Le tableau “French Tropics II” de Tamara Kostianovsky (2022) au milieu des collections permanentes du Musée de la Chasse et de la Nature pour l’exposition “La chair du monde”
© Musée de la Chasse et de la Nature / Photo Théo Pitout
Carcasses suspendues, troncs sciés, oiseaux éventrés… Le musée de la Chasse et de la Nature à Paris invite à une plongée dans l’univers aussi violent que délicat de Tamara Kostianovsky (née en 1974). Pour sa première grande exposition en France, l’artiste israélo-argentine, diplômée des Beaux-Arts de Philadelphie, profite de cette carte blanche pour faire dialoguer les bêtes naturalisées du musée et ses sculptures en textiles colorés.
« La palette employée évoque l’intérieur du corps humain, les couleurs de la chair », explique-t-elle. L’exposition « La Chair du monde » emprunte son titre à l’ouvrage de philosophie Phénoménologie de la perception (1945) de Maurice Merleau-Ponty qui développe un concept selon lequel notre relation au monde serait avant tout corporelle. Ainsi, à travers une scénographie plongée dans la pénombre, l’artiste nous offre un tête-à-tête pertinent avec les natures mortes de Jean Siméon Chardin et la faune du musée au gré d’un parcours intimiste qui questionne notre rapport au corps et à la nature.
Au premier plan, « Tropical Rococo » de Tamara Kostianovsky (2021). À l’arrière plan, l’œuvre « Quarter with Tropicalia » (2022), côtoie la « Nature morte de gibier prêt à mettre en broche » de François Desporte (1716) appartenant au musée
© Musée de la Chasse et de la Nature / Photo Théo Pitout
Aux origines de ces surprenantes sculptures, un incident a priori banal : dans l’Argentine en crise des années 2000, Tamara Kostianovsky se rend dans une laverie automatique d’où ses vêtements ressortent rétrécis. L’idée de créations constituées de textiles d’ameublement recyclés est née.
Dès la première salle, l’artiste capte notre attention avec un imposant séquoia tranché, fait de chutes de tissus, accroché tel un trophée de chasse. À l’étage, l’artiste poursuit sa recherche sur la chair avec Tropical Rococo (2021). Réalisée avec des matériaux recyclés, cette série de carcasses suspendues au plafond fouille dans ses souvenirs d’enfance en Argentine, marqués par les opérations de son père chirurgien esthétique et les étals des marchés ambulants de Buenos Aires. Construite comme une autobiographie, l’exposition explore son passé tout en posant un regard critique sur l’industrie de la viande ; mais aussi sur le colonialisme.
L’artiste, issue d’une famille d’immigrés, détourne les motifs exotiques des papiers peints emblématiques du XVIIIe siècle en vogue à l’époque coloniale pour en faire de grands assemblages colorés dans une série de panneaux intitulée « Fowl Decorations ».
Tamara Kostianovsky, Becoming Native, 2022
Textiles recyclés sur bois • 183 × 122 × 18 cm • Coll. particulière • Courtesy Galerie RX & SLAG, Paris, New York / Photo Théo Pitout
Exposés dans le salon des oiseaux du musée, les fragiles volatiles qui s’en échappent viennent côtoyer la majestueuse Fôret (2010) de cartons découpés d’Eva Jospin. Une immersion dans un univers en apparence paradisiaque, qui nous invite à réenvisager notre impact sur la faune.
Tamara Kostianovsky. La chair du monde
Du 23 avril 2024 au 3 novembre 2024
Musée de la Chasse et de la Nature • 62, rue des Archives • 75003 Paris
www.chassenature.org
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