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Peintre du silence, Giorgio Morandi (1890–1964) appartient au courant du « réalisme magique ». Cette expression, apparue dans les années 1920, désigne les peintres à mi-chemin entre réalisme et surréalisme. Morandi est un artiste singulier car il n’a traité que deux thèmes tout au long de sa carrière : la nature morte et le paysage. Sa palette, volontairement minimaliste, renforce l’image d’un peintre austère et rare. Morandi ne cherchait pas la lumière mais sa reconnaissance fut exponentielle. Des institutions prestigieuses (le Metropolitan Museum de New York, la Tate Modern de Londres, le Musée national d’art moderne de la ville de Paris) lui ont toutes consacré une rétrospective ces vingt dernières années.
Giorgio Morandi dans son appartement à Bologne, 1958
« Tout ce que nous savons est qu’une tasse est une tasse, qu’un arbre est un arbre. »
Né à Bologne, Morandi est un jeune garçon passionné par la peinture. Malgré l’opposition paternelle, il rêve d’une carrière d’artiste. Inscrit à l’académie des Beaux-arts de sa ville en 1907, il y est élève pendant six ans mais l’enseignement académique ne lui convient pas totalement. L’œuvre des primitifs italiens (Giotto en particulier), des impressionnistes et des cubistes l’intéresse davantage ! Morandi connaît bien l’histoire de l’art, et cultive aussi l’amour de la philosophie.
Lorsque la Grande Guerre éclate, Morandi est réformé ; il ne fait pas partie des combattants. Le jeune peintre croise la route des futuristes avec qui il expose avant de découvrir les œuvres de Chirico en 1918. Dès lors, il trouve sa voie ! Comme lui, Morandi embrasse le champ de la peinture dite métaphysique au travers du thème de la nature morte.
Dans son atelier, l’artiste travaille devant le modèle, souvent de simples objets du quotidien (comme des bols et des vases). Néanmoins, la manière dont il rend compte du réel témoigne d’un mélange d’inquiétude et de sérénité. L’économie des moyens rend son œuvre singulière. Pour gagner sa vie, le peintre enseigne le dessin et la gravure, et participe à quelques expositions organisées par le groupe Valori plastici (qui publie également une revue).
Morandi est un obsessionnel. Il peint peu, mais avec obstination et concentration. Son classicisme n’est qu’une apparence car il cultive une esthétique proche de l’abstraction. L’artiste recherche une forme d’harmonie et d’équilibre minimaliste, tant dans la composition que dans le recours aux couleurs sourdes, terreuses, denses. Pour autant, il est généreux avec la matière, qui donne une grande présence à chacune de ses œuvres. Sa peinture est à la fois matérielle et immatérielle.
On ne peut penser aux natures mortes de Morandi sans évoquer celles de Chardin et de Cézanne. L’artiste admirait particulièrement l’œuvre de ce dernier. À leur différence, il nie toute forme de contextualisation. Le temps qu’il représente est celui du silence. Si le peintre rejette tout naturalisme, il ne délaisse pas forcément les motifs issus de la nature, plaçant parfois des fruits ou des coquillages dans ses compositions.
Morandi reçoit le premier prix de la Biennale de Venise en 1948, mais son importance n’est véritablement reconnue qu’après sa mort, en 1964. Dès lors, la critique l’encense et il est depuis considéré comme l’un des grands peintres italiens modernes du XXe siècle.
Giorgio Morandi, Grande nature morte à la lampe à pétrole, 1930
Eau-forte sur cuivre • 30,5 × 36 cm • Coll. Mnam, Centre Pompidou, Paris • © RMN-Grand Palais / Audrey Laurans / © Adagp, Paris 2021
Grande nature morte à la lampe à pétrole, 1930
Morandi a beaucoup pratiqué la gravure. Il a appris cette technique à l’école des Beaux-arts de Bologne, en copiant des œuvres de Rembrandt. Dans cette composition, l’artiste a réuni quantité de récipients aux formes allongées (vases, boîtes, chandelier, brocs) dans un espace étroit. Cette concentration provoque une sensation d’étouffement mais révèle aussi une conversation silencieuse entre les objets.
Giorgio Morandi, Paysage, 1942
Huile sur toile • 54 × 49,5 cm • Coll. musée Granet, Aix en Provence • © RMN presse – Grand Palais / Mathieu Rabeau / © Adagp, Paris 2021
Paysage, 1942
Les paysages sont en nombre limité dans l’œuvre de Morandi. Il s’agit toujours de vues de la région de Bologne. Ici, pas un seul être vivant à l’horizon. Comme dans ses natures mortes, le peintre fait l’éloge d’une forme de solitude, de sérénité, de banalité peut-être. Pourtant, un mystère se dessine derrière l’image tranquille. Que cache l’apparence de la réalité ? Qu’existe-t-il derrière le visible ? L’artiste développe toujours une réflexion métaphysique à travers sa peinture.
Giorgio Morandi, Nature morte, 1944
Huile sur toile • 30,5 × 53 cm • Coll. Mnam, Centre Pompidou, Paris • © RMN-Grand Palais / Image Centre Pompidou, MNAM-CCI / © Adagp, Paris 2021
Nature morte, 1944
Cette œuvre fut peinte pendant la Seconde Guerre mondiale, qui a génèré un grand sentiment d’inquiétude chez l’artiste. Ayant dû quitter son atelier de Bologne pour se réfugier dans le village de Grizzana, il peint très peu durant cette période. Les couleurs sont claires mais sans éclat, les volumes simplifiés, la composition équilibrée et stable. Derrière l’apparente simplicité, l’artiste mène une profonde réflexion sur la relation poétique entre les objets.
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