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LA FOLLE HISTOIRE

L’affaire Fualdès : ce meurtre qui a fasciné Géricault

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En 1817, un meurtre sanglant perpétré à Rodez, dans l’Aveyron, déchaîne les passions. Gravures, portraits, maquettes, pièces de théâtre… L’affaire Fualdès, exposée dans l’une des salles permanentes du musée Fenaille, a inspiré de nombreux artistes dont Théodore Géricault (1791–1824), qui envisagea d’en faire un tableau spectaculaire, finalement remplacé par le Radeau de la Méduse. Retour sur cette énigme judiciaire rocambolesque !
Théodore Géricault, L’Enlèvement de Fualdès
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Théodore Géricault, L’Enlèvement de Fualdès, vers 1818

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Musée du Louvre, Paris • © RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Photo Tony Querrec

Cette sombre histoire criminelle commence dans la nuit du 19 au 20 mars 1817. Alors que la petite ville de Rodez, plongée dans l’obscurité, dort sur ses deux oreilles, l’un de ses résidents, le respecté magistrat Antoine-Bernardin Fualdès, bonapartiste révoqué sous Louis XVIII, y est sauvagement égorgé avant d’être jeté dans les eaux de l’Aveyron, où sera retrouvé son corps, pratiquement saigné à blanc. On raconte qu’un orgue de Barbarie aurait été utilisé pour couvrir ses cris…

Vue de Rodez depuis Layoule
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Vue de Rodez depuis Layoule, vers 1900

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tirage photographique annoté par l’historien Pierre Benoit • Coll. particulière • © Editions du Rouergue

Très vite, les soupçons se portent sur les habitants de la maison Bancal, un tripot mal famé situé non loin de la demeure de Fualdès. Commence alors un feuilleton judiciaire qui va fasciner toute l’Europe en condensant les affabulations de multiples témoins. Sans précédent, l’emballement médiatique international, qui se glisse jusque dans les pages d’un journal new-yorkais, marque le début des premiers récits de « faits divers ».

La liste des suspects s’allonge jusqu’à l’absurde !

Première hypothèse des enquêteurs : on aurait voulu voler à Fualdès des sacs d’argent provenant de lettres de change qu’il venait négocier. L’agent de change Joseph Jausion, et Bernard-Charles Bastide, beau-frère de Jausion, lui auraient tendu un guet-apens avec l’aide de plusieurs complices. Un contrebandier du nom de Bach, un locataire des Bancal nommé Collard, la veuve Bancal, un portefaix, une blanchisseuse et son amant… La liste s’allonge jusqu’à l’absurde : c’est bientôt toute la ville qui aurait agi de concert !

Placés à l’hospice de Rodez pendant que leur mère est emprisonnée, et mis sous pression lors d’interrogatoires, les enfants Bancal se mettent à raconter que les meurtriers auraient tranché la gorge de Fualdès avec un couteau de boucher sur une table dans la cuisine de la maison Bancal, puis recueilli son sang dans un baquet pour le donner à boire à un cochon…

Famille Bancal, illustration hors texte pour Histoire du célèbre procès relatif à l’assassinat de M. Fualdès
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Famille Bancal, illustration hors texte pour Histoire du célèbre procès relatif à l’assassinat de M. Fualdès, 1818

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gravure sur bois • © Editions du Rouergue

Une autre hypothèse circule concernant le mobile : des membres d’une société secrète royaliste, les Chevaliers de la Foi, se seraient vengés des activités passées de Fualdès, qui avait fait partie du tribunal révolutionnaire responsable d’avoir condamné Charlotte Corday (meurtrière de Marat) à la guillotine, et qui surtout avait fait échouer, en 1814 à Rodez, un projet de coup d’État visant le renversement de Napoléon et son remplacement par Louis XVIII. Mieux : Fualdès, franc-maçon, aurait peut-être détenu des informations sur l’évasion de Louis XVII de la prison du Temple, qui pouvaient remettre en cause la légitimité de Louis XVIII, désormais au pouvoir !

