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Une toile a rendu le peintre néoclassique français Hippolyte Flandrin (1809–1864) célèbre : Jeune homme nu assis au bord de la mer (1836). On ne saurait néanmoins résumer sa carrière à cette œuvre. Au travers de ses décors peints pour de nombreuses églises du XIXe siècle, pour des bâtiments civils, l’artiste a montré qu’il savait composer pour des surfaces monumentales. Cette production domine dans sa carrière. Devenu l’un des peintres religieux les plus recherchés, il fut considéré comme le Fra Angelico de son temps.
Jean Baptiste Adolphe Lafosse, Jean Hyppolite Flandrin, 1865–1866
Lithographie en noir et blanc • Collecion privée • © Purix Verlag Volker Christen / Bridgeman Images
« Je remercie Dieu de m’avoir donné une si belle occasion de faire de la peinture religieuse ! »
Originaire de Lyon, Hippolyte Flandrin était le cadet d’une famille de marchands drapiers, qui comptait deux autres enfants : Paul et Auguste, également peintres. Hippolyte sera le plus célèbre. Élève à l’École des Beaux-arts de Lyon, il a poursuivi son enseignement à Paris dans l’atelier prestigieux de Jean-Auguste-Dominique Ingres. Flandrin devint son élève favori. Son frère Paul, avec lequel il avait une relation fusionnelle, le suivra dans l’atelier de son maître, mais sans parvenir à une carrière aussi glorieuse.
Lauréat du Prix de Rome en 1832, Flandrin a passé six années à la Villa Médicis, où il s’est consacré à la peinture d’histoire et au portrait. C’est là qu’il a peint, en 1836, le Jeune homme assis au bord de la mer, son envoi de pensionnaire. Comme tout artiste néoclassique, Flandrin considérait le dessin comme la base de son travail artistique. C’était aussi un fin connaisseur de l’antique.
Flandrin a fait du religieux son domaine de prédilection. À Paris, il est intervenu à Saint-Sévérin, Saint-Germain-des-Prés, Saint-Vincent-de-Paul. Ces trois chantiers se sont déroulés au cours des années 1840, alors que le régime de la Restauration soutenait l’expansion de l’Église catholique, considérée comme la religion d’État. Dès sa première commande, Flandrin s’est imposé comme l’un des plus grands peintres religieux français. Il a aussi réalisé des décors pour des églises à Nantes et à Lyon.
La technique de l’artiste est intéressante. Ses travaux préparatoires, très abondants, concernent autant ses toiles que ses grands décors pariétaux. Lorsqu’une silhouette lui semblait prête, Flandrin la décalquait sur une étude plus large, la peignait, puis reportait l’ensemble sur la paroi. Ainsi, il demeurait fidèle à sa première idée.
Qu’a apporté Flandrin à la peinture religieuse de son temps ? Probablement le retour à une forme de probité, d’honnêteté, d’humilité qui renouait avec les primitifs italiens. L’artiste était manifestement porté par sa foi, très ardente. Le peintre rejetait toute forme de théâtralité baroque, d’exubérance. Flandrin a su rester simple tout en cultivant élégance et qualités des expressions des personnages. Ses figures ont toujours quelque chose de doux. Son œuvre religieuse témoigne d’une ambition : marier la beauté idéale de l’antique avec les vertus du christianisme.
Hyppolite Flandrin, Jeune homme nu assis au bord de la mer, 1836
Huile sur toile • 98 × 124 cm • Coll. Musée du Louvre, Département des peintures, Paris • © Bridgeman Images
Jeune homme nu assis au bord de la mer, 1836
En repliant le corps de ce jeune sur lui-même, Flandrin peint une singulière académie. Incarne-t-il l’image du retour sur soi ? Est-il plongé dans une profonde mélancolie ? Son visage nous est en grande partie caché. Le goût pour la ligne et le choix des couleurs évoquent bien sûr l’influence d’Ingres sur le jeune Flandrin. Cette œuvre, très célèbre, fut achetée en 1855 pour le musée du Luxembourg, puis entra au Louvre en 1874. Elle a fait l’objet de multiples reprises et citations, notamment par des photographes.
Hyppolite Flandrin, Saint Clair rendant la vue aux aveugles, 1836
Huile sur toile • 300 × 140 cm • Cathédrale Saint-Pierre, Nantes • © Région Pays de la Loire – Inventaire Général / Photo D. Pillet
Saint Clair rendant la vue aux aveugles, 1836
Il s’agit de la première toile importante de Flandrin, qui lui valut de gagner une première médaille au Salon de 1837. Déjà, l’artiste montre l’attirance qu’il cultive pour les primitifs italiens, Giotto en particulier. La composition est assez dépouillée, la narration est claire et concentrée sur une scène principale : l’évêque de Nantes exerçant ses dons de thaumaturge. Ce sujet prenait pour Flandrin une résonance personnelle car il souffrait des yeux et avait peur de perdre la vue. Pour peindre le Saint, Flandrin avait fait poser son ami le musicien Ambroise Thomas. L’œuvre a été détruite lors de l’incendie qui a ravagé la cathédrale de Nantes en juillet 2020.
Hyppolite Flandrin, L’Entrée du Christ à Jérusalem, 1842–1846
« L’Entrée du Christ à Jerusalem », v. 1842–46.
Fresque. D’un cycle de fresques avec scènes de l’Ancien et du Nouveau Testament. Paris,
église Saint-Germain-des-Prés, choeur, mur gauche.
Fresque • Eglise Saint-Germain-des-Prés, Paris • © akg-images / Photo Erich Lessing
L’Entrée du Christ à Jérusalem, 1842–1846
Hippolyte Flandrin signe ici l’un des grands décors religieux de Paris. Grâce à une restauration récente, il a retrouvé sa beauté originelle, notamment la palette mariant bleu vif, rouge et vert. Flandrin démontre ici son goût pour les aplats, et la lecture en frise qui facilite la compréhension narrative. On notera le recours à la couleur dorée pour le traitement du fond, qui évoque les mosaïques byzantines.
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