En partenariat avec ArtTime

Portrait de JonOne dans son atelier
Photo © Gwen LeBras
Comment et pourquoi avez-vous commencé à créer ?
JonOne : « C’est le fruit du hasard. Dans les années 1980, à New York, où j’ai grandi, je voyais les graffitis dans le métro, sur les murs… Je me disais : ‘mais qui a fait ça ?’, ‘qu’est-ce qu’il a voulu dire ?’… Ça a été un éveil. Je vivais dans les quartiers pauvres, un milieu délaissé, oublié. J’ai commencé par graffer moi aussi et j’ai adoré ça : surtout voir la peinture en bombe couler… La couleur me rend heureux. Je ne savais pas encore vers quoi j’allais, mais la seule chose dont j’avais envie, c’était de laisser une trace. Ma trace. Plus je vieillis – sans doute l’angoisse de la mort – plus c’est important pour moi ! C’est pour ça que j’utilise mon nom, JonOne, comme un motif en répétition.
Ma communauté, celle qu’on appelle aujourd’hui « street art » qui découle du mouvement hip-hop, n’était pas représentée dans les galeries. Nous étions considérés comme des « vandales ».
Il y a d’abord eu la rue, puis vous êtes passé sur toile. Pourquoi ?
C’est venu progressivement. Je n’ai fait aucune école, je suis un pur autodidacte. Il a fallu que je cultive mon regard et c’est à force de fréquenter les musées, d’aller d’un vernissage à un autre dans les galeries, de côtoyer les artistes… que j’ai commencé à m’intéresser à la toile comme médium. Mais le plus important pour moi, c’était de conserver mon identité. Ma communauté, celle qu’on appelle aujourd’hui ‘street art’ qui découle du mouvement hip-hop, n’était pas représentée dans les galeries. Nous étions considérés comme des ‘vandales’. C’est au hasard de rencontres de galeristes que je me suis tourné vers la toile, comme un challenge. Ça m’a plu. Pour autant, quarante ans plus tard, je continue d’investir les murs avec la même excitation. L’an dernier, j’ai peint un mur face de la mairie de Cocody, à Abidjan en Côte d’Ivoire, à l’occasion d’une exposition avec la galerie ArtTime. Avec qui je viens aussi de participer à l’IPAF, le plus grand festival d’art urbain du continent africain dans la ville du Cap en Afrique du Sud. J’y ai réalisé une fresque murale monumentale, aux couleurs du drapeau sud-africain, au cœur du Central Business District.
Mur réalisé par JonOne en face de la mairie de Cocody à Abidjan en Côte d’Ivoire lors d’une exposition à la galerie ArtTime
© TMProduction
On peut qualifier vos toiles d’expressionnisme abstrait. Quelles sont vos références artistiques ?
L’école abstraite, les Rothko, Mitchell, De Kooning, et Jackson Pollock, sont mon panthéon. J’admire la puissance dans le travail de la peinture, j’aime l’énergie, le mouvement. Mais je me nourris de tout ! J’ai eu la chance de beaucoup voyager dans ma vie, ce qui m’a énormément apporté. Surtout, je pense que le fait d’être métis est une richesse : je suis né à New York de parents originaires de République dominicaine, je vis en France depuis de nombreuses années, j’ai deux enfants allemands et deux autres vietnamiens… Le brassage des cultures est mon inspiration première. Artiste bohème, mon seul bonheur est de peindre.
Portrait de JonOne dans son atelier
Photo © Gwen LeBras
Vous avez souvent collaboré avec des marques, n’est-ce pas incompatible avec votre liberté d’artiste ?
L’art est vital pour moi. Je ne peux faire autrement que de créer. Collaborer avec des marques n’est pas incompatible ! Ce qui m’intéresse c’est de mettre l’art, la beauté, à la portée de tous. Je vois cette activité, qui doit représenter 20 % de mon temps, comme une façon de démocratiser l’art.
C’est aussi pour cela que vous exposez aujourd’hui en Asie ?
Exposer à Bangkok avec la galerie ArtTime est une bouffée d’air pour moi et une opportunité de me faire connaître dans ce pays. Nous avons déjà d’autres projets à venir ! La Thaïlande est un pays très ouvert, très chaleureux, avec une belle énergie en termes de création. C’est d’ailleurs pour cela que j’ai intitulé cette exposition « Thaï Love », pour résumer mon attachement à cette culture. Les œuvres accrochées à l’hôtel Rosewood ont toutes été réalisées en 2023. C’est une explosion de couleurs, un Big Bang de peinture. Les retours du public sont très bons ! »
JonOne. Thai Love
Du 16 mars 2023 au 16 juin 2023
Rosewood Bangkok • 1041/38 Thanon Phloen Chit • 10330
www.arttime.fr
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