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Sur le mur, Richard Long, “Red Earth Circle”, 1989, au sol Paddy Japaljarri Sims, Paddy Japaljarri Stewart, Neville Japangardi Poulson, Francis Jupurrurla Kelly, Paddy Jupurrurla Nelson, Franck Bronson Jakamarra Nelson, Towser Jakamarra Walker, membres de la communauté Yuendumu, Yam Dreaming, 1989
Coll. Bibliothèque Kandinsky, Paris / Centre Pompidou, Mnam, Paris • © Adagp, Paris 2020 / © Warlukurlangu artists of Yuendumu / Photos Béatrice Hatala / Konstantinos Ignatiadis
« Retour sur une exposition légendaire ». En 2014, le Centre Pompidou, dans le cadre de son cycle « Histoire des expositions » ressuscitait « Magiciens de la terre », l’exposition de tous les superlatifs qui a provoqué débats et controverses. Car en 1989, quelques mois à peine avant la chute du mur de Berlin, et pendant les révoltes de Tiananmen, l’art contemporain allait lui aussi connaître une révolution. Une révolution du regard et de la pensée.
Entrée de l’exposition à la Grande Halle de la Villette, 1989
Coll. Bibliothèque Kandinsky, Paris / Centre Pompidou, Mnam, Paris
Présenté comme « la première exposition d’art contemporain internationale », l’événement est encore dans toutes les mémoires : pour la première fois, on assistait à un glissement du regard porté sur l’art extra-occidental et à une remise en cause affirmée de l’ethnocentrisme des musées occidentaux. L’objectif ? Présenter, sans distinction, le travail d’artistes issus de tous les continents, mais aussi des artefacts folkloriques et des objets religieux.
Jean Hubert Martin (au centre) et Jack Lang devant les œuvres de Chéri Samba, 1989
Coll. Bibliothèque Kandinsky, Paris / Centre Pompidou, Mnam, Paris
Une exposition manifeste donc, pour laquelle, Jean-Hubert Martin s’est entouré d’une équipe de trois commissaires d’exposition et de vingt chargés de mission (dont des critiques, des artistes, des chercheurs et ethnologues), et qui aura nécessité quatre ans de travail préparatoire. Une façon de répondre, en quelque sorte, à l’exposition controversée « Primitivism in 20th Century Art. Affinities of the Tribal and the Modern » qui, en 1984, au MoMA, montrait l’influence des arts premiers sur les avant-gardes. Taxé de « réappropriation moderniste » des arts premiers, l’événement fut vivement critiqué.
Barbara Kruger, Qui sont les magiciens de la terre ?, 1989
Coll. Bibliothèque Kandinsky, Paris / Centre Pompidou, Mnam, Paris • Courtesy Sprüth Magers, Berlin-Londres / Photo éatrice Hatala / Konstantinos Ignatiadis
De par sa dimension internationale, « Magiciens de la terre » a soulevé nombre de questionnements culturels, mais aussi géopolitiques et anthropologiques.
Des écoles d’art des grandes villes aux endroits les plus reculés du globe, à la façon d’une enquête de terrain, l’équipe curatoriale de « Magiciens de la terre » est partie, à la rencontre d’artistes diplômés ou autodidactes et d’artisans, avec un parti pris : choisir les œuvres en prenant en compte leur contexte de création et, surtout, leur créateur. Au final, sur la centaine d’artistes « venant du monde entier, et travaillant tous pour la vie de l’esprit » présentés à la Grande halle de la Villette et au Centre Pompidou, la moitié d’entre eux étaient « extra-occidentaux ».
John Baldessari, Marina Abramović, Hans Haacke, Barbara Kruger mais aussi Frédéric Bruly Bouabré, Huang Yong Ping, Chéri Samba, Kane Kwei… Le travail d’éminents inconnus (dont certains sont aujourd’hui devenus incontournables) côtoyaient celui d’artistes pleinement insérés dans le système de l’art contemporain. Le catalogue d’exposition, très vite devenu incunable, matérialisait cette nouvelle géographie de l’art par un atlas, non pas centré sur l’Europe, mais sur l’origine de chaque artiste exposé. Ainsi le monde de l’art entrait-il dans une nouvelle ère : celle de la globalisation.
À gauche, “Santa Comida – Holy Meal” de Antoni Miralda, 1984-1989. À droite “Temple vaudou de la famille Tokoudagba à Abomey” et “Toxossou” de Cyprien Tokoudagba, 1989
Installation / Peintures murales et sculptures sur un sanctuaire reconstruit • 800 x 150 cm • Coll. Bibliothèque Kandinsky, Paris / Centre Pompidou, Mnam, Paris • Photos Béatrice Hatala / Konstantinos Ignatiadis
Si l’exposition n’a pas attiré les foules (seuls quelque 300 000 spectateurs ont fait le déplacement au cours des deux mois), elle s’est en revanche retrouvée au centre de vifs débats critiques, en France mais aussi à l’étranger. De par sa dimension internationale, « Magiciens de la terre » a soulevé nombre de questionnements culturels, mais aussi géopolitiques et anthropologiques.
Sudhir Patwardhan, The City, 1979
huile sur toile • 91 × 183 cm
Si certains critiques ont salué la démarche « pionnière » de l’exposition, d’autres ont reproché aux organisateurs le fait que les seuls artistes autodidactes présents étaient extra-occidentaux, mais aussi le manque de place laissée aux artistes professionnels et la décontextualisation des artéfacts religieux présentés comme des œuvres et sans mention de leur fonction et signification. Au centre des débats également, la place et le rôle du commissaire d’exposition. Plusieurs critiques ont montré du doigt ce que précisément l’exposition dénonçait : la vision eurocentrée de l’équipe curatoriale, exclusivement composée de membres européens… Autant de questions qui, trente ans plus tard, secouent encore un monde de l’art plus globalisé que jamais.
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