Point de contrôle et vérification des QR codes dans les quartiers des bords de Seine à Paris, 20 juillet 2024
© Michel Setboun / Sipa
Stations de métro fermées, rues et quartiers bouclés… À trois jours de la cérémonie d’ouverture, habitants, commerçants et touristes subissent déjà les mesures de sécurité drastiques (pour ne pas dire kafkaïennes) mises en place à Paris pour les Jeux Olympiques. Pour les galeries d’art, la situation est particulièrement difficile : mises sous cloche par les barrières de sécurité, nombre d’entre elles ont été forcées de fermer depuis jeudi dernier.
Sur les quais de Seine et dans les quartiers adjacents, deux « zones » cartographiées ont été mises en place par les autorités : une « zone rouge », où l’accès motorisé est interdit ; et, plus proche des berges, une « zone grise », totalement bouclée. Dans cette dernière, de hautes barrières en fer courent à perte de vue le long des trottoirs, encerclant des rues désertes. Impossible de traverser ; pour aller d’un point à un autre, il faut s’engager dans un interminable labyrinthe, et montrer patte blanche aux checkpoints avec un QR code obtenu à l’avance…
Centre de Paris, dans les quartiers près des bords de Seine la circulation est quasi-interdite, 19 juillet 2024
© Michel Setboun / Sipa
Dans le quartier très culturel de Saint-Germain-des-Prés, situé non loin des quais, de nombreuses galeries d’art ont été forcées de baisser le rideau, leurs locaux n’étant tout simplement plus accessibles. « C’est un véritable désastre, les commerces sont comme emprisonnés » déplore, interrogée par la revue américaine Artnews, George-Philippe Vallois, fondateur de la galerie George-Philippe et Nathalie Vallois.
Les autorités avaient pourtant encouragé les galeries à participer aux Olympiades Culturelles, en promettant que les JO allaient attirer du public, tandis que la préfecture avait assuré aux commerces que leurs clients pourraient y accéder sans problème. Or, même en montrant un mail justifiant d’un rendez-vous, les collectionneurs restent derrière les grilles.
Les galeristes dénoncent également une mauvaise organisation. Ainsi, les barrières auraient été installées dès le 28 juin sans préavis, s’indigne Virginie Boissière, directrice de la galerie La Forest Divonne, sur le site d’Artnews. Laurence Esnol, fondatrice de la galerie éponyme, n’aurait pas non plus été avisée, ce qu’elle voit comme « un manque de respect ». « C’était très mal organisé. Un côté de notre rue devait être en zone rouge, l’autre en zone grise. Quand on les a appelés à anticiper les Jeux il y a quelques temps, on nous a répondu que nous étions en zone rouge, et qu’il n’y avait donc pas besoin de QR code. Mais finalement, on est en zone grise. Les clients ne peuvent pas accéder à la galerie » nous confie quant à elle Emilie Salmon, directrice de la galerie Monbrison, située rue des Beaux Arts, à deux pas du Pont des Arts.
En juin, le Premier ministre Gabriel Attal avait annoncé qu’une commission allait être mise en place pour réfléchir à la façon d’indemniser les commerces concernés. Dans l’hypothèse où ces derniers recevront vraiment des compensations financières, l’évaluation de celles-ci pour les galeries, qui ont un revenu peu prévisible, s’annonce compliquée. Les galeries ne sont d’ailleurs pas les seuls établissements culturels touchés : le musée de l’Homme et le Jeu de Paume, situés au Trocadéro et place de la Concorde, « points chauds » des JO, avaient déjà décidé de rester portes closes, l’un du 20 juillet au 13 août, l’autre tout l’été, afin de limiter les pertes…
D’autres galeries, qui ne sont pas concernées directement par les barrières, abordent cependant les JO avec un esprit plus positif. À l’instar de la galeriste danoise Maria Lund, directrice de la galerie éponyme rue de Turenne (non loin du début de la zone rouge), qui a préparé pour l’occasion une exposition parlant de sport et de mouvement, « …in Motion », et s’apprête à aider à accrocher des guirlandes des JO dans la rue. « Nous sentons le calme, bon nombre de Parisiens se sont enfuis. Mais les visiteurs sont seulement en train d’arriver. Entre commerçants, nous envisageons cet événement exceptionnel avec enthousiasme » nous dit-elle. Malgré tout, elle regrette une « tendance à sur-administrer, caractéristique de la France », et une « communication mal faite », qui s’est « focalisée sur les interdictions et les limitations au lieu de faire appel au bon sens et aux efforts de chacun. C’est comme durant le Covid et c’est un peu triste ».
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