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Ron Arad, Bookworm, 1994
© Kartell
Première étape : tracer une ligne ondoyante sur un mur, en spirale ou en courbe légère. Étape 2 : fixer les serre-livres de part et d’autre de ce trait, tout en incurvant la bande de plastique souple. Étape 3 : disposer des romans et des recueils de poèmes, aligner des disques collectors, quelques DVD fétiches… Et voilà que la Bookworm habille à merveille le mur du salon. L’inventeur de ce système aussi original que poétique ? Ron Arad, designer israélien installé à Londres, grand amateur de métal pliant et de lignes rebelles. D’ailleurs, il avait d’abord imaginé cette étagère serpentine non pas en plastique, mais en métal…
Ron Arad
Photo Michael Castellana
« Je n’avais aucune idée de ce que j’allais en faire. Une fois chez moi, le musée m’a envoyé des chutes restantes de rubans d’acier trempé de trente centimètres de largeur. J’en ai utilisé une pour en faire une étagère courbée. Depuis, je l’ai toujours chez moi. » Et voilà que la première Bookworm est née – ce « rat de bibliothèque » traduirait-on en français – et avec elle, un incroyable potentiel industriel : en 1995, la maison Kartell, spécialisée dans la production de mobilier en plastique, se met à commercialiser une version en PVC.
Ce sera l’un des rares objets de Ron Arad produit en série, le designer préférant avant tout inventer des pièces uniques. Et quel succès ! Chaque année, plus de 1000 kilomètres de Bookworm sont écoulés. « C’est plus long que l’Italie elle-même ! », s’exclame-t-il avec humour. Vendue en kit, à monter soi-même, avec trois longueurs différentes disponibles dont le prix débute aux alentours de 300 euros, la bibliothèque reptilienne est devenue une icône des années 2000, que chacun peut dompter à sa manière. Une pièce de design à la fois ingénieuse et sensuelle, solide et élastique, simple et ludique.
Ron Arad, Bookworm, 1994
© Kartell
« Le design pour moi consiste à imposer sa volonté aux matériaux, soit pour aboutir à une fonction, soit pour un autre résultat considéré comme plus proche de l’art », explique Ron Arad, dont la Bookworm s’est glissée jusque dans les collections du MoMA de New York et du Centre Pompidou à Paris. Deux institutions qui, en 2009, ont rendu hommage à l’audace du designer à travers une rétrospective intitulée « No discipline ». On y croisait la fameuse étagère sinueuse et ses prémices en métal, mais aussi la création qui en découle, et qui valut au designer le prix du meilleur design du XXe siècle à la foire de Londres en 2018 : This mortal coil, une bibliothèque spiralée comme une coquille d’escargot.
Ron Arad, Bookworm, 1994
© Kartell
Mais une chose est sûre : le succès de la Bookworm réside essentiellement dans son pouvoir de customisation, chaque utilisateur prenant un malin plaisir à étudier la forme de sa bibliothèque avant de la fixer lui-même au mur. « J’ai enlevé mon poster pour y installer la Bookworm, très ornementale et expressive. J’ai pu occuper le mur exactement comme je le souhaitais », témoigne Eddie Bouakkaz, jeune designer adepte de l’étagère. Vingt ans plus tard, l’objet iconique séduit encore les jeunes générations soucieuses d’exposer fièrement leurs précieuses trouvailles littéraires, parfois jamais terminées ou à peine lues… Quoi qu’il en soit, l’étagère Bookworm demeure le lieu de tous les possibles.
À retrouver sur le site de Kartell
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