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SECRETS D’ARTISTES

Ce que vous ne saviez (peut-être) pas sur Théodore Géricault

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Publié le , mis à jour le
Le Radeau de la Méduse, Le Derby d’Epsom, L’Officier de chasseurs à cheval… Théodore Géricault (1791–1824) est le peintre rebelle et romantique par excellence, résolument en avance sur son temps. Alors que le musée de la Vie romantique consacre une exposition à sa passion des chevaux, Beaux Arts vous révèle six de ses secrets d’artiste.

Depuis le mois de mai, le musée de la Vie romantique le met à l’honneur pour ce qui reste la passion de sa vie : les chevaux ! Théodore Géricault aimait les voir, les dessiner, et même les monter. Né en Normandie, l’artiste s’est formé à Paris auprès de Carle Vernet et de Pierre-Narcisse Guérin, deux peintres d’histoire. C’est ce genre, alors considéré comme supérieur, que Géricault va s’appliquer à tordre, à rendre vivant et touchant pour entrer dans l’histoire de l’art par la grande porte !

Théodore Géricault est l’émancipateur de la peinture, celui qui envoie valser les carcans académiques pour offrir une voie romantique à la France, qui sera suivie par son ami Eugène Delacroix (1798–1863). Décédé prématurément en 1824, il n’assistera pas au triomphe des romantiques aux Salons de 1827 à 1831.

1. Il a connu le succès à seulement 21 ans

Théodore Géricault, Officier de chasseurs à cheval de la Garde impériale, chargeant
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Théodore Géricault, Officier de chasseurs à cheval de la Garde impériale, chargeant, 1812

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huile sur toile • 349 × 266 cm • Coll. musée du Louvre, Paris

Officier de chasseurs à cheval est devenu un symbole de l’héroïsme de la Grande Armée. Ce fut pourtant un sacré défi pour le peintre de 21 ans de présenter son premier chef-d’œuvre au Salon de 1812. Haute de 3,50 mètres, la peinture est classée comme scène de genre – un genre bien moins considéré que les peintures d’histoire ou les portraits, et surtout indigne des calibres monumentaux. L’artiste la présente donc au livret comme un Portrait de M. D. C’est pourtant la manière spontanée de cette toile exécutée en à peine quatre semaines qui fait le plus de bruit. Jacques-Louis David s’écrie : « D’où cela sort-il ? Je ne connais pas cette touche. » Géricault reçoit la médaille d’or : une prouesse !

2. Il peignait d’après de vrais cadavres

Attribué à Théodore Géricault, Tête de supplicié
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Attribué à Théodore Géricault, Tête de supplicié, Vers 1810

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Huile sur toile • 44 × 34 cm • Coll. Musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris, Petit Palais • CC0 Paris Musées Collections

Romantisme et réalisme partagent bien des traits communs. Pour émouvoir le
public jusqu’au choc, Géricault veut que sa peinture paraisse vraie. Pour peindre ses Monomanes, l’artiste se rend régulièrement dans des asiles d’aliénés. C’est aussi un visiteur assidu des morgues, qui sont ouvertes au public au XIXe siècle. Alors qu’il s’attelle à la composition de son œuvre maîtresse, Le Radeau de la Méduse (1818–1819), Géricault y regarde de près des cadavres, des têtes de suppliciés, pour avoir non seulement une vision anatomique précise de la mort, mais aussi pour s’imprégner de son effroi..

3. Contrairement à la légende, il savait dessiner les pieds !

Théodore Géricault, Deux études de pied écorché, étude de jambe écorchée
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Théodore Géricault, Deux études de pied écorché, étude de jambe écorchée, non daté

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Crayon noir sur papier • 29,3 × 20,7 cm • Coll. musée des Beaux-Arts et d’Archéologie, Besançon • © GrandPalais Rmn

