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Mathieu Mercier & Paco, 2016
Photo C Bojana Tatarska
Être tout en haut de l’affiche, qui n’en a pas rêvé ? Qui, voyant ses vœux aussitôt exaucés, s’en plaindrait ? Pas Mathieu Mercier qui, en l’espace de seulement cinq ans, vit son front de jeune artiste ceint de deux couronnes de lauriers dorés. En 2003, âgé de 32 ans, il remporte le prix Marcel Duchamp. En 2007, il livre la rétrospective de son œuvre complète, au saint des saints, le musée d’Art moderne de Paris. Pourtant, de ce grand chelem, il dit aujourd’hui : « J’ai eu deux jokers. Je les ai joués sans réfléchir ». L’assertion désarçonne. Pourquoi n’aurait-il pas fallu jouer si gros puisque tant le Duchamp que l’exposition au musée furent salués par la critique ? Est-ce là deux couronnes trop lourdes à porter ? Trop tôt décernées ? Trop vite coiffées ?
Mathieu Mercier, Le Pavillon, 2003
Résine, plastique • 40m2 • Coll. Musée d’Art Contemporain de Strasbourg • Photo Tutti
« L’obtention du prix Duchamp lui coûtera deux expositions personnelles. »
Mathieu Mercier
À l’époque, le jeune homme est à fond et suit une parfaite trajectoire d’artiste émergent, sans fautes, ni sortie de route. Il se voue corps et âme au travail. « C’était le moment où je n’avais que ça à faire. Je n’avais pas de famille. Le matin je me levais et toute la journée je bossais. Je n’avais même pas de trucs administratifs à régler, contrairement à maintenant ». Mathieu Mercier n’en a jamais assez, porté par une envie de faire et de montrer. Il enchaîne. Cumule. Et va se retrouver dans un embouteillage de projets inconciliables.
Ainsi, l’obtention du prix Duchamp lui coûtera deux expositions personnelles déjà plus ou moins sur les rails : l’une au Centre Pompidou et l’autre au Palais de Tokyo. Car « il y a, de la part des institutions, un désir de nouveauté un peu exclusif. À l’époque, personne ne mutualise les projets », constate Mathieu Mercier. Dit autrement, le Duchamp s’arroge le privilège de révéler l’artiste et coupe en quelque sorte l’herbe sous le pied des autres institutions, qui, dépitées, iront voir d’autres jeunes artistes pas encore déflorés. Ainsi, « ce que tu gagnes à droite, tu le perds à gauche », dit l’artiste en rappelant qu’en 2003, « l’impact du prix Duchamp n’a rien à voir avec celui qu’il peut avoir aujourd’hui : « L’annonce s’était faite en petit comité, n’était pas encore suivie d’un dîner et la presse grand public ne s’y intéressait pas. »
Vue de l’exposition Mathieu Mercier « sans titre » au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris, 2017
« horloge de fluos » 2001, Tubes fluorescents, système électronique. 400 x 150 cm, Coll. Museum fur Modern Kunst Francfort. « sans titre » 2004, Plâtre, 130 x 88 x 62 cm, Coll. Fondation Lafayette. « sans titre » 2005 marbre, dimension variable, Courtesy Galerie Lange+ Pult, Zürich. • Photo Florian Kleinefenn
Quatre ans après, l’exposition au musée d’Art moderne (une rétrospective à l’âge de 37 ans) déclenche quant à elle une crise de croissance dans la carrière de l’artiste. « J’étais en résidence à la Villa Kujoyama au Japon quand on me l’a proposée. J’étais parti parce que j’avais eu une année creuse et que mon couple battait de l’aile. C’était une période difficile. J’avais besoin de me renouveler, d’être dans une situation où je ne comprenais rien à l’environnement et où j’allais être à fleur de peau ».
Mathieu Mercier, Drum & Bass Power, 2002–2016
Technique mixte • 100 × 97,2 × 26 cm • Courtesy Galerie Massimo Minini, Brescia.
La mise en scène de toute l’œuvre est un succès critique et une immense satisfaction personnelle. Mercier ne s’en cache pas : « J’ai eu le sentiment que je ne pouvais pas faire mieux. Mais l’expo a engendré des crises avec les gens avec qui je travaillais. J’ai commencé à avoir une équipe à l’atelier. Il fallait que je passe à la vitesse au-dessus. Du coup, mes galeries, et notamment la galerie Chez Valentin à Paris, s’est un peu sentie démunie. Elle ne pouvait plus occuper la place principale. On s’est quittés ». Des galeries, Mathieu Mercier en a d’autres de par le monde. Mais certaines lui demanderont de faire et de refaire son hit, Drum & Bass, une pièce en forme d’étagère aux couleurs et à la grille primaires d’un Mondrian. « J’ai freiné. Je ne suis pas rentré dans le jeu et je leur ai dit que s’il voulait telle pièce en rouge, puis en bleu, puis encore en jaune, je ne les ferai pas ».
Mathieu Mercier, Sans titre (couple d’axolotls), 2012
Vitrine, éclairage néon, terre, aquarium, eau, couple d’axolotls • 219,5 × 180 × 330 cm • Vue de l’exposition « DIORAMAS », Palais de Tokyo (14.06 – 10.09.2017) • Photo Aurélien Mole / Co-production le Crédac / Courtesy Mathieu Mercier
L’artiste se met quand même à produire des œuvres plus imposantes et se heurte à de nouvelles difficultés : « Ce sont des pièces qui me coûtent chères, comme celle que j’ai montrée dans l’exposition « Diorama » au Palais de Tokyo [en 2017, ndlr]. Quand je les prête, il faut que je les restaure à chaque fois, parce qu’elles souffrent. En outre, en caisse, elles prennent beaucoup de place et leur stockage me coûte le même prix que leur production ».
Mathieu Mercier, Exposition « Duchamp nous a dit que l’on pouvait jouer ici » Musée des Arts et Métiers, 2018, 2005–20.. (in process)
Détails de la collection d’objets et documents d’époque concernant les propos de Marcel Duchamp
Rien de tout cela n’empêche Mathieu Mercier, désormais installé à Valence, de se réjouir de son parcours. « J’ai eu énormément de chance, reconnaît-il sans ambages. Je suis dans une situation privilégiée par rapport à plein d’autres artistes. Mais à un étudiant en école d’art qui me disait « pour toi tout va bien, tu as de la place pour travailler », j’ai répondu que j’échangerais bien tout mon espace contre sa jeunesse et son temps », son insouciance. Enfin, face aux vicissitudes du monde de l’art, à ses hauts et ses bas, Mercier a trouvé une espèce de parade en menant depuis des années de longues recherches autour d’un artiste qui est à ses yeux comme un refuge : Marcel Duchamp.
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