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L’abstraction lyrique en 2 minutes

En bref

Libre, spontané, vif : le geste des peintres de l’abstraction lyrique s’oppose à la méticulosité et au caractère obsessionnel des peintres géométriques abstraits. Né en France après la Libération, ce mouvement conduit par le peintre Georges Mathieu réagit à la nouvelle hégémonie de l’école américaine. À New York, on parle d’expressionnisme abstrait (Jackson Pollock, Sam Francis) mais à Paris, d’abstraction lyrique. Ces formes artistiques se caractérisent par l’importance de la gestuelle du peintre, sa spontanéité à exprimer une réalité intérieure et, dans le cas de l’école française, une attention particulière portée au lyrisme de la couleur et à l’écriture calligraphique.

Georges Mathieu peignant en public « Hommage au Connétable de Bourbon »
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Georges Mathieu peignant en public « Hommage au Connétable de Bourbon », 2 avril 1959

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Fresque, 600 × 250 cm • Performance de 40 minutes, sur une musique de Pierre Henry, au théâtre Fleischmarkt, Vienne • Coll. particulière • © akg-images / IMAGNO / Barbara Pflaum / © Adagp, Paris 2020

Histoire du mouvement

Dès les années 1910, le principe de l’abstraction lyrique est initié par Vassily Kandinsky au travers de ses improvisations puis de ses compositions. Une dizaine d’années plus tard, Hans Hartung inaugurait les prémisses du tachisme : relégation de la figure au profit de formes libres et abstraites. Le geste pictural est spontané, automatique, basé sur les jets de couleurs. Ces deux sources forment l’origine de ce que l’on nommera abstraction lyrique.

Sans être formalisée par l’existence d’un manifeste, l’abstraction lyrique se présente comme un mouvement singulier et autonome à partir de 1947, autour du duo formé par le critique Jean José Marchand et le peintre Georges Mathieu. Plusieurs artistes les rejoignent : Hartung, Jean-Paul Riopelle, Jean-Michel Atlan, Wols…. Tous n’appartiennent pas nettement au groupe, bien qu’ils produisent un mode d’abstraction proche de la tendance lyrique (non géométrique et non figurative), comme Nicolas de Staël. Si chacun cultive sa personnalité, ces peintres phares de la scène parisienne après la Libération entendent répondre à l’hégémonie de l’abstraction américaine. Le contexte de la récente Seconde Guerre mondiale est important. Face à ce traumatisme, ces artistes – qui reviennent parfois d’exil ou ont été soldats – recherchent l’expression d’une vérité intérieure et prennent leurs distances avec la société.

Georges Mathieu est le chef de file de cette seconde école de Paris. Opposé à l’abstraction géométrique, il organise les premières expositions des peintres « abstraits lyriques » à Paris à partir de 1947. L’artiste, qui promeut une peinture libre, non académique, non mimétique, peint à main levée, sans esquisse préalable. C’est une expression directe, dont l’esthétique n’est pas sans lien avec l’art de la calligraphie. Mathieu travaille généralement sur de grands formats, et parfois dans le cadre de véritables performances devant le public. Bien qu’il soit abstrait, ses sources d’inspiration sont empruntées à l’histoire, ancienne comme contemporaine.

Cette expression picturale vive et dynamique, qui se réalise autant sur toile que sur papier, dans la planéité comme dans l’accumulation de matière, s’intègre dans les années 1950 au courant plus large de l’art informel, théorisé par le critique Michel Tapié.

Des œuvres clés

Hans Hartung, T1937-33
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Hans Hartung, T1937–33, 1937

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Huile, craie noire et pastel sur toile écrue • 97 × 130 cm • Coll. Tate, Londres • © Adagp, Paris 2020

Hans Hartung, T1937–33, 1937

Hartung, formé en Allemagne, aborde l’abstraction dans les années 1930 sans s’être nourri des théories préexistantes sur le sujet (Vassily Kandinsky, Paul Klee…). Soldat pendant la Seconde Guerre mondiale, dont il revient blessé, il obtient la nationalité française en 1946 et devient l’une des figures de l’abstraction lyrique. Son trait expressif, comme produit sous l’effet d’une pulsion, le distingue de ses acolytes. L’artiste est particulièrement célèbre pour ses travaux graphiques.

Georges Mathieu devant « Hommage à Jean Cocteau »
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Georges Mathieu devant « Hommage à Jean Cocteau », 1963

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Fresque • 300 × 2000 cm • Coll. Maison de la Radio, Paris • © akg-images / © Adagp, Paris 2020

Georges Mathieu, Hommage à Jean Cocteau, 1963

La carrière du Français a connu une ascension fulgurante entre les années 1950 et 1970. Considéré comme le fondateur de l’abstraction lyrique, il travaille sur des formats imposants, voire monumentaux, et s’exprime à l’aide d’une gestuelle énergique. À la même époque que Jackson Pollock, Mathieu expérimente la technique du dripping, mais écrase la peinture au doigt, imprimant sa marque sur le tableau. Cette fresque, consacrée à un hommage à Jean Cocteau avec lequel Mathieu était ami, a été classée au titre des monuments historiques en 2018.

Jean-Paul Riopelle, Sans titre
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Jean-Paul Riopelle, Sans titre, 1963

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Encre et feutre sur papier • 35 × 43 cm • Coll. centre Pompidou, MNAM, Paris • Centre Pompidou, MNAM-CCI, Dist. RMN-Grand Palais / Georges Meguerditchian / © Adagp, Paris 2020

Jean-Paul Riopelle, Sans titre, 1963

L’artiste canadien sature l’espace de ses toiles d’une matière dense, posée au couteau. Ses œuvres ont une présence presque sculpturale. Le peintre explore des images et des idées venues de son inconscient, dans la poursuite de la tradition automatique chère aux surréalistes. Riopelle ne laisse pas un centimètre carré vierge, utilisant tout l’espace de la toile selon la technique du all-over. L’artiste reviendra à la figuration à la fin de sa carrière.

Par • le 26 février 2020

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