L’artiste Abraham Poincheval dans sa bouteille sur la Seine
© AFP / Photo Ludovic Marin / © ADAGP, Paris 2024
Depuis jeudi matin, l’artiste français de 52 ans Abraham Poincheval attise la curiosité des passants avec une nouvelle performance extrême et fantaisiste : tel un lilliputien, il s’est enfermé dans une bouteille géante de six mètres de long et deux mètres de diamètre, amarrée au quai du canal Saint-Denis. Un logement de fortune dans lequel il va vivre dix jours consécutifs, soit toute la durée des Jeux Olympiques dont le coup d’envoi est donné ce soir !
Dans sa bulle de verre transparente posée sur un petit îlot de verdure artificiel, l’artiste est bien organisé : autour de lui sont disposés un sac de couchage, quelques bagages et contenants, ainsi qu’un stock d’eau et de nourriture. Cette capsule de survie, qui génère sa propre électricité grâce à des capteurs solaires et une éolienne, offre une vue imprenable sur l’un des grands décors des JO : le stade de France.
« Ma démarche est de mener une vie embarquée dans une sorte de vaisseau, comme une traversée en solitaire », a expliqué le performeur au Parisien 48 heures avant sa mise en bouteille. « C’est un espace qui est au vu de tout le monde, où tout le quotidien est visible. Et moi aussi, je vois la totalité du paysage et le quotidien de cet endroit durant les Jeux olympiques. Je prends note. […] C’est un temps suspendu en opposition au rythme des JO. »
L’artiste Abraham Poincheval entre dans une bouteille géante fermée sur le Canal de l’Ourq
© AFP / Photo Ludovic Marin / © ADAGP, Paris 2024
Bien qu’en retrait dans son petit poste d’observation flottant, Poincheval ne ratera pas une miette de l’ambiance des Jeux : il entendra résonner les clameurs émanant du stade, les voix des supporters affluant vers l’enceinte sportive ou faisant la fête sur les quais, échangera avec des passants amusés, verra le calme au point du jour avant l’arrivée de la foule, le soleil décliner, puis de nouveau l’obscurité, bercée par le clapotis de l’eau, en attendant le retour des athlètes et du public… Une question épineuse demeure cependant : ainsi exposé, quid des besoins naturels ? Le sourire en coin, l’artiste assure aux journalistes être habitué à faire ses petites affaires sans que personne ne s’en aperçoive.
Poincheval a en effet déjà réalisé de nombreuses performances extrêmes nécessitant un entraînement mental et physique conséquent : passer treize jours dans le ventre d’un ours naturalisé au musée de la Chasse et de la Nature (2014), remonter le Rhône de Lyon jusqu’à la Suisse, enfermé dans une grande bouteille (2015), rester sept jours sur une plateforme de 1,6 × 1 mètre perchée sur un mât de 20 mètres de haut, vivre une semaine le corps immobilisé dans le cœur creux d’un rocher au Palais de Tokyo (2017), ou encore parcourir 120 kilomètres vêtu d’une armure de 30 kilos (2018) !
Entrée d’Abraham Poincheval dans sa reproduction agrandie de l’homme-lion, le 2 juin 2018
© CD31/Rémi Khelfi
Motivées par la quête d’un voyage intérieur, d’un dépassement de soi et d’un changement de perception du monde, de l’espace et du temps (l’un se trouvant rétréci, l’autre étiré), ces démarches font penser au philosophe de la Grèce antique Diogène, qui vivait dans une grande jarre (longtemps interprétée à tort comme un tonneau), à l’ascèse spirituelle des Sâdhu en Inde, et aux ermites anachorètes inspirés par saint Siméon le Stylite, qui vécut 37 ans de sa vie au sommet d’une colonne, nourri grâce à des paniers de vivres remontés à l’aide d’une corde. Des performances un peu plus extrêmes que celle de notre (tout de même impressionnant) claustrophile national !
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