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Portrait d’Hector Obalk
© Hector Obalk
Vos spectacles résument « Toute l’histoire de la peinture en moins de deux heures ». D’où vous est venue cette idée ambitieuse ?
Hector Obalk : « J’ai commencé en 2013 à la Géode avec un grand spectacle sur Michel-Ange. Il s’agissait en réalité de la transposition d’un documentaire de ma série « Grand-Art » réalisée pour Arte. Je trouvais ça drôle de mêler les genres : projeter un documentaire sans le son, mais avec ma voix live et les musiciens, c’était du jamais-vu ! Mais mes textes écrits étaient très littéraires, et j’ai recommencé l’expérience en 2018 au théâtre de l’Atelier, cette fois en improvisant sur scène, ce qui pouvait ajouter une dimension comique. Après tout, je sais ce que j’ai à expliquer, et c’est mieux de le dire comme je vous parle. Le spectateur finit par décrocher quand le texte est trop écrit.
Sur scène, vous revisitez l’histoire de l’art en mélangeant les codes du stand-up avec de la musique classique et même quelques pas de danse…
J’ai essayé tous les supports pour faire de la critique d’art : des articles pour Elle et maintenant Marianne, une douzaine de livres, des chroniques de télévision, vingt-trois documentaires de vingt-six minutes, et même deux albums de BD. Et maintenant, je me lance dans le one-man-show avec un grand écran. Ma critique d’art se résume surtout à des démonstrations visuelles qui, par exemple, tentent de montrer que telle œuvre de Seurat est supérieure à telle autre du même peintre, car c’est la meilleure manière de donner vraiment le goût de l’art. Le paradoxe, c’est que je survole à toute berzingue sept siècles de peinture mais en m’arrêtant très longtemps sur tous les détails d’un Giotto, d’un Vélasquez ou d’un Manet. Ce sont des performances et c’est au contact du public que je trouve mes gags. Je suis un intellectuel qui met le produit de son intellectualisme dans ses spectacles, c’est aussi simple que cela !
Hector Obalk, Mur monographique – VELASQUEZ
Tirage d’art sur papier velours Tirage numéroté et signé par l’auteur Impression Epson 12 couleurs à jet d’encre, contrecollé sur mousse avec cadre anthracite ou cuivré • 45 × 70 cm • © Hector Obalk
« Le but, c’est la comparaison universelle des esthétiques, des peintres, de leurs tableaux et de leurs détails, avec une gourmandise sans fin. »
Diriez-vous que vous êtes un « vulgarisateur » ?
Oui et non. Oui, parce que j’ai horreur du charabia et que j’essaie d’être le plus pédagogue possible. Non, parce si le vulgarisateur communique plus clairement que d’autres un savoir savant, il n’a pas l’ambition de dire des choses nouvelles. Or, j’ai cette prétention ! Je livre mes petites théories personnelles sur toutes les régions de l’histoire de l’art, auxquelles je travaille depuis quarante ans. Ma définition du maniérisme, du caravagisme ou de l’impressionnisme, vous ne la trouverez pas dans Wikipédia. Ni ma démonstration selon laquelle Chardin est supérieur à tous les peintres hollandais de natures mortes. Tout ce que je raconte, c’est du pur fruit garanti personnel.
Dans ce cas, comment qualifieriez-vous votre approche ?
Mon approche est toujours la même, que je m’adresse au grand public ou aux fins amateurs. Quand on connaît son sujet, on va directement au but. Et le but, c’est la comparaison universelle des esthétiques, des peintres, de leurs tableaux et de leurs détails, avec une gourmandise sans fin. J’ai passé vingt-cinq ans de ma vie à filmer des œuvres en repérant des détails que personne n’avait encore vu, y compris moi.
Hector Obalk, Mur monographique – CARAVAGE
Tirage d’art sur papier velours Tirage numéroté et signé par l’auteur Impression Epson 12 couleurs à jet d’encre, contrecollé sur mousse avec cadre anthracite ou cuivré • 45 × 70 cm • © Hector Obalk
Y a-t-il une « méthode Hector Obalk » pour apprendre l’histoire de l’art ?
Tout à fait. D’abord vous regardez, et ensuite vous lisez ce qui vous tombe sous la main.
« Ma critique ne cesse d’aller et venir entre l’originalité d’une mise en scène et la texture du ciel ou des chevelures. »
Vous plaidez donc pour une approche de la peinture plutôt sensorielle ?
Je n’aime pas ce mot « sensoriel » parce qu’il est réducteur. Tout ce qu’on peut dire c’est que je privilégie ce que le tableau donne à voir, mais je ne suis pas un formaliste qui ne verrait que les couleurs, et encore moins un littéraire qui déchiffre un rébus de symboles. Non, la signification et la sensualité d’un tableau font un, déguster et réfléchir sont une seule et même chose. Et ma critique ne cesse d’aller et venir entre l’originalité d’une mise en scène et la texture du ciel ou des chevelures.
Vos spectacles s’appuient sur une monumentale mosaïque d’œuvres, projetée sur un écran géant. Comment l’avez-vous composée ?
La critique d’art consiste d’abord à montrer, puis à donner un sens à ce que vous avez montré. Pendant mes spectacles, je m’appuie sur une trame visuelle. Un « mur » composé de 1 000 tableaux des XIVe au XXe siècles. Tous ces tableaux sont répartis dans des rectangles 16/9 – soit la taille d’un écran – qui contiennent entre douze et quatorze œuvres d’un même artiste, œuvres sur lesquelles je peux zoomer à volonté. Ce mur a demandé un an de travail sur Photoshop.
Hector Obalk, Mur pédagogique 80 artistes
Tirage d’art sur papier velours Tirage numéroté et signé par l’auteur Impression Epson 12 couleurs à jet d’encre, contrecollé sur mousse avec cadre anthracite ou cuivré • 140 cm de hauteur • © Hector Obalk
Votre spectacle occulte totalement les artistes femmes. Pourquoi ?
On ne peut pas me faire le procès de l’invisibilisation des femmes. En deux heures, je présente à peine huit artistes et je ne peux pas, par exemple, faire l’impasse sur Caravage pour privilégier Artemisia Gentileschi parce que c’est une femme. Je ne parle que des tableaux dont je pense qu’ils sont les meilleurs dans leur genre. On peut critiquer les conditions d’émergence des artistes, et l’exclusion dont les femmes ont été l’objet, mais on ne peut pas imputer cette exclusion à ceux qui n’en font que l’histoire. On ne peut pas changer le passé, seulement le présent et le futur. »
À voir
Toute l’histoire de la peinture en moins de deux heures
Par Hector Obalk
Quatre spectacles proposant des focus sur des peintres différents sont joués en alternance, au théâtre de l’atelier (18e arr.) et au 13eArt (13e arr.) :
Parcours A : Léonard-Caravage-Chardin…
Parcours B : Raphaël-Vélasquez-Ingres…
Parcours C : Bosch-Titien-Manet…
Parcours M : Monet-Picasso-Mondrian…
Prochaines représentations :
6 novembre 20h — Le 13eArt / parcours C
20 novembre 20h — Le 13eArt / parcours B
4 décembre 20h — Le 13eArt / parcours A
18 décembre 20h — Le 13eArt / parcours C
8 janvier 20h — Le 13eArt / parcours M
15 janvier 20h — Le 13eArt / parcours B
22 janvier 20h — Le 13eArt / parcours C
29 janvier 20h — Le 13eArt / parcours M
À partir de 16,50€ • Informations et réservations
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