Rebecca Horn, Die sanfte Gefangene (La douce captive), 1978
Photographie de tournage du film « Der Eintänzer » (Le Danseur) • © Adagp, Paris 2018 / Courtesy de l'artiste
C’est une grande dame de l’art contemporain allemand qui tire sa révérence : Rebecca Horn est décédée ce vendredi 6 septembre à son domicile de Bad König, à l’âge de 80 ans. De performances en installations et sculptures cinétiques rivalisant d’inventivité, l’artiste à la flamboyante crinière rousse aura marqué les esprits avec son univers fantasmagorique peuplé d’étranges hybridations entre corps humain, objet, machine et animal. Un monde héritier des mythes et des contes, mi-inquiétant mi-merveilleux…
L’art était pour elle une libération, une manière de panser ses maux – tout comme le bouddhisme qu’elle finira par adopter. Née en 1944 à Michelstadt de parents qui avaient dû se cacher dans la Forêt-Noire pour échapper aux nazis, elle a ensuite fait face à la haine anti-allemande, qui l’a forcée à éviter de parler dans sa langue maternelle… Elle s’est alors tournée, initiée à la peinture par sa gouvernante roumaine, vers le langage universel et muet de la création visuelle.
Rebecca Horn dans son atelier à Berlin en 1988
© akg-images
Après des études artistiques à la prestigieuse Hochschule für bildende Künste Hamburg, elle s’installe à Barcelone en 1964 pour réaliser des sculptures en fibre de verre et résine qui l’empoisonnent : sans masque, elle contracte une maladie respiratoire qui lui vaut une année d’hospitalisation, et fait face en même temps à la mort de ses deux parents.
Pour soigner sa solitude et son corps meurtri, l’artiste se met alors à réaliser des body-sculptures, sorte de prothèses corporelles en coton, bandages ou plumes, qu’elle endosse lors de performances intrigantes et poétiques…
La voilà devenue une créature hybride, affublée de longues griffes sombres qu’elle manie comme des pinces, cachée derrière un masque d’oiseau, ou harnachée d’éventails géants semblables à des ailes, dont on ne sait si elles la libèrent, lui offrent un cocon ou restreignent ses mouvements – à mi-chemin entre l’Albatros de Baudelaire et les premières tentatives de machines volantes. Sa photographie d’une performeuse debout dans un champ, une corne de licorne attachée au sommet de sa tête avec des bandages blancs (Unicorn, 1970), deviendra, quant à elle, iconique.
Rebecca Horn, Unicorn, 1970
Performance • © Adagp, Paris, 2024 / Photo Achim Tode
Dans les années 1980–1990, Rebecca Horn se met à créer de grandes installations et sculptures cinétiques exprimant la douleur silencieuse associée aux blessures de l’histoire, comme La Tour des sans-nom (1994) à Vienne – une tour constituée de violons et autres instruments jouant via un dispositif mécanique en hommage aux réfugiés victimes des guerres balkaniques – ou encore Concert pour Büchenwald (1999), constitué d’une accumulation d’instruments de musique, d’un chariot et de cendres.
Inspirée, entre autres, par le surréalisme de Man Ray, ainsi que par les hybridations et détournements d’objets de Marcel Duchamp et Meret Oppenheim, Rebecca Horn « répare » également des papillons morts en greffant leurs ailes à des corps métalliques dotés d’un petit moteur qui s’active au passage des visiteurs, crée un instrument de musique avec des coquilles d’huîtres mécanisées (Oyster piano, 1993), un paon mécanique (Machine-paon, 1982) ou encore un piano installé à l’envers, au plafond, qui joue seul des notes erratiques (Concert for Anarchy, 1990).
Rebecca Horn, Buster’s Bedroom (« La Chambre de Buster », extrait), 1990
1h45 min, 35 mm, couleur, son • © Rebecca Horn / ADAGP, Paris 2019
D’une créativité sans limite, l’artiste a également réalisé des costumes et plusieurs films, comme La Ferdinanda (1981), impliquant notamment une danseuse de ballet convalescente, expression de son obsession pour le corps impotent. De juin 2019 à janvier 2020, elle présentait son « Théâtre des métamorphoses » au Centre Pompidou-Metz. Élue membre de l’Académie des arts de Berlin en 1989, elle a installé à Bad König (commune où elle avait son atelier) The Moontower Foundation, un musée dédié à ses œuvres, qui accueille chaque été des performances, projections, concerts et lectures de poésie. Un lieu où son esprit continuera à vivre…
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