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Gaston Chaissac en 2 minutes

En bref

Artiste littéraire, visage de l’art brut, Gaston Chaissac (1910–1964) est un inclassable du XXe siècle. Poète et peintre autodidacte, il était l’un des proches de Jean Dubuffet. Son œuvre tourmentée, anticonformiste, spontanée et rustique (comme il le revendiquait lui-même) est à la limite de l’abstraction.

Robert Doisneau, Gaston Chaissac dans sa maison à Sainte-Florence-de-l’Oie
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Robert Doisneau, Gaston Chaissac dans sa maison à Sainte-Florence-de-l’Oie, 22 août 1952

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Coll. particulière • © Robert Doisneau / Rapho © Adagp, Paris, 2020

Il a dit

« Je suis artiste et c’est incurable, je suis capable de faire des choses que tout le monde ne peut pas faire, par conséquent, il m’est difficile de faire ce que tout le monde peut faire. »

Sa vie

Gaston Chaissac est né dans une famille modeste, à Avallon, en Bourgogne. Dès son enfance, il présente une santé fragile. Son souhait est de devenir cordonnier, comme son père, mais il caresse aussi le désir de devenir écrivain.

Chaissac arrive à Paris en 1936 où il exerce la profession de marmiton puis de cordonnier, tout en faisant la rencontre d’artistes. Il dessine alors librement ce qui naît de son imaginaire, avec l’encouragement d’Otto Freundlich, peintre et sculpteur abstrait qui habite le même immeuble que lui. Hospitalisé pour une tuberculose, Chaissac continue cette pratique autodidacte et libératrice pendant la guerre (à laquelle il ne prend pas part). Sa peinture oscille entre rusticité et modernité, selon sa propre définition.

Après la guerre, Chaissac fait une rencontre capitale : celle de Jean Dubuffet. Ils deviennent proches, et Chaissac participe au mouvement de l’art brut. En rupture avec la tradition, les deux artistes souhaitent abolir tout référent culturel. Ils participent ensemble à la première exposition de l’art brut à la galerie Drouin en 1949. Depuis six ans, Chaissac vit en Vendée, où sa femme est institutrice.

On retrouve dans l’œuvre de Chaissac quelques-unes des préoccupations des surréalistes, comme l’écriture automatique et la réminiscence de l’enfance. Ses créations se caractérisent surtout par le goût des formes spontanées, de la couleur vive au service d’une certaine mélancolie, et même d’une véritable naïveté (ce qui la rend très authentique). Dans les années 1950, Chaissac souffre d’isolement dans son village vendéen, où il est regardé comme un original, voire un fou. Mais il se rapproche de personnalités du monde littéraire, notamment Raymond Queneau et Jean Paulhan. Il participe régulièrement aux publications de la NRF (La Nouvelle Revue française). Sa place dans le monde de l’art est incertaine et Chaissac n’est pas à la recherche du succès. Il se concentre sur son travail, très inspiré par la nature mais qui tend aussi vers l’abstraction. L’artiste expérimente de nombreux médiums, usant de collages, fabriquant des totems, créant des poèmes-objets.

Gaston Chaissac meurt en 1964 sans véritable reconnaissance. Elle n’adviendra qu’une dizaine d’années plus tard grâce à une grande rétrospective organisée par le Centre Pompidou en 1973.

Ses œuvres-clefs

Gaston Chaissac, Ex-dessin à la plume
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Gaston Chaissac, Ex-dessin à la plume, 6 novembre 1948

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Gouache sur papier collé sur contreplaqué • 51 × 73 cm • Coll. musée de l’Abbaye Sainte-Croix, les Sables d’Olonne • © Hugo Maertens photographe, Bruges © Adagp, Paris, 2020

Ex-dessin à la plume, 6 novembre 1948

Les années 1940 ont été prolifiques pour Gaston Chaissac qui s’essaie à de nombreuses expérimentations. Sa rencontre avec Jean Dubuffet a marqué un tournant capital, même si les deux hommes cultivent des liens de rivalité. L’artiste cherche à produire des formes délivrées de toutes références à la tradition. Suivant les principes de l’art brut, il s’inscrit du côté de la nature plutôt que de la culture. Il peint avec sa bouche, avec des ustensiles inédits (comme une serpillère) et laisse une grande place au hasard dans ses œuvres marquées par une palette colorée. Chaissac cherche à retrouver la spontanéité de l’enfance.

Gaston Chaissac, Sans titre
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Gaston Chaissac, Sans titre, 1957–1959

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Huile sur isorel • 140,5 × 122 cm • Coll. musée de l’Abbaye Sainte-Croix, les Sables d’Olonne • © Hugo Maertens photographe, Bruges © Adagp, Paris, 2020

Sans titre, 1957–1959

Après quelques années difficiles, Chaissac produit d’importantes séries à la fin des années 1950. Il réalise des grands formats sur des supports variés, dont l’isorel. Comme à l’accoutumée dans ses œuvres, les formes colorées s’enchevêtrent pour donner naissance à une composition onirique, minimaliste, qui oscille entre abstraction et figuration. Il n’est pas rare de voir apparaître des faciès au sein de ces camaïeux de formes, des visages isolés qui reflètent peut-être le propre isolement ressenti durement par cet artiste sensible, en proie à la dépression.

Gaston Chaissac, Totem double face
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Gaston Chaissac, Totem double face, 1961

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Huile sur bois • 187 × 58 × 2,5 cm • Coll. Centre Pompidou, MNAM-CCI, Paris • © Centre Pompidou, MNAM-CCI, Dist. RMN-Grand Palais / image Centre Pompidou, MNAM-CCI© Adagp, Paris, 2020

Totem double face, 1961

Dans les années 1950, Gaston Chaissac travaille à partir de matériaux récupérés, notamment des planches de bois venant d’une scierie qui lui servent à confectionner ses totems. Celui-ci a été réalisé en 1961, année heureuse pour Chaissac qui voit l’organisation de son exposition chez Iris Clert. Ce totem double représente la galeriste des Nouveaux Réalistes masquée et déguisée en Napoléon sur une face, et davantage associée à une figure féminine sur l’autre face. La sculpture peinte aux accents joyeux est typique de l’œuvre de Chaissac qui introduit, en même temps, une forme de déséquilibre associé au doute et à la mélancolie.

Par • le 11 février 2020
Retrouvez dans l’Encyclo : Art brut Gaston Chaissac

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