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LE TOPO

Marina Abramović en 2 minutes

Marina Abramović (née en 1946) en bref

Pionnière de l’art de la performance, Marina Abramović incarne une forme de radicalité dans les actions qu’elle présente au public depuis les années 1970. Repoussant sans cesse les limites du corps et de l’esprit, questionnant l’immatérialité, l’artiste serbe a engagé une collaboration avec son compagnon Ulay (1943–2020), autre figure de la performance, en 1975. Depuis les années 1990, elle performe seule et remporte le Lion d’or du meilleur artiste lors de la 47e Biennale de Venise en 1997. Plus théâtralisées que par le passé, ses performances questionnent notre rapport à l’autre, à la violence, à l’acceptation, au temps et à la mort. Son œuvre, à la fois essentielle et complexe, se confond avec l’expérience métaphysique et spirituelle.

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Marina Abramović

Elle a dit

« Ce que vous faites n’est pas important. Ce qui est vraiment important, c’est l’état d’esprit à partir duquel vous le faites. »

La vie de Marina Abramović en quelques dates

Une enfance serbe

Marina Abramović est née le 30 novembre 1946 à Belgrade, dans l’ancienne Yougoslavie, dans une famille de notables. Politisés, ses parents étaient partisans yougoslaves pendant la Seconde Guerre mondiale et des soutiens à la politique de Tito après la guerre. Sa mère dirige le musée de l’Art et de la Révolution à Belgrade. Marina est élevée par sa grand-mère maternelle, orthodoxe pratiquante. Elle ne rejoindra ses parents qu’à l’âge de 6 ans. Le foyer familial est alors dominé par un père absent et une mère autoritaire et maniaque. Très jeune, Marina Abramović est encouragée à pratiquer le dessin et la peinture.

La rencontre avec l’art conceptuel

Dans les années 1960, Marina Abramović étudie la peinture aux Beaux-Arts de Belgrade. Progressivement, elle quitte l’expression figurative pour développer un langage pictural plus abstrait. Au début des années 1970, la jeune artiste poursuit ses études aux Beaux-Arts de Zagreb. Elle commence à utiliser son corps comme médium et fait la connaissance d’artistes conceptuels tels que Zoran Popović. Elle commence à s’intéresser à l’art de la performance et se marie avec l’artiste Neša Paripović en 1971. En 1973, elle rencontre Joseph Beuys dont les performances la marquent, et collabore avec Hermann Nitsch, représentant de l’actionnisme viennois. La même année, elle performe Rhythm 10 à Rome et explore les limites du corps. Dans les années 1970, elle poursuit ses « Rhythm Series » en Italie.

En duo avec Ulay

En 1975, Marina Abramović fait la connaissance de l’artiste allemand Ulay à Amsterdam. Divorçant de son premier mari, elle quitte son giron familial. De 1977 à 1979, Marina et Ulay créent des œuvres en collaboration (par exemple la performance Imponderabilia). Ils signent le manifeste Art Vital et entament un périple en Europe. En 1980, le couple se fixe à Amsterdam tout en voyageant. Pendant neuf mois, tous deux vivent avec la tribu Pintupi en Australie et créent des performances inspirées par leur découverte de la culture aborigène. En Inde, ils rencontrent le dalaï-lama. Ils développent alors leur intérêt pour la pensée tibétaine et la méditation Vipassanā. Bien quel leur relation personnelle se dégrade, ils poursuivent leur travail en commun. En 1988, une performance (The Lovers) les conduisant à se rejoindre sur la Grande Muraille de Chine acte la fin de leur relation amoureuse.

