait-il dire.
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