Jeanne Malivel, Projet de Couverture pour les “Contes et Légendes de Bretagne”, vers 1920
Gravure rehaussée • Collection Particulière • © Bibliothèque Forney, Paris
Les cocasseries folkloriques, les biniouseries et autres menhirs en carton, très peu pour elle ! Dans les années 1920, Jeanne Malivel fait briller la richesse de sa terre natale de Bretagne avec une grande modernité. Née en 1895 à Loudéac, une commune des Côtes-d’Armor, dans une famille pieuse de commerçants, dès petite, elle façonne des figurines avec des marrons ramassés, puis se frotte au dessin et à la peinture. À 19 ans, après le lycée à Rennes, elle réussit le concours d’entrée aux Beaux-Arts de Paris. Mais la Grande Guerre éclate et la contraint à revenir en Bretagne. Infirmière bénévole, la jeune fille n’oublie pas sa passion. Dans ses carnets de dessin, elle croque les blessés.
L’atelier de Jeanne Malivel (au centre), rue Notre-Dame-des-Champs à Paris
Photographie • Collection Particulière • © Bibliothèque Forney, Paris
En 1918, la guerre achevée sonne son retour aux Beaux-Arts de Paris où l’artiste va s’épanouir dans les ateliers de Montparnasse. Jeanne Malivel peint, elle sculpte, elle découvre l’art verrier. En particulier, Jeanne fréquente les ateliers d’art sacré du maître nabi Maurice Denis, l’un des premiers à reconnaître son talent.
Mais sa Bretagne lui manque. En dépit des sollicitations à Paris, elle décide de rentrer « vivre et travailler au pays », où elle occupe un poste de professeur à l’École des beaux-arts de Rennes à partir de 1921. En 1925, Jeanne se marie avec un fonctionnaire et s’installe à Vitré. Mais l’année suivante, alors qu’elle est enceinte, elle tombe malade. Elle meurt à Rennes à 31 ans, non sans avoir laissé une empreinte importante pour l’art en Bretagne.
Jeanne Malivel, Étude pour tissu à motif floral deux tons de Bleu, vers 1921 – 1924
Collection Particulière • © Bibliothèque Forney, Paris
Oubliée, son œuvre est pourtant considérable. Peinture, mobilier, céramique, vitrail, textile, gravure, dessin… En dix ans de (courte) carrière, Jeanne Malivel a excellé dans tous ces domaines avec une production foisonnante. D’ailleurs, elle refuse qu’on la qualifie de peintre : « je ne suis pas peintre. Je veux bien qu’on me dise graveur sur bois ». De retour en terre armoricaine, à l’époque où le style Art déco bat son plein en Europe, Jeanne Malivel nourrit une ambition précise : sortir l’art breton du folklore réducteur et donner du travail aux femmes de Bretagne en développant les artisanats locaux. Pour cela, elle investit, à Loudéac, dans des métiers à tisser qu’elle confie à des femmes. Dans ses œuvres, l’artiste met en valeur des héros, saints, batailles, événements, paysages et personnages celto-bretons. Notamment, elle illustre l’Histoire de notre Bretagne de 74 bois gravés (1922) avec une modernité qui étonne ses contemporains.
Très attachée à son territoire, Jeanne Malivel joue un rôle central en co-créant en 1923 le groupe Ar Seiz Breur – soit « les sept frères », en référence à un conte sur les sept saints fondateurs de la Bretagne. Sur le modèle britannique d’Arts & Crafts, cette communauté qui réunira une cinquantaine d’artistes fait naître le mouvement Art déco en Bretagne. Ar Seiz Breur s’illustre en particulier dans la conception du pavillon de la Bretagne à l’Exposition internationale des arts décoratifs en 1925, à Paris.
En Bretagne, plusieurs musées présentent les œuvres de Jeanne Malivel. De plus, actuellement, la bibliothèque Forney réunit plus de 250 pièces. Enfin une exposition (entrée gratuite !) qui redonne une place à cette artiste oubliée du début du XXe siècle !
Jeanne Malivel (1895-1926), une artiste engagée
Du 8 mars 2023 au 1 juillet 2023
Bibliothèque Forney • 1 Rue du Figuier • 75004 Paris
www.paris.fr
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