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La Maison Hachikuan pour le Festival Kyotographie
©︎ Kenryou Gu - KYOTOGRAPHIE 2023 © Photo Takeshi Asano
Yusuke Nakanishi et Lucille Reiboz, cofondateurs du festival Kyotographie
© Photo Isabel Munoz
En 2011, un séisme de magnitude 9,1 suivi d’un tsunami dévaste le Japon. C’est à la suite de ce drame à la résonance mondiale que Lucille Reyboz et Yusuke Nakanishi ont l’idée de réunir des photographes japonais et internationaux autour de la question du traumatisme, et plus largement de créer une plateforme d’échanges et de rencontres pour les artistes. Tombé sous le charme des maisons traditionnelles de Kyoto, le couple franco-japonais imagine la ville comme l’écrin parfait pour accueillir et mettre en valeur un festival de photographies.
L’événement n’est pas sans rappeler les Rencontres de la photographie d’Arles, accueillant des expositions à chaque coin de rue, et qui a donc servi d’inspiration. Les dix-huit expositions du festival kyotoïte de cette édition 2023 sont à voir dans des bâtiments historiques de la ville, parfois fermés le reste de l’année. En arpentant les expositions du festival, on découvre plusieurs boutiques traditionnelles vendant auparavant kimono ou saké, mais aussi le château Nijō-jō figurant au patrimoine mondial de l’UNESCO, et bien d’autres lieux exceptionnels qui participent au charme de l’événement. « Tous les ans, notre équipe est à la recherche de lieux inconnus du public pour lui permettre de découvrir la richesse du patrimoine architectural de Kyoto », nous confie la cofondatrice Lucille Reyboz.
Vue de l’exposition de l’artiste Yuriko Takagi : « Parallel World » au Festival Kyotographie, dans le château Nijō-jō
©︎ Photo Kenryou Gu – KYOTOGRAPHIE 2023
Malgré la nature réservée des japonais, on peut sentir la joie des kyotoïtes de retrouver les touristes.
Malgré les contraintes sanitaires rencontrées et la fermeture des frontières du Japon aux étrangers pendant les trois dernières éditions, due à la pandémie de Covid, le festival a fêté ses dix ans l’année dernière. « Pendant la crise du Covid, la plupart des événements ont été annulés au Japon, ce qui nous a permis d’avoir une plus grande visibilité auprès du public japonais et de renforcer notre ancrage local avec des écoles et associations de la région du Kansai. Nous avions 170 000 visiteurs en 2019 et nous avons eu presque 200 000 visiteurs en 2022 », renchérit Lucille Reyboz. Malgré la nature réservée des japonais, on peut sentir la joie des Kyotoïtes de retrouver les touristes qui ont pu enfin traverser les frontières ; d’ailleurs, ce n’est pas un hasard si la thématique de cette édition se nomme « Border ».
Paolo Woods & Arnaud Robert, Vue de l’exposition “Happy Pills” au Festival Kyotographie, dans le bâtiment Kurochiku Makura
©︎ Photo Kenryou Gu - KYOTOGRAPHIE 2023
En Inde chez des body-builders dopés aux stéroïdes, en Italie chez un gigolo qui utilise du viagra comme outil de travail, ou encore en Suisse…
En poussant les portes de l’ancienne échoppe de tissus Kurochiku datant de la fin de la période Edo (1606–1868), on découvre l’exposition « Happy Pills » du photographe néerlando-canadien Paolo Woods (né en 1970) et du journaliste suisse Arnaud Robert (né en 1976). En dix chapitres et autant de portraits saisis à travers le monde, le duo présente le fruit de cinq années de recherches sur notre consommation de médicaments, depuis la mise au point des formules dans les laboratoires pharmaceutiques européens jusqu’à leur revente sur le marché noir à Haïti. Ils nous embarquent en Inde chez des body-builders dopés aux stéroïdes, en Italie chez un gigolo qui utilise du viagra comme outil de travail, ou encore en Suisse, où les habitants sont pourtant parmi les plus heureux du monde, mais où l’on compte également un très grand nombre de consommateurs d’antidépresseurs…
Yu Yamauchi, Existence #11 de la série des « JINEN »
©︎ Photo Kenryou Gu – KYOTOGRAPHIE 2023
Direction ensuite la forêt japonaise avec les clichés du Japonais Yu Yamauchi (né en 1972) qui, travaillé par l’anxiété que peut procurer la rencontre avec la nature dans toute son immensité, a passé plusieurs périodes d’isolation sur l’île de Yakushima. Au fil de ses errances sur cette l’île volcanique qui a, notamment, inspiré le studio Ghibli pour les décors de Princesse Mononoké, le photographe s’est mesuré à la forêt, parmi des arbres millénaires prenant parfois un aspect vivant, voire monstrueux, en pleine nuit. Il met ainsi en exergue la frontière ambivalente entre la nature et le corps humain.
Au fil des années, grâce au travail collectif de photographes, de commissaires d’exposition et d’architectes, le festival s’est rendu célèbre pour ses scénographies immersives où interviennent de nombreux artisans locaux qui réalisent du mobilier spécifique pour les photographies.
Dans cette nouvelle édition, l’exposition « Heartstring » du photojournaliste japonais Kazuhiko Matsumura (né en 1980, Grand Prix KG+ 2022 SELECT) en est un exemple saisissant : au cœur d’une impressionnante maison traditionnelle de la période Edo, l’exposition est composée de quatre espaces dont un premier nous présente un salon dans lequel des objets du quotidien ont été modifiés pour nous permettre de comprendre les sensations d’une personne atteinte d’Alzheimer. On y retrouve par exemple un journal dont plus de la moitié des pages a été effacée. Les trois autres espaces nous mènent à la rencontre de trois malades et de leur entourage à travers des témoignages écrits et des photographies dont des éléments ont été floutés.
Kazuhiko Matsumura, Série “Heartstring”
©︎ Photo Kenryou Gu - KYOTOGRAPHIE 2023 © Kyoto Shimbun Newspaper
Cerise sur le gâteau : amatrice de musique du monde et elle-même ancienne photographe active dans le milieu de la musique, Lucille Reyboz est revenue à une de ses premières passions en lançant cette année la première édition du festival de musique, Kyotophonie. Prévu en deux temps, il offre une première programmation de neuf concerts en parallèle de Kyotographie ; une seconde partie se tiendra pendant deux jours en octobre prochain, sur une plage au nord de la préfecture de Kyoto.
Ainsi Kyotographie, festival révélateur de talents a réussi l’équilibre délicat de proposer des expositions pédagogiques et sensibles à tous les publics, tout en respectant et en mettant en valeur les architectures traditionnelles de Kyoto. De quoi en faire une incontournable halte pour tous les voyageurs de passage, au printemps, dans l’archipel nippon !
Kyotographie
Festival international de photographie
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