Qui sait que 2024 fut proclamée Année internationale des camélidés – chameaux, dromadaires, lamas – par l’Assemblée générale des Nations unies ? 2025, elle, a été déclarée Année des coopératives, ces structures commerciales et culturelles qui font du bien, tant le pouvoir comme les bénéfices y sont partagés équitablement. 2025 sera également une Année internationale de la paix et de la confiance (ce qui est mal parti vu la multiplication des conflits sur la planète) ainsi qu’une Année des sciences et technologies quantiques.
Bon présage : le 29 janvier, on fêtera le Nouvel An chinois, placé sous le signe du Serpent, symbole dans cette partie de l’Asie de la curiosité et de la sagesse. Dans le domaine de la culture, la ville d’Aix-en-Provence a décrété que 2025 serait une Année Cezanne, hommage à l’enfant du pays qui y naquit et y mourut. Logiquement, cette célébration aurait dû avoir lieu en 2026, cent-vingt ans après son décès, mais avancer d’un an cet anniversaire permettra à la ville d’obtenir plus facilement des prêts des musées du monde entier.
Paul Cézanne, La Montagne Sainte-Victoire, vers 1890
Huile sur toile • 65 × 95 cm • musée d’Orsay, Paris
Sans doute commémorera-t-on aussi les 100 ans de la mort de Félix Vallotton et d’Erik Satie ou encore ceux de la création du tournoi de Roland-Garros. Mais ce qu’éditeurs, musées et médias célébreront certainement, c’est que l’œuvre d’Henri Matisse, de Frida Kahlo et d’André Derain tombera dès le 1er janvier dans le domaine public.
Le droit prévoit que soixante-dix ans après le décès d’un auteur (qu’il soit écrivain ou artiste), la reproduction de ses créations dans un livre ou un film et dans le cadre de toute exploitation commerciale ne soit plus assujettie au versement de droits patrimoniaux qui, à titre d’exemple, s’élèvent aujourd’hui, pour une pleine page dans Beaux Arts Magazine, à 249 € pour un Matisse et 381 € pour un Frida Kahlo.
Frida Kahlo, Autoportrait dédié à Léon Trotsky, 1937
En revanche, le droit moral est perpétuel, inaliénable et imprescriptible, ce qui signifie que des ayants droit pourront toujours s’opposer à une publication qui ridiculiserait une œuvre. Cette entrée d’artistes majeurs dans le domaine public est l’occasion de rappeler combien la rémunération des créateurs est essentielle non seulement à leur existence mais aussi à la conservation de leurs œuvres. Comme le soulignait récemment l’ancien Premier ministre Édouard Philippe, maire du Havre, la culture doit toujours être considérée comme un investissement plutôt qu’une dépense.
Ce qui, en France, est dangereusement remis en cause par certains responsables politiques. À commencer par Christelle Morançais, présidente du conseil régional des Pays de la Loire – pourtant membre du parti Horizons du même Édouard Philippe –, qui a décidé de réduire de 73 % son budget culturel en 2025 ! Du jamais-vu. Avec la montée en Europe des populismes et leur volonté de censurer la culture, y compris par des mesures économiques – le Rassemblement national qui veut privatiser l’audiovisuel public –, le pire est peut-être à venir et la culture risque de devenir une chimère. Bonne année 2025 !
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