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Giorgio de Chirico en 2 minutes

En bref

Le plus métaphysique des peintres modernes italiens, Giorgio de Chirico (1888 – 1978), est parfois considéré comme un surréaliste. Sans être faux, ce n’est pas suffisant pour le qualifier ! Pétri de culture classique et de philosophie allemande, le peintre est le créateur d’un monde pictural relié à la pensée plus qu’à l’histoire ou la politique. Ses œuvres, pleines de mystères et d’énigmes, peuplées d’architectures et de ruines, offrent l’image de la solitude, de l’errance, de questionnements sur la condition humaine. Avec les peintres Carlo Carrà et Alberto Savinio, il est le fondateur, en 1917, d’un mouvement nommé Peinture métaphysique (Pittura metafisica).Ni passé, ni présent, ni futur : l’œuvre de Chirico nous plonge dans une atemporalité unique en son genre !

Giorgio de Chirico, Autoportrait
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Giorgio de Chirico, Autoportrait, vers 1922

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Huile sur toile • 38,4 × 51 cm • Coll. Toledo Museum of Art • © Adagp, Paris 2020

Il a dit

« Vivre le monde en tant qu’un immense musée d’étrangetés. »

Sa vie

Né en Grèce de parents italiens, Chirico s’est formé à l’Académie des Beaux-arts d’Athènes, puis de Munich à partir de 1908. Le jeune homme découvre la philosophie allemande. En 1911, il arrive à Paris où s’est déjà installé son frère cadet (connu sous le nom d’Alberto Savinio). Chirico est un esprit international : pétri de culture antique, italienne et allemande, le voici devenu francophile.

Exposant dans les salons parisiens, Chirico fait la connaissance de Guillaume Apollinaire en 1913. La critique encense son travail, et le peintre se rapproche d’autres artistes dont Pablo Picasso, Constantin Brancusi et Georges Braque. Pendant la guerre, il est mobilisé et travaille dans un hôpital militaire. Avec un autre peintre italien, Carlo Carrà, Chirico fonde, en 1917, la Peinture métaphysique, mouvement auquel se joint Giorgio Morandi. Après la guerre, il trouve le soutien du marchand parisien Paul Guillaume.

L’art de Chirico fait référence à l’époque de la Renaissance italienne, mais sans en faire un pastiche. Dans des villes fantomatiques, aux perspectives qui rappellent les maîtres anciens – mais qui sont en définitive absurdes –, l’artiste place de rares personnages, aux allures de mannequins impersonnels, qui semblent errer parmi les ruines de la modernité. Les lieux sont imprécis, l’époque indéterminée.

L’installation de Chirico à Rome date de 1918. Il est proche de la revue Valori Plastici (1918–1922) qui promeut le retour à une pensée néoclassique, loin des courants abstraits. L’artiste est apprécié par les surréalistes français, en particulier par André Breton qui lui consacre un article dans Littérature en 1920. Le peintre participe à la première exposition surréaliste, en 1925. Mais ses rapports avec le groupe se détériorent au bout de quelques années.

En 1926, Chirico rejoint le groupe du Novecento italien qui s’inscrit en rupture vis-à-vis du modernisme, en particulier du futurisme. En conséquence, certains lui reprochent d’être associé à un mouvement perçu comme l’art officiel du régime mussolinien. La tradition domine dans son œuvre tout au long des années 1930, c’est le retour à un certain classicisme. Chirico cultive le goût pour les maîtres du passé, qu’il se plaît à copier. Son art devient plus commercial, l’artiste s’entourant de nombreuses aides pour faire aboutir ses commandes en nombre conséquent. Beaucoup de ses œuvres sont en collections privées.

Élu à l’Académie des Beaux-arts de Paris en 1974, Giorgio de Chirico s’éteint quatre ans plus tard à Rome après avoir livré de dernières toiles magistrales et de nombreux autoportraits. 

Ses œuvres clés

Giorgio de Chirico, Chant d’amour
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Giorgio de Chirico, Chant d’amour, 1914

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Huile sur toile • 73 × 59,1 cm • Coll. MoMA, New York • © Bridgeman Images / © Adagp, Paris 2020

Chant d’amour, 1914

Cette œuvre, qui annonce la période métaphysique du peintre, réunit plusieurs éléments récurrents : une sculpture classique à l’état de fragment, une architecture énigmatique, un ciel sans nuage, un train filant et des éléments incongrus (une boule verte, un gant monumental et abandonné). La peinture exprime un certain pathos, une expression dérivée de l’art antique. Chirico s’est inspirée d’un poème de Guillaume Apollinaire, rencontré peu avant.

Giorgio de Chirico, Cheval blanc
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Giorgio de Chirico, Cheval blanc, vers 1930

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Huile sur toile • 65 × 81 cm • Coll. MAM, Paris • © Roger-Viollet / © Adagp, Paris 2020

Cheval blanc, vers 1930

Inspiré de l’iconographie gréco-romaine, ce tableau aborde le motif du cheval, fréquent dans l’œuvre de Chirico. Il est un symbole de puissance, souvent présent dans les monuments impériaux de l’Antiquité romaine. C’est aussi un double de l’être humain, qui personnifie sa fougue. La couleur blanche est souvent utilisée par le peintre, à la fois pour représenter des architectures ou des fragments d’antiques. C’est une référence à la beauté du passé, figée et idéalisée.

Giorgio de Chirico, Autoportrait en habit de torero
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Giorgio de Chirico, Autoportrait en habit de torero, 1953

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Huile sur toile • 80 × 60 cm • Coll. Casa Museo Rodolfo Siviero, Florence • © Adagp, Paris 2020 / © Scala

Autoportrait en habit de torero, 1953

Giorgio de Chirico a toujours été adepte de l’art de l’autoportrait, qu’il pratique de 1911 à la fin de sa carrière. Il s’y montre toujours en représentation, posant comme un peintre de la Renaissance, en costume du XVIIe siècle ou ici en torero. L’artiste fixe généralement le spectateur, avec une certaine hauteur, et se met en scène comme un personnage historique. Il faut plutôt voir la culture d’une certaine ironie que l’expression d’un narcissisme méprisant. La réalité n’est jamais qu’une fiction, semble nous dire l’artiste.

Par • le 16 février 2020
Retrouvez dans l’Encyclo : Surréalisme Giorgio de Chirico

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