Peintre des architectures et des nobles ruines, Hubert Robert (1733–1808) a vu son nom associé à l’histoire du musée du Louvre dont il fut le conservateur. Dessinateur accompli, artiste des Lumières, membre de l’Académie Royale et exposant au Salon, Hubert Robert est un peintre à la mode dans les années 1770. Fidèle au réel, il confère toutefois au paysage et aux architectures une dimension pittoresque indéniable (et parfois imaginaire) qui préfigure la sensibilité romantique.
Élisabeth Vigée Le Brun, Portrait de Hubert Robert, 1788
huile sur bois • 105 × 84 cm • Coll. musée du Louvre, Paris
« L’effet de ces compositions, bonnes ou mauvaises, c’est de vous laisser dans une douce mélancolie. » Denis Diderot
Né dans un milieu favorisé parisien, Hubert Robert reçoit une éducation lettrée. Au cours de ses études, son aptitude pour le dessin est remarquée et il entre en apprentissage dans l’atelier d’un sculpteur. Grâce à des relations dans les milieux aristocratiques, il part en Italie.
Hubert Robert demeure une dizaine d’années à Rome, jusqu’à son retour à Paris en 1765. Pendant cette période, il a le privilège de devenir pensionnaire à l’Académie de France à Rome, où il se lie d’amitié avec le peintre Jean-Honoré Fragonard et fréquente l’atelier du graveur Piranèse. Hubert Robert est fasciné par les anciens palais romains, les vues pittoresques et les ruines antiques (notamment à Pompéi), qu’il visite et dessine.
La particularité d’Hubert Robert est de dessiner sur le motif, devant les architectures du passé. Il développe une grande connaissance technique de cet art majeur et de son décor. L’artiste se veut proche du réel, mais il introduit toujours dans ses œuvres quelques fantaisies, quelques relectures. L’artiste aime les télescopages entre les époques. Ses dessins d’architecture, très appréciés, seront une source de revenus importante dans sa carrière.
De retour en France, Hubert Robert présente son esthétique de la ruine auprès de l’Académie Royale, et se voit agréé et reçu en tant que « peintre d’architecture » (mais il est familièrement surnommé « Robert des Ruines »). Il expose au Salon, où Diderot admire ses œuvres, et devient un artiste reconnu.
Devenu dessinateur des jardins du Roi Louis XVI, Hubert Robert aide notamment à la conception du hameau de la Reine à Versailles. L’artiste protéiforme multiplie les fonctions honorifiques, en particulier celle de Garde des tableaux du roi au Museum (Louvre). Dans ce cadre, il prévoit des transformations architecturales, immortalisées dans certaines de ses œuvres.
La révolution met un terme brutal à cette ascension. Emprisonné, Hubert Robert n’est libéré qu’après la chute de Robespierre et retrouve l’une de ses principales fonctions : conservateur du musée du Louvre. Il occupe ce poste important jusqu’en 1802. Il décède six ans plus tard et demeure considéré aujourd’hui comme l’un des principaux peintres français du XVIIIe siècle français.
Hubert Robert, Vue du Port de Ripetta, à Rome, 1767
huile sur toile • 119 × 145 cm • Coll. École Nationale supérieure des Beaux-Arts, Paris • © Bridgeman Images
Le Port de Ripetta, 1767
Il s’agit de l’œuvre présentée par Hubert Robert à l’Académie Royale en vue de sa réception en 1766, et exposée au Salon l’année suivante. La vue mélange des architectures réelles de la Rome antique (le Panthéon), et des éléments imaginaires. Ce type de paysage fantasmé relève de ce que l’on nommait « caprice » mais sa précision l’inscrit dans l’histoire de la veduta (représentation réaliste de paysages en vogue au XVIIIe siècle).
Hubert Robert, Projet d’aménagement de la Grande Galerie du Louvre Pendant de Vue imaginaire de la Grande Galerie du Louvre en ruines, 1796
Huile sur toile • 114 × 145 cm • Coll. musée du Louvre, Paris • © Bridgeman Images
Projet d’aménagement de la Grande galerie du Louvre, 1796
Dans cette scène foisonnante de détails, Hubert Robert imagine les améliorations possibles de la grande galerie à destination des visiteurs (on y voit de nombreuses femmes, des artistes et des copistes). La présentation des peintures et sculptures, très dense, rappelle celle du Salon. Hubert Robert se montre visionnaire en imaginant le percement de la voûte pour ménager un éclairage zénithal (finalement réalisé en 1805).
Hubert Robert, Vue imaginaire de la Grande Galerie du Louvre en ruines, 1796
Huile sur toile • 115 × 145 cm • Coll. musée du Louvre, Paris • © Bridgeman Images
Vue imaginaire de la Grande Galerie du Louvre en ruines , 1796
Marqué par son goût pour la ruine antique, Hubert Robert imagine ici le tout jeune Muséum central des arts (ouvert au public en 1793) rongé par les avaries du temps. La voûte est effondrée, quelques rares œuvres (notamment l’Esclave mourant de Michel-Ange) et visiteurs occupent les lieux. La scène ressemble davantage à une ruine italienne qu’à une architecture française. Hubert Robert, qui est à cette époque responsable des tableaux dans cette institution, laisse libre cours à sa rêverie poétique qui n’est toutefois pas indemne des évènements révolutionnaires.
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