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Kiki Smith en 2 minutes

En bref

Avec sa silhouette de chamane romantique, Kiki Smith (née en 1954) est une figure atypique de l’art contemporain américain. Artiste féministe et engagée, Smith explore avec audace et sensibilité le thème du corps fragile et intime, de la sexualité féminine et de notre rapport à la mort ou à la beauté. Surtout connue pour son talent de sculptrice, elle n’en fait pas moins usage d’une grande variété de médiums, du dessin à la vidéo, en passant par la gravure ou la tapisserie. Tout comme chez Louise Bourgeois, l’œuvre de Kiki Smith n’est pas sans susciter autant d’émerveillement que d’effroi.

Kiki Smith, affublée d’un chapeau colombien, pose fièrement devant l’une des nombreuses sculptures d’étoile qui ornent son atelier à Manhattan
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Kiki Smith, affublée d’un chapeau colombien, pose fièrement devant l’une des nombreuses sculptures d’étoile qui ornent son atelier à Manhattan, 2019

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© Ernesto Román

Elle a dit

« Je pense toujours que toute l’histoire du monde est dans notre corps. »

Sa vie

Fille du sculpteur minimaliste Tony Smith et de la chanteuse d’Opéra Jane Lawrence, Chiara Smith est née en Allemagne. L’année suivante, sa famille s’installe aux États-Unis. Baignée dans un milieu artistique, elle débute presque naturellement dans le domaine des arts plastiques en aidant son père. Kiki Smith ne fréquente que brièvement la Hartford Art School, aussi peut-on dire d’elle qu’elle fut principalement autodidacte.

Installée à New York en 1976, Kiki Smith se fond dans un milieu underground. Elle développe une pratique pluridisciplinaire, sculptant, peignant, photographiant. Cependant, Kiki Smith trouve rapidement son sujet : l’humain, au travers de son rapport au corps, véhicule fragile qui porte les empreintes de nos histoires personnelles. Ce qui l’intéresse est moins la plénitude que la fragmentation, les heurts, les accidents, les fluides, les rejets et les dissociations que nous expérimentons à travers lui.

Dans les années 1980, Kiki Smith est confrontée à l’épidémie de sida qui ravage la scène new-yorkaise. Sa sœur, notamment, est touchée par cette maladie et décède. Quelques années auparavant, l’artiste a perdu son père. Politiquement engagée, Kiki Smith défend les valeurs du féminisme (en faveur des femmes victimes de violence notamment).

Kiki Smith nourrit sa réflexion de mythes et de contes qui ont bercé son enfance. L’artiste ne renonce jamais à la narration, ni même au décoratif. Volontiers autobiographique, son approche associe mysticisme, science et onirisme. Ainsi, l’artiste met en scène des femmes bibliques, des héroïnes de conte ou des sorcières, entre le réel et le fantastique. Elle cultive une attirance particulière pour la thématique de la cosmogonie : recherche de l’infime dans le grand tout ; naissance, mort et régénérescence ; union entre les hommes, les animaux et la nature.

L’œuvre de l’artiste a fait l’objet de nombreuses expositions à travers le monde, dans des musées de premier plan tels que le MoMA de New York ou le Palazzo Pitti de Florence. Elle a également participé à cinq biennales internationales de Venise.

Ses œuvres clés

Kiki Smith, Untitled III (Upside-Down Body with Beads)
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Kiki Smith, Untitled III (Upside-Down Body with Beads), 1993

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Bronze, perles de verre et câble • 94 × 37,5 × 48,3 cm (figure) / 375,9 × 37,5 × 0.6 cm (perles) • Photo Ellen Page Wilson, courtesy Pace Gallery, New York

Untitled III (Upside-Down Body with Beads), 1993

Dans les années 1990, Kiki Smith produit une série de sculptures sur le thème des fluides corporels, figurés de manière non mimétique. Ici, l’image d’un corps de femme replié sur lui-même est entourée d’un réseau de perles à terre. S’agit-il d’une trace, d’un déchet ou d’un trésor ? Quels liens la figure, solide et compacte, entretient-elle avec cet environnement mouvant et fragile ? Comment la forme fermée communique-t-elle avec la forme ouverte ? L’œuvre illustre aussi la frontière ténue entre sculpture et installation.

Kiki Smith, Born
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Kiki Smith, Born, 2002

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Bronze • 99,1 × 256,5 × 61 cm • Photo Kerry Ryan McFate, courtesy Pace Gallery, New York

Born, 2002 

Sur le thème de la métamorphose et de l’hybridation, Kiki Smith fait naître une femme d’un corps de biche. L’un des pieds de la femme, déjà adulte comme une Vénus sortant des eaux, est encore dans la matrice de l’animal. Cette association étrange est le fruit d’une réflexion de l’artiste sur le thème de la dualité, une préoccupation philosophique et spirituelle omniprésente dans son œuvre : intériorité et extériorité, occident et non-occident, l’humain et la nature.

Kiki Smith, Pyre Woman Kneeling
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Kiki Smith, Pyre Woman Kneeling, 2002

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Bronze • 94 × 154,9 × 83,8 cm • Photo Ellen Page Wilson, courtesy Pace Gallery, New York

Pyre Woman Kneeling, 2002 

L’artiste propose ici une relecture du monument de mémoire. Elle s’intéresse à un sujet délaissé, si ce n’est tabou : les femmes assassinées au cours de l’histoire dans le cadre de procès en sorcellerie. La figure féminine semble triompher d’un bûcher avant sa mise en flammes, comme une icône de résistance. Ce projet avait été adressé par Kiki Smith à une ville allemande dans le cadre d’un concours pour l’érection d’un monument public.

Par • le 28 mars 2022
Retrouvez dans l’Encyclo : Kiki Smith

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