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La Défense, gigantesque musée à ciel ouvert

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Le quartier d’affaires, qui fête ses soixante ans, abrite entre ses tours des œuvres monumentales de Miró, Calder ou César, attirant les touristes et insufflant un supplément d’âme au site. Celui-ci fait face à un nouveau défi : valoriser ses espaces underground.
Alexander Calder, L’Araignée rouge (Le Grand Stabile rouge)
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Alexander Calder, L’Araignée rouge (Le Grand Stabile rouge), 1976

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Dessiné pour le site, ce stabile est emblématique de l’ambition artistique des bâtisseurs de La Défense.

Acier • H. 15 m • © Luc Boegly/Artedia/View

Le projet, à l’origine, se voulait avant-gardiste et utopique ; après soixante années d’existence, quelques crises et soubresauts – notamment un coup d’arrêt entre 1975 et 1977, puis entre 1993 et 1997 – il a désormais des allures pharaoniques. Une Arche emblématique des grands travaux de François Mitterrand, 90 tours, dont plusieurs dizaines de plus de 150 mètres de haut, mais aussi la spectaculaire voûte en béton du Cnit (Centre des nouvelles industries & technologies), premier monument érigé en 1958 sur ce territoire de 564 hectares, qui abrite désormais plus de 3,5 millions de mètres carrés de bureaux, 180 000 salariés, 45 000 étudiants et presque autant d’habitants… En matière de chiffres, La Défense donne le vertige ! Pourtant, s’il est le deuxième quartier d’affaires européen – encore derrière la City de Londres pré-Brexit –, le site recèle d’autres spécificités que ce seul gigantisme architectural et économique. Car, aussi surprenant que cela puisse paraître, La Défense est aussi l’un des plus grands musées à ciel ouvert d’Europe qui fait l’objet, depuis 2012, d’un vaste programme de valorisation dans le cadre du projet Paris La Défense Art Collection.

Joan Miró, Personnages fantastiques
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Joan Miró, Personnages fantastiques, 1976

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Commandée elle aussi en 1976, cette sculpture a été conçue au milieu des chantiers.

Acier, composite, polyester, peinture • H. 12 m • © 11h45–Defacto

Joan Miró, Alexander Calder, Anthony Caro, César, Richard Serra ou Jean Pierre Raynaud… Ces grandes figures de l’art moderne et contemporain, et bien d’autres, se côtoient sur les 31 hectares de la dalle piétonne. Et tout le monde ne l’ignore pas, puisque plus de 8 millions de touristes s’y pressent, ou plutôt s’y perdent, chaque année. Il faut bien suivre le guide proposé par l’établissement Paris La Défense pour y repérer les œuvres (à télécharger sur www.ladefense.fr/fr/oeuvresd-art), fruits de commandes ou d’acquisitions menées dès l’origine pour ce quartier en pleine ébullition créative, architecturale et technique. La pièce majeure y demeure bien entendu le magistral Bassin du sculpteur grec Takis, issu du premier « appel à idées » lancé en 1974 auprès de 12 artistes et installé seulement en 1988 en tête de dalle, sur l’axe historique de Paris, ce tracé générateur de la capitale reliant le Louvre à la Grande Arche, via l’Arc de triomphe. C’est sur ce grand miroir d’eau que se dressent 49 sentinelles aux têtes colorées et clignotantes créées par ce maître de l’art cinétique, un peu oublié aujourd’hui malgré une rétrospective en 2015 au Palais de Tokyo. Il faut ensuite suivre le parcours artistique principal pour croiser un Pouce de César – le plus grand jamais réalisé – puis le colossal After Olympia d’Anthony Caro. Plus loin encore, la flamboyante Araignée rouge d’Alexander Calder, 76 tonnes et deuxième plus grand stabile conçu par le célèbre sculpteur américain, a été elle aussi récemment rénovée et repeinte dans ses couleurs d’origine.

Anthony Caro, After Olympia
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Anthony Caro, After Olympia, 1985

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Acquise en 1991 auprès du maître de la sculpture abstraite et monumentale, l’œuvre devait être au départ présentée à l’intérieur du Cnit. Elle resta finalement sur son parvis, où elle vient d’être magistralement restaurée.

