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Meret Oppenheim en 2 minutes

En bref

Son Déjeuner en fourrure (1936) l’a rendue célèbre, pourtant Meret Oppenheim (1913–1985) se plaignait que le public ne retienne que cette œuvre de son travail surréalisant, et n’aimait pas non plus qu’on la réduise au statut de femme artiste. Créatrice d’objets, Meret Oppenheim était un esprit talentueux, libre et impétueux. Aimant s’amuser, jouer avec les associations d’idées, les limites de l’érotisme et de la féminité, cette icône du féminisme et du surréalisme faisait usage de matériaux non conventionnels pour explorer les frontières de l’art.

Margrit Baumann, Meret Oppenheim dans son atelier
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Margrit Baumann, Meret Oppenheim dans son atelier, 1982

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Coll. Kunstmuseum Bern • © Margrit Baumann

Elle a dit

« Si vous parlez une nouvelle langue que d’autres n’ont pas encore apprise, vous devrez peut-être attendre très longtemps pour un écho positif. »

Sa vie

Jeunesse rebelle
Née à Berlin, Meret Oppenheim est un esprit rebelle dès son plus jeune âge. En conflit avec son père, elle souhaite devenir peintre et intègre une école d’art à Bâle (sa mère étant suisse) dès l’âge de 17 ans.

L’amante de Man Ray, Max Ernst, Marcel Duchamp
Deux ans plus tard, voilà la jeune fille à Paris. À Montparnasse, elle fréquente l’Académie de la Grande-Chaumière. Dès 1933, elle expose avec les surréalistes, ayant fait la connaissance de Jean Arp, d’Alberto Giacometti, d’André Breton, de Max Ernst et de Man Ray. Sa beauté androgyne séduit le photographe, dont elle devient l’amante et le modèle. Voulant être libre, s’affranchir du dictat de la maternité, elle est aussi volage. Oppenheim vit une folle passion avec Max Ernst, et est un temps la maîtresse de Marcel Duchamp !

Le Déjeuner en fourrure : origines d’un symbole du surréalisme
Oppenheim ne se contente pas d’être une muse. Elle est d’abord une artiste. Son œuvre la plus célèbre est bien sûr le Déjeuner en fourrure (1936) dont l’origine mérite d’être rappelée : Meret Oppenheim se rend au café de Flore, accessoirisée d’un bracelet doublé de fourrure de son invention, pour y rencontrer ses amis Pablo Picasso et Dora Maar. Devant son thé refroidissant, le Catalan lui suggère de recouvrir tous les objets du quotidien de fourrure. Oppenheim a l’audace de mettre sa remarque blagueuse en pratique et réalise un petit-déjeuner (tasse, soucoupe et cuillère) recouvert de fourrure, le transformant en objet absurde et décadent. L’œuvre est exposée en 1936 à Paris.

Du rouge à lèvres ou de la ficelle pour matériau
Pour composer ses œuvres picturales, l’artiste n’hésite pas à employer des matériaux insolites, à l’exemple de rouge à lèvres ou de ficelle qu’elle associe à de la gouache. Oppenheim est fascinée par les formes organiques. Elle est aussi une féministe convaincue, jouant avec la thématique du désir, de la sexualité. Passionnée par les forces de l’inconscient depuis son adolescence, l’artiste lit avec ferveur les écrits de Carl Gustav Jung et note ses rêves.

Les paysages helvètes, sources d’œuvres abstraites
Pendant la Seconde Guerre mondiale, Oppenheim est en Suisse. Elle épouse Wolfgang La Roche, et entreprend une formation de restauratrice. En 1954, Meret Oppenheim ouvre un atelier à Berne et réalise de nombreuses œuvres à la frontière de l’abstraction qui cultivent un lien fort avec la nature et le paysage helvète.

Une infatigable surréaliste
Intéressée par toutes les formes de création, Meret Oppenheim dessine les costumes et les masques de la pièce de Picasso, Le Désir attrapé par la queue, en 1956. L’artiste ne quitte pas les rangs du surréalisme et présente en 1959, à Berne, une installation : Le Festin, soit un repas dressé sur le corps d’une femme nue. La dernière partie de sa vie est très active : Oppenheim expose à travers l’Europe, collabore avec des revues d’art, publie sa poésie et sculpte. L’artiste meurt brutalement d’une crise cardiaque en 1985.

Ses œuvres clés

Meret Oppenheim, Le Déjeuner en fourrure
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Meret Oppenheim, Le Déjeuner en fourrure, 1936

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Tasse, soucoupe et cuillère recouvertes de fourrure de gazelle • Coll. MoMA, New York • © Adagp, Paris 2024

Le Déjeuner en fourrure, 1936
Pièce maîtresse de la collection du MoMA (qui ne la prête plus) à New York, cet objet est devenu l’un des symboles du surréalisme. Le titre est trouvé par André Breton, qui l’expose en 1936. Cet ensemble recouvert d’une fourrure mouchetée de gazelle chinoise est à la fois une référence au Déjeuner sur l’herbe d’Édouard Manet, qui défraya la chronique en 1863, et au roman La Vénus à la fourrure de Leopold von Sacher-Masoch (1870). Oppenheim tisse des liens entre érotisme et animalité, volupté et banalité. Son utilité est purement symbolique !

Meret Oppenheim, Ma gouvernante
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Meret Oppenheim, Ma gouvernante, 1936–1967

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Plaque métallique, chaussures, ficelle et papier • 14 × 33 × 21 cm • Coll. Moderna Museet, Stockholm • © Adagp, Paris 2024

Ma gouvernante, 1936–1967
Cet objet relève une nouvelle fois du bizarre, dont Meret Oppenheim se fait une ambassadrice. L’œuvre se compose d’une paire de souliers blancs féminins, ficelés comme un rôti et déposés sur un plat en argent. Les talons sont travaillés comme des manches à gigot. Oppenheim associe souvent des objets venus de l’univers féminin à des situations qui évoquent la cruauté, la trivialité, l’asservissement.

Meret Oppenheim, Radiographie du crâne M.O
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Meret Oppenheim, Radiographie du crâne M.O, 1964

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impression 1981 • 24,9 × 20,3 cm • Coll. SFMOMA, San Francisco • © Adagp, Paris 2024

Radiographie du crâne M.O, 1964
Dans ce curieux autoportrait en négatif, Meret Oppenheim utilise la radiographie, technologie médicale capable de pénétrer la matière solide pour révéler la structure osseuse. Jouant entre le visible et l’invisible, l’intérieur et l’extérieur, l’artiste dévoile son intimité tout en demeurant méconnaissable et anonyme. Il s’agit d’une allégorie de l’introspection, au sens propre du terme, mais aussi d’une évocation de la mort.

Par • le 11 mars 2024
Retrouvez dans l’Encyclo : Surréalisme Meret Oppenheim

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