David Niépce, Relief de la maison Bancal à Rodez où fut assassiné Monsieur Fualdès
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David Niépce, Relief de la maison Bancal à Rodez où fut assassiné Monsieur Fualdès, 1820

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Musée Fenaille, Rodez • © Editions du Rouergue

Le succès populaire de ce mystère, qui agit comme un révélateur des fortes tensions politiques agitant le pays, est immense. Des pièces de théâtre de rue fleurissent. De multiples gravures représentant des scènes de l’affaire, des plans du quartier incriminé et de la maison Bancal circulent. Des tableaux représentant les principaux accusés entament une tournée nationale. Une maquette de la maison Bancal est fabriquée par le colonel David Niépce (1799–1834), cousin de l’inventeur (et figure de l’histoire de la photographie) Nicéphore Niépce (1765–1833). Tandis que certains des accusés font même fortune en répondant aux questions des curieux dans des cabinets de cire reconstituant le meurtre !

Théodore Géricault en personne illustre ses différents épisodes – l’enlèvement, l’assassinat, le transport du corps et sa mise à l’eau – avec de superbes croquis à l’encre plein de verve, désormais conservés au Louvre, aux musées de Lille et de Rouen et dans la collection Prat. Désireux de se faire remarquer au Salon de 1818 avec un sujet d’actualité qui lui permette d’exprimer son opinion critique vis-à-vis du régime de Louis XVIII, le peintre veut traiter ce fait divers sordide sur le registre noble de la peinture d’histoire. Tout en croquant Fualdès gisant sur une table, le baquet et le cochon, il représente les personnages presque nus, dans des attitudes héroïques de statues antiques ! Mais, décrétant soudain que les « images à deux sous » qui pullulent déjà valent mieux que ses propres dessins, il change d’avis et choisit finalement un autre scandale contemporain macabre et très médiatisé : celui du radeau de la Méduse, dont il tire un chef-d’œuvre désormais exposé au Louvre.

Théodore Géricault, Fuite des assassins
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Théodore Géricault, Fuite des assassins, 1818

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plume et encre brune, lavis brun sur traits à la mine de plomb • Musée des Beaux-Arts de Rouen • © Editions du Rouergue

À la barre des témoins, une mythomane qui ne cesse de changer de version tient le public en haleine…

Pas moins de 730 témoins sont cités au cours des trois procès qui monopolisent l’attention durant toute l’année 1818. À l’issue du premier, plusieurs peines de mort sont prononcées. Mais la révolte gronde : les royalistes auraient fait condamner les accusés pour se blanchir. On dénonce un vice de procédure. Un second procès s’ouvre à Albi. À la barre des témoins, une mythomane qui ne cesse de changer de version tient le public en haleine. Bastide, Jausion et Collard sont finalement guillotinés ; Bach et la veuve Bancal condamnés à perpétuité. Puis un dernier procès se tient à l’encontre de trois nouveaux accusés, finalement relaxés.

France illustration, supplément théâtral et littéraire, n° 75
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France illustration, supplément théâtral et littéraire, n° 75, 27 janvier 1951

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Coll. particulière, Paris • © Editions du Rouergue

Longtemps désignée comme la ville où « on égorge les gens comme des cochons », Rodez a souffert de ce feuilleton mentionné par les plus grands écrivains dont Balzac, Flaubert et Hugo dans Les Misérables. « Encore aujourd’hui, on constate qu’il y a une certaine omerta. Il y a encore des habitants qui refusent d’en parler » souligne Aurélien Pierre, directeur du musée Fenaille (musée d’histoire, d’art et d’archéologie installé dans une ancienne demeure du Moyen Âge au cœur de Rodez) qui lui consacre une salle de son parcours permanent. Et lui avait dédié en 2017 une exposition dont le riche catalogue, toujours en vente dans la boutique du musée, plaira aux détectives amateurs !

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L’affaire Fualdès, le sang et la rumeur

Sous la dir. de Jacques Miquel et Aurélien Pierre

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"Des crimes presque parfaits"

Réalisé par Pauline Verdu

Épisode 2,  saison 3 “Affaire Fualdès, la rumeur de Rodez (1817)” • 44 min • 2013 • Disponible sur Apple TV.

Retrouvez dans l’Encyclo : Romantisme Théodore Géricault
Retrouvez l'article dans la série Les dossiers criminels de l’art

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