Acier patiné et verni • L. 23 m • © 11h45–Defacto

Commandée en 1974, l’Araignée rouge traduit à elle seule la volonté des gestionnaires de La Défense de l’époque de valoriser l’image du quartier en y installant des créations d’artistes de renom. Quitte à réunir un ensemble des plus éclectiques selon le seul critère de la monumentalité. Mais plus qu’un simple « supplément d’âme » dans un lieu parfois décrié pour son caractère froid et déshumanisé – on pense bien entendu à l’atmosphère du film Buffet froid de Bertrand Blier (1979), tourné en réalité à Créteil –, l’art devait insuffler au site une nouvelle dimension internationale, capable de rivaliser avec l’attractivité de métropoles telles que Chicago ou Montréal. À quelques mètres encore, le Moretti, du nom de son créateur, récemment restauré, égaie l’une des nombreuses cheminées de la dalle – nécessaires à l’évacuation des fumées souterraines. Ses 32 mètres de haut sont recouverts de 642 tubes en fibre de verre aux couleurs vives qui se reflètent sur les tours de verre voisines, parvenant ainsi à rompre joyeusement avec la rigoureuse minéralité ambiante.

Raymond Moretti, Le Moretti
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Raymond Moretti, Le Moretti, 1995

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Une cheminée d’évacuation en colorama signée de l’un des artistes les plus liés à l’histoire de La Défense.

Plastique renforcé, fibre de verre • 32 × 11 m • © 11h45–Defacto

Raymond Moretti (1931–2005) fut certainement l’artiste dont l’histoire a été la plus intimement liée à celle de La Défense, où il vécut longtemps. En 1973, Jean Millier, alors président de l’Epad (établissement public pour l’aménagement de La Défense) puis du Centre Pompidou, offre au sculpteur un atelier de plus de 1 000 m2, enfoui à 23 mètres de profondeur sous la dalle. Il y poursuivra, jusqu’à sa mort, ce qui sera l’oeuvre d’une vie : le Monstre, entrepris à Nice avant d’être transporté aux Halles puis à La Défense. Nommée ainsi par l’écrivain Joseph Kessel, cette gigantesque sculpture hétéroclite de 30 mètres de long et 8 de haut sommeille encore dans les profondeurs de La Défense… Pour y avoir accès, il faudra attendre les visites guidées organisées lors de l’Urban Week, le festival annuel de street art qui se déroule sur la dalle au mois de septembre. À moins que d’ici là il ne soit rendu public…

Raymond Moretti, Le Monstre
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Raymond Moretti, Le Monstre, 1965–2005

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L’antre créatif de Moretti, caché sous la dalle, sera bientôt valorisé et rendu plus accessible.

Bois, métal, verre, plexiglas, peinture • 30 × 13 × 8 m • © Adrien Teurlais

Car un appel à projets devrait être bientôt lancé pour exploiter une partie des 45 000 m2 d’espaces souterrains que compte le quartier. Soit de véritables entrailles de béton brut aux dimensions époustouflantes, dont une partie sera déjà rénovée l’an prochain pour accueillir Table Square : un ensemble de bars et de restaurants conçu sur deux étages, pensé pour dynamiser la vie du site. Sous ses pieds, La Défense possède en effet un véritable trésor : anciennes gares jamais exploitées, parkings vides, vestiges de projets abandonnés… qui seront peut-être dédiés demain à une programmation culturelle innovante. Car si les 60 ans de La Défense sont un prétexte pour organiser une grande exposition cet été, il s’agira avant tout d’envisager de nouvelles perspectives pour faire de cette zone atypique un lieu culturel incontournable du Grand Paris. En attendant, l’Alternatif, premier endroit « test » mêlant restaurant, espace de coworking, galerie d’art urbain et auditorium, est déjà ouvert au public au sein de cet espace sous-dalle.

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Les dessous chics de la capitale

Paris est archicomble, alors elle se réinvente en exploitant toutes les possibilités de ses espaces, notamment souterrains. La Ville a ainsi lancé l’année dernière un concours pour soutenir des projets d’aménagement de ses sous-sols encore vierges. Un centre vertical d’art visuel et sensoriel au parc de stationnement Grenier-Saint-Lazare, une fabrique de la création 3.0 aux ateliers des Beaux-Arts, une colonie d’artistes à l’hôtel de Fourcy, un cinéma à la gare d’Auteuil ou une cité du mystère aux réservoirs de Passy comptent parmi les 85 finalistes. Les lauréats seront désignés à la rentrée 2018. Lucien Jules

Retrouvez dans l’Encyclo : Joan Miró Alexander Calder

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