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Personnalité d’exception dans l’histoire de l’art italien, Artemisia Gentileschi (1593–1653) est une véritable légende ! Rare femme de son temps à rayonner grâce à son talent de peintre caravagesque, elle incarne aussi pour certains l’image de la résilience. Violée à 17 ans par l’un de ses professeurs, puis humiliée lors d’un procès douloureux devenu célèbre, elle peint de nombreuses héroïnes bibliques puissantes. Un temps oubliée, Artemisia Gentileschi est aujourd’hui reconnue comme l’un des plus grands talents baroques de son époque, au point d’éclipser désormais son père également peintre, Orazio Gentileschi.
Artemisia Gentileschi, Autoportrait en sainte Catherine d’Alexandrie, vers 1615–1617
Huile sur panneau • 71,5 × 71 cm • National Gallery, Londres • Domaine public
« Artemisia était la seule femme en Italie qui ait su ce qu’était la peinture. » Roberto Longhi
Née à Rome, Artemisia est la fille du peintre Orazio Gentileschi. C’est auprès de son père que la jeune fille apprend le métier d’artiste – fait rare à cette époque. Dans l’atelier, elle fait la connaissance de Caravage, prenant goût aux mises en scène théâtralisées, aux jeux de lumière violents, à l’expressivité des gestes et des postures. Déjà, ses thèmes préférés sont liés à l’image de la femme dans l’art.
En raison de son sexe, Artemisia Gentileschi ne peut intégrer les académies romaines. Conscient de son talent, son père engage un professeur particulier, Agostino Tassi. Ce peintre maniériste viole la jeune fille, sans que l’on puisse connaître exactement la nature de leur relation avant le crime. Étaient-ils déjà amants ? Artemisia Gentileschi était-elle vierge ? Des questions qui importent particulièrement à l’époque. Le père défend sa fille et porte l’affaire devant la cour papale. Un procès douloureux s’ensuit. Artemisia Gentileschi doit subir une véritable humiliation afin de prouver qu’elle est bien une victime. Faut-il lire ses œuvres au prisme de son histoire personnelle ? Les historiens de l’art sont divisés. Toujours est-il que l’artiste a choisi des thèmes souvent liés aux combats des femmes pour protéger leur pudeur ou accomplir leur destin.
Orazio ne peut laisser sa fille dans cette situation. Il organise son mariage avec un peintre florentin. Gentileschi peut donc quitter Rome et mener sa vie. Elle donnera naissance à quatre enfants (dont trois meurent en bas âge). À Florence, elle rayonne et s’impose comme l’un des grands peintres de son temps, travaillant pour les princes. C’est une femme d’esprit. Fait exceptionnel : elle est admise à l’Académie de dessin dont fut membre Michel-Ange.
Son mariage se soldant par un échec, l’artiste revient à Rome en 1621. Indépendante, elle vit grâce à des commandes de portraits. Puis, elle se rend à Venise et à Naples, en espérant obtenir des travaux de plus grande importance telles des décorations. À Naples, ses projets se réalisent. Elle travaille pour les églises. Par la suite, Artemisia Gentileschi rejoint son père en Angleterre auprès de la cour de Charles Ier. De retour en Italie dans les années 1650, elle décède à Naples à l’âge de 60 ans.
Artemisia Gentileschi, Suzanne et les vieillards, 1610
Huile sur toile • 170 × 121 cm • Scholss Weissentein, Pommersfelden • Domaine public
Tirée de la Bible, cette scène résume le drame vécu par Suzanne, repoussant avec dégoût ses deux agresseurs. Les vieillards apparaissent complices et malveillants, heureusement séparés d’elle par un muret qui assure sa protection. La composition est marquée par une diagonale puissante. L’érotisme de la nudité de Suzanne est contrebalancé par la tension de tout son corps. Ici, la femme est victime de la concupiscence masculine.
Artemisia Gentileschi, Judith décapitant Holopherne, 1614–1620
Huile sur toile • 199 × 162,5 cm • Musée des Offices, Florence • Domaine public
Dès 1612, Artemisia Gentileschi développe une iconographie liée à la violence féminine, faisant de Judith son héroïne. Ce personnage de l’Ancien Testament parvient à venger sa ville assiégée en séduisant Holopherne et en le décapitant. L’action évoque le tableau antérieur de Caravage sur ce thème. Mais ici, c’est une femme qui tient le pinceau, et elle donnerait à Holopherne les traits de son violeur ! Par ailleurs, la servante aide Judith, ce qui a pu être interprété comme une affirmation de la sororité. Artemisia Gentileschi, avec une grande théâtralité et un fort clair-obscur, exprime le thème du pouvoir féminin, quitte à faire couler le sang.
Artemisia Gentileschi, Autoportrait en allégorie de la peinture, 1638–1639
Huile sur toile • 98,6 × 75,2 cm • Royal Collection, Windsor • Domaine public
Alors qu’elle se trouve à Londres, Artemisia Gentileschi peint cette allégorie qui porte ses traits. Vêtue d’une robe verte, à l’ouvrage devant sa toile, elle incarne la peinture, l’un des arts majeurs. Elle se représente seule, indépendante et concentrée, vigoureuse. Artemisia Gentileschi a livré d’elle plusieurs autoportraits et s’est souvent prise pour modèle. En effet, en tant que femme, elle avait des difficultés à accéder à des modèles masculins. Ceci pourrait expliquer pourquoi l’artiste a le plus souvent prisé des thèmes liés à des héroïnes de la Bible.
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