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Jean-Honoré Fragonard (1732–1806), dit « Frago », est l’un des artistes les plus impétueux du XVIIIe siècle français. Peintre libertin à la cour de Louis XV, spécialiste des scènes galantes, ce contemporain de François Boucher et ami de Denis Diderot compte à lui seul quelques grands chefs-d’œuvre dont le célèbre Verrou. Mais l’artiste n’était pas qu’un esprit frivole, son œuvre révèle aussi les dessous de la société de son temps.
Jean-Honoré Fragonard, Autoportrait, en buste de trois-quarts vers la droite, vers 1780–1790
Lavis gris et pierre noire • 12,6 × 12,6 cm • Coll. musée du Louvre, Paris • © Photo Josse/Leemage
La vie de Fragonard, né à Grasse, se déroule essentiellement à Paris. Après un bref passage chez Jean-Baptiste Siméon Chardin, le précoce et talentueux élève, à peine âgé de 14 ans, intègre l’atelier de François Boucher. En 1752, Fragonard remporte le grand prix de peinture décerné par l’Académie royale de peinture et de sculpture et entre magistralement dans la carrière d’artiste de cour.
Au XVIIIe siècle, il n’y a pas de carrière d’artiste hors du carcan académique. Le Salon, évènement majeur de l’année, permet aux artistes d’exposer leurs œuvres devant un public élitiste, d’obtenir des commandes royales, de s’imposer face à leurs rivaux. Le genre de la peinture d’histoire triomphe, et Fragonard s’engage dans cette voie royale. Comme tout artiste ambitieux de son temps, il part se former à Rome.
Mais la peinture d’histoire n’est pas faite pour lui ! Après son retour en France et son installation au Louvre, où il possède un atelier, Fragonard préfère se tourner vers le genre érotique et galant, beaucoup plus lucratif. Des commanditaires fortunés lui demandent des toiles licencieuses pour leur cabinet secret. Il devient un peintre à la mode au sein de la cour de Louis XV, un roi réputé pour ses mœurs libertines. La comtesse du Barry, maîtresse du roi, l’apprécie tout particulièrement.
En même temps, Fragonard construit sa vie de famille. Il se marie à une peintre originaire de Grasse avec qui il a deux enfants (dont l’un décède de son vivant). La dernière partie de sa vie est marquée par les tourments de la période révolutionnaire. Porté par cette mouvance et soutenu par le peintre néoclassique Jacques-Louis David, Fragonard occupe des fonctions au sein de la Commune des arts en 1793. Mais, à l’inverse de David, l’artiste ne passe pas le cap du passage à l’Empire, qui redessine les contours des institutions académiques. Fragonard est expulsé du Louvre, n’a plus de commanditaires, et décède à l’âge de 74 ans dans une sorte d’indifférence.
Jean-Honoré Fragonard, Les Hasards heureux de l’escarpolette, 1767
Huile sur toile • 81 × 64 cm • Wallace collection, Londres
Les Hasards heureux de l’escarpolette, 1767
Cette peinture a été réalisée par Fragonard à la demande d’un collectionneur privé qui voulait conserver un souvenir de sa maîtresse. L’œuvre représente une femme occupée au jeu de la balançoire, bien pratique pour dévoiler ses dessous au regard de son amant, dissimulé dans les feuillages devant elle. Le mari cocu pousse la belle, dans l’ombre à l’arrière-plan. La nature sauvage et les éros sculptés président à ce singulier vaudeville pictural.
Jean-Honoré Fragonard, Figure de fantaisie, vers 1769
Huile sur toile • 80 × 64 cm • Coll. musée du Louvre, Paris • © akg-images / Erich Lessing
Figure de fantaisie (connu autrefois sous le titre L’Inspiration), vers 1769
Il s’agit d’une véritable tête d’expression, un exercice visant à la représentation des émotions et des sentiments. Peut-être doit-on y reconnaître le portrait de Louis-François Prault, imprimeur du roi ? Fragonard capte son modèle avec vivacité, le surprenant en pleine action. Sa touche, d’une grande liberté, a été une source d’inspiration pour les impressionnistes, et notamment Auguste Renoir.
Jean-Honoré Fragonard, Le Verrou, 1777
Huile sur toile • 74 × 94 cm • Coll. musée du Louvre, Paris • © akg-images / Erich Lessing
Le Verrou, 1777
Cette œuvre, la plus célèbre de l’artiste, est une scène ambigüe : s’agit-il d’un viol ou d’un jeu amoureux entre une jeune femme et son amant ? La toile, peinte pour un commanditaire privé, met en évidence la prédominance de l’homme sur la femme, qui paraît se dérober mollement à son étreinte. Le lit défait suggère que l’acte sexuel a déjà été consommé une première fois, dans une certaine violence (dont témoigne la chaise renversée…). Fragonard a accordé beaucoup d’importance à la représentation des étoffes et des lumières, qui accentuent la dramaturgie de la scène.
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