Un détail du Radeau de la Méduse a fait couler beaucoup d’encre, en particulier depuis qu’une radiographie de l’œuvre a révélé de nombreux repentirs : pourquoi les pieds du jeune homme mort au premier plan sont-ils couverts ? Géricault, peintre virtuose, ne savait-il pas dessiner les pieds ? En réalité, les nombreuses études anatomiques laissées par l’artiste démontrent qu’il n’avait pas ce talon d’Achille… Il faut alors expliquer autrement cet ajout mystérieux. S’agit-il d’un ultime geste de tendresse du père qui soutient le cadavre de son enfant ? Quoi qu’il en soit, ce détail des plus célèbres « chaussettes » de l’histoire de l’art fera des émules, en particulier chez Eugène Delacroix, disciple de Géricault et modèle pour le Radeau, qui couvre de la même manière les pieds d’un cadavre sur la barricade de La Liberté guidant le peuple.

4. Il est l’un des premiers peintres ouvertement antiracistes

Théodore Géricault, Boxers
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Théodore Géricault, Boxers, 1818

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Lithographie • 38,5 × 45 cm • Coll. The Metropolitan Museum of Arts, New York

Non seulement Géricault représente des modèles noirs, mais il les place sur un pied d’égalité avec les blancs comme dans Boxeurs (1818), lithographie emblématique de ce passionné de sports. Le Radeau de la Méduse, dénonce surtout un scandale d’État lié à la traite négrière,  pousse la cause encore plus loin, dans la grande peinture : le modèle Joseph de Saint-Domingue, que le peintre venait de repérer, apparaît trois fois sur la toile et domine la composition comme personnage qui agite sa chemise pour alerter l’Argus au loin. Grâce au romantique, Joseph va poursuivre une brillante carrière de près de 50 ans en posant auprès de Jean-Auguste-Dominique Ingres et de Théodore Chassériau.

5. Il était aussi sculpteur

Théodore Géricault, Nymphe attaquée par un satyre
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Théodore Géricault, Nymphe attaquée par un satyre, vers 1818

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Pierre à patine brune • 36 × 15 × 29 cm • Coll. MBA, Rouen • © VTR / Alamy Stock Photo / hemis

En 1814, Géricault séjourne en Italie où il est frappé par l’influence de Michel-Ange et en particulier par ses sculptures. Ce dernier, qui était avant tout coloriste, se souciait de donner plus de consistance à ses figures en les dotant d’un volume sculptural. Le tribut du romantique au maître de la Haute Renaissance va plus loin : Géricault s’essaie lui-même à la sculpture et pousse la leçon de Michel-Ange jusqu’à tailler directement dans la pierre, ce qu’aucun sculpteur académique ne pratiquait alors. Delacroix a été saisi par la beauté du petit groupe Satyre et Nymphe (1818), mais la sculpture est restée une part secondaire de l’art de Géricault, qui trouvait la taille trop éprouvante physiquement.

6. Sa passion pour les chevaux l’a probablement tué

Théodore Géricault, Cheval cabré au tapis de selle rouge dit « Tamerlan »
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Théodore Géricault, Cheval cabré au tapis de selle rouge dit « Tamerlan », 1812–1816

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Huile sur toile • 45,5 × 37,5 cm • Coll. MBA, Rouen • © musées de la ville de Rouen

Chevaux de course ou de trait, montures de guerre et chevaux sauvages : les équidés n’ont cessé d’inspirer Géricault, devenu une véritable référence du genre, surpassant même son maître Pierre-Narcisse Guérin en la matière. Cette passion remonte à loin : durant son enfance en Normandie, le jeune Théodore passe de longues heures dans les écuries auprès de son père qui est lui-même un excellent cavalier. Après en avoir observé en Italie comme en Angleterre, l’artiste ne tient plus ! Il souhaite à son tour maîtriser la bête, véritable force de la nature. Il chevauche alors les équidés les plus farouches : en résulte de nombreuses chutes, dont une lui brise le dos en 1823. En revanche, c’est probablement par convenance qu’on associe sa mort aux conséquences de cet accident, l’artiste ayant plus vraisemblablement contracté une maladie vénérienne, car les amours étaient une autre de ses passions.

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Les chevaux de Géricault

Du 15 mai 2024 au 15 septembre 2024

Retrouvez dans l’Encyclo : Romantisme Théodore Géricault

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