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LE TOPO

Gérard Fromanger en 2 minutes

En bref

Contes en couleurs du monde contemporain, les œuvres de Gérard Fromanger (1939–2021) sont à la fois figuratives et conceptuelles, poétiques et politiques. Acteur majeur de la Figuration narrative dans les années 1960 (courant contemporain du Pop Art et du Nouveau réalisme), Fromanger est connu pour son travail pictural à partir de photographies prises dans la rue. À l’aide de couleurs vives, il redonne une valeur à l’humain dans la foule anonyme, en proposant un regard critique sur la société. Rejetant le marché de l’art, Gérard Fromanger cultive une proximité avec son public et défend le rôle social de l’artiste.

Gérard Fromanger dans son atelier, 2009
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Gérard Fromanger dans son atelier, 2009

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Gérard Fromanger dans son atelier, 2009

© Despatin & Gobeli/Opale / Bridgeman Images

Il a dit

« La couleur me vient de ce sentiment plus fort de la vie que de la mort. »

Sa vie

Gérard Fromanger est né en 1939 dans les Yvelines mais il grandit en Normandie. Ses racines sont multiples : françaises, russes et arméniennes. Il débute très jeune (dès l’âge de deux ans !) la pratique du dessin et de la peinture. Inscrit à l’École des beaux-arts de Paris, Gérard Fromanger s’en échappe rapidement pour s’inscrire à l’Académie de la Grande-Chaumière, à Montparnasse. Il s’y fait de nombreux amis, dont César qui s’intéresse à son travail et sa personnalité… et lui prête son atelier !

Aux côtés d’Erró et de Hervé Télémaque, Bernard Rancillac et Jacques Monory, Gérard Fromanger devient l’un des visages de la Figuration narrative dans les années 1960. Rejetant l’abstraction, ces jeunes artistes concilient la représentation du réel avec une palette pop, en prise avec l’actualité politique et sociale. En mai 1968, Fromanger s’implique et s’engage aux côtés des étudiants et des ouvriers, tout comme le cinéaste Jean-Luc Godard. Il est l’un des fondateurs de l’Atelier Populaire à l’École des beaux-arts qui fabrique des affiches révolutionnaires.

Ami de poètes, d’écrivains et de philosophes (Michel Foucault, dont il fit le portrait, et Gilles Deleuze), Gérard Fromanger est attentif au monde qui l’entoure, ainsi qu’aux mutations sociales et sociétales. Il rejette ce capitalisme ambiant et tentaculaire qui pousse à produire toujours plus, toujours plus vite, toujours plus cher. En même temps, le thème des interactions urbaines, humaines et l’énergie de la vie contemporaine le fascinent.

L’artiste aime travailler en série, à partir des clichés photographiques de la ville. Fromanger croit au pouvoir de la rue, un thème qui nourrit son œuvre. La photographie, image du réel, occupe donc une place primordiale dans son processus artistique. « J’ai relié la photographie et la peinture d’une manière radicale », affirme-t-il.

En 1974, le peintre visite la Chine communiste, appareil photo en bandoulière. Ses clichés nourrissent une série intitulée Le désir est partout. Dans ses œuvres, il cherche à individualiser l’humain par l’emploi de couleurs vives (notamment le rouge, récurrent dans son œuvre, symbole de résistance à l’oppression), interrogeant la notion de masse populaire.

En 2015, son projet de vitraux destinés à l’Église romane d’Anzy-le-Duc crée la polémique et divise l’opinion en raison de leur caractère profane. Il est finalement refusé. Fromanger y déployait pourtant son talent pour le décor, cette capacité esthétique à dialoguer avec l’architecture et l’histoire. En 2020, il concrétise néanmoins un grand décor pour le plafond du Foyer des Bouffes du Nord, à Paris, éclatant de couleurs. Il décède en 2021, à l’âge de 81 ans.

Ses œuvres clés

Gérard Fromanger, Salon de thé, série « Boulevard des Italiens »
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Gérard Fromanger, Salon de thé, série « Boulevard des Italiens », 1971

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Huile sur toile • 100 × 100 cm • Coll. privée • © Gérard Fromanger, en collaboration avec la Galerie Jeanne Bucher Jaeger, Paris

Salon de thé, série Boulevard des Italiens, 1971

À partir de clichés commandés par le peintre à un photographe, Fromanger réalise une série de toiles sur le thème du boulevard parisien, lieu de passage et de flânerie qui a fasciné les romanciers et les artistes depuis le milieu du XIXe siècle. Le peintre réinvente totalement le sujet, en isolant les silhouettes rouges sur un paysage urbain bleu. Le contraste entre le chaud et le froid est saisissant. L’usage du rouge, couleur politique, critique, oppressive voire agressive, donne une valeur d’icônes de la société contemporaine à ces anonymes.

Gérard Fromanger, En Chine à Hu-Xian, série « Le désir est partout »
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Gérard Fromanger, En Chine à Hu-Xian, série « Le désir est partout », 1974

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Huile sur toile • 200 × 300 cm • Coll. Centre Pompidou – Musée national d’art moderne – Centre de création industrielle, Paris • © Gérard Fromanger, en collaboration avec la Galerie Jeanne Bucher Jaeger, Paris / © Centre Pompidou, MNAM-CCI, Dist. RMN-Grand Palais / Philippe Migeat

En Chine, à Hu-Xian, série Le désir est partout, 1974

Cette œuvre a été peinte à partir d’une photographie prise par Fromanger à l’occasion de son voyage en Chine en 1974. Il voulait rendre hommage aux paysans qui l’ont accueilli, dans un pays communiste où la figure d’artiste est encore largement muselée. Les nombreux personnages posent comme s’il s’agissait d’un portrait de famille. Tous se détachent en couleurs vives sur un fond gris, faisant irradier leur humanité et leur individualité.

Gérard Fromanger, Peinture-Monde, sens dessus dessous
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Gérard Fromanger, Peinture-Monde, sens dessus dessous, 2020

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Peinture-Monde, sens dessus dessous

Acrylique sur toile marouflée • Commande duThéâtre des Bouffes du Nord / Collections du MNAM – Centre Georges Pompidou • © Gérard Fromanger, en collaboration avec la Galerie Jeanne Bucher Jaeger, Paris

Peinture-Monde, sens dessus dessous2020

Réalisé dans son atelier en Toscane, juste avant et pendant le confinement lié à l’épidémie mondiale de Covid-19, ce grand décor reprend et actualise les thèmes et l’esthétique si identifiables de Gérard Fromanger : des silhouettes monochromes de couleurs vives, résolument pop, incarnant la vie et la mobilité contemporaine (avec poussettes, vélib’ et autres portables).

Par • le 5 juillet 2021
Retrouvez dans l’Encyclo : Figuration narrative Gérard Fromanger

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