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Estampillé artiste académique, ou même « pompier » (terme plus péjoratif), William Bouguereau (1825–1905) est une gloire officielle du Salon de son temps, l’un des artistes les plus en vue et admirés. Il ne manque pas, il est vrai, de détracteurs parmi les tenants de la modernité car son art est porté par l’idéal : ses orgies sont toujours décentes, ses nudités sensuelles mais respectueuses des codes de la morale publique. Très appréciées aux États-Unis, ses toiles figurent dans les plus grands musées tandis que la France cultive encore une certaine défiance vis-à-vis de ce talent lisse et parfait. L’œuvre de ce grand travailleur est immense : elle compte plus de 900 tableaux.
William Bouguereau, Autoportrait, 1879
Huile sur toile • 46 × 38 cm • Photo Wikimedia Commons
« La recherche de l’idéal a été le but de ma vie. »
Une passion précoce pour le dessin
William Bouguereau est né à La Rochelle mais passe son enfance à Saint-Martin-de-Ré. Son père, négociant en vin, espère y voir ses affaires prospérer. Très jeune, le futur peintre développe une passion pour le dessin, ne témoignant en revanche d’aucune prédisposition pour les affaires. Il entre ainsi à l’École des beaux-arts de Bordeaux.
Un grand prix de Rome fasciné par l’art classique
Remarqué pour son talent et sa ténacité, il monte à Paris et entre dans l’atelier de François Édouard Picot. Sa mère, femme intelligente, convainc son père d’accepter son choix de carrière. Le parcours de Bouguereau est marqué par l’excellence : il obtient le fameux prix de Rome en 1850 et rejoint la Villa Médicis pour quelques années. Il n’est pas riche et travaille intensément. L’artiste nourrit un culte pour l’idéal, l’art classique et les maîtres de la Renaissance, ainsi que pour les sujets mythologiques.
Le succès jusqu’aux États-Unis
Revenu à Paris, Bouguereau se fait un nom au Salon et devient l’une de ses gloires, grâce à ses portraits et ses nus policés, parfois d’inspiration orientaliste. Ses œuvres plaisent à un large public, et Bouguereau trouve un soutien majeur auprès du marchand d’art Paul Durand-Ruel qui fait connaître son travail aux États-Unis. Ses œuvres sont également largement diffusées par la gravure, ce qui lui assure des revenus très confortables.
L’archétype du peintre anti-moderne
Toutefois Bouguereau devient aussi l’archétype du peintre académique. Sa perfection est parfois moquée par les adeptes de la peinture moderne. L’artiste cultive inlassablement son image de défenseur de la moralité, en préfaçant l’ouvrage d’Émile Bayard, La pudeur dans l’art et la vie (1904).
Des décors pour des hôtels particuliers et des églises
Marié à l’un de ses modèles, Marie-Nelly Monchablon, en 1866, Bouguereau connaît le malheur de perdre plusieurs enfants. Sa femme elle-même décède en 1877. Il se remarie ensuite avec une artiste américaine, Elizabeth Gardner. Très demandé par la haute société, Bouguereau se voit confier divers décors pour des hôtels particuliers, mais intervient surtout dans les églises parisiennes. Il décore ainsi deux chapelles en l’église Saint-Augustin.
Un prestigieux professeur
Professeur à l’École des beaux-arts à partir de 1888 et à l’Académie Julian, Bouguereau forme quantité d’élèves. Couvert de gloire, le peintre est grand officier de la Légion d’honneur, membre de l’Institut. Il n’en demeure pas moins un homme affable, accessible, cordial. Resté très attaché à sa ville natale, Bouguereau acquiert une maison à La Rochelle où il passe quelques mois durant l’année. Malade, il s’éteint à Paris auprès de sa femme et de sa fille.
William Bouguereau, Dante et Virgile, 1850
Huile sur toile • 280,5 × 225,3 cm • Photo Wikimedia Commons
Dante et Virgile, 1850
Cette œuvre, d’une extraordinaire puissance, représente une scène de lutte inspirée par la Divine Comédie de Dante. Les corps sont tendus et musculeux, la violence et les contrastes de couleurs extrêmes. L’artiste peint cette œuvre au début de sa carrière, alors qu’il cherche à se faire remarquer au Salon. Romantique, dramatique, ce très grand format a tout pour attirer sur lui les regards. Et c’est chose faite : Théophile Gautier le remarque et loue les qualités du jeune artiste. Toutefois, Bouguereau ne continuera guère dans cette voie tragique.
William Bouguereau, Le Jour des morts, 1859
Huile sur toile • 147 × 120 cm • Photo Wikimedia Commons
Le Jour des morts, 1859
Sujet poignant, cette œuvre représente une mère et sa fille réunies sur la tombe d’un proche. Elles sont unies dans le deuil. L’artiste traite ce triste thème avec une grande humanité, et cette œuvre est remarquée au Salon de 1859, notamment par Théophile Gautier. Les coloris sont subtils, et la physionomie comme l’attitude des personnages montrent que Bouguereau est un bon connaisseur de la culture antique et de la peinture de la Renaissance italienne. Il admire en effet l’idéalisme de Raphaël, influence qui transparaît ici et réapparaîtra plus tard dans les tableaux religieux de l’artiste.
William Bouguereau, La Naissance de Vénus, 1879
Huile sur toile • 300 × 217 cm • Photo Wikimedia Commons
La Naissance de Vénus, 1879
Cette belle Vénus anadyomène (sortant des eaux) paraît au monde, entourée d’un cortège de personnages mythologiques. Son corps parfait, aux courbes souples, témoigne de la parfaite connaissance par Bouguereau de la tradition ingresque. Considérée comme exemplaire de la peinture académique, qui innove peu en cultivant les thèmes mythologiques et les nus idéalisés, La Naissance de Vénus est vivement attaquée par Joris-Karl Huysmans à l’occasion de son exposition au Salon de 1879. Le critique lui reproche ses couleurs artificielles, sa banalité, son manque de réalisme.
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