Marina Abramović en solo

En 1990, Marina Abramović s’installe à Paris et participe à l’exposition marquante « Magiciens de la terre » au Centre Pompidou. En 1991, elle est professeure invitée au Hochschule der Kunst à Berlin et à l’École des beaux-arts de Paris. Elle travaille sur ses Transitory Objects, puis devient professeure à Hambourg tandis que son studio est à Berlin. Développant la théâtralisation de ses performances, elle joue Biography sur différentes scènes européennes. Sa première rétrospective se tient au Museum of Art d’Oxford en 1995. Deux ans plus tard, Marina Abramović représente le Monténégro et la Serbie dans le pavillon de l’ex-Yougoslavie à la 47e Biennale de Venise. Un incident diplomatique la conduit finalement à présenter sa performance Balkan Baroque au sein du pavillon de l’Italie. Elle remporte le Lion d’or. À cette époque, elle fait la connaissance de Paolo Canevari qui devient son compagnon. Elle développe l’atelier « Cleaning the House », une série d’exercices dédiés à la concentration et la purification du corps et de l’esprit.

La consécration au MoMA

Un an après la mort de son père en 2000, Marina Abramović lui dédie une performance, The Hero. Elle mène le projet interactif Dream House à l’Echigo-Tsumari Art Triennale au Japon. Installée à New York à partir de 2002, elle performe dans de grands musées américains, et reprend des performances d’autres artistes tels que Valie Export ou Joseph Beuys. En 2006, Marina Abramović s’installe à Hudson (État de New York) et ouvre un centre dédié à la performance. En 2010, une grande rétrospective lui est consacrée par le MoMA : « The Artist is Present ». En 2012, un documentaire dédié à son œuvre est présenté au Sundance Film Festival. Depuis les années 2010, de grandes expositions à travers le monde confirment son statut d’icône de l’art contemporain. En 2021, Marina Abramović conçoit le spectacle 7 Deaths of Maria Callas à l’Opéra de Paris.

Ses œuvres clés

Marina Abramovic, Rhythm 0
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Marina Abramovic, Rhythm 0, 1974

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Performance à Naples • 6 heures • © Courtesy of the Marina Abramovic Archives / ADAGP, Paris 2024 / © Bridgeman Images

Rhythm 0, 1974

Cette performance emblématique a eu lieu à Naples en 1964. Durant six heures, Marina Abramović s’est tenue seule face à un public invité à agir directement sur elle, à l’aide d’un choix d’objets divers pouvant procurer autant de plaisir et de douceur (une plume, de la nourriture…) que de blessures (des ciseaux, un scalpel), voire susceptibles de la tuer (un pistolet chargé d’une balle). Le but de cette performance est d’interroger la notion de limites : celles de l’artiste mais aussi celles que les spectateurs, devenus acteurs, s’imposent ou transgressent. À quoi aboutit la liberté d’action ? À prodiguer du bien ou, au contraire, à laisser libre cours à ses pulsions ?

Marina Abramovic, The Lovers (avec Ulay)
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Marina Abramovic, The Lovers (avec Ulay), 1988

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Performance sur la muraille de Chine • 90 jours • © Courtesy of the Marina Abramovic Archives / ADAGP, Paris 2024

The Lovers (avec Ulay), 1988

Tandis que Marina Abramović débute sa marche depuis la passe de Shanhai, à l’est de la Grande Muraille, Ulay l’entreprend depuis l’opposé, près du désert de Gobi. Après 90 jours, les deux artistes qui forment aussi un couple depuis 1976 se rejoignent. Cette rencontre signe la fin de leur relation amoureuse, mais aussi de 20 ans de collaboration artistique. La vidéo de cette performance célèbre est présentée au Stedelijk Museum d’Amsterdam en 1989. À la fois tragique et poétique, épique, hautement émotionnelle et physique, cette performance mêle vie intime et vie d’artiste, interroge la quête d’amour mais aussi la confrontation à la séparation, la souffrance, le dépassement de soi.

Marina Abramovic, The Artist is Present
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Marina Abramovic, The Artist is Present, 2010

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Performance à New York • 8 heures par jour pendant 3 mois • © Courtesy of the Marina Abramovic Archives / ADAGP, Paris 2024

The Artist Is Present, 2010

Présentée au MoMA dans le cadre de sa rétrospective, cette performance place Marina Abramović seule, muette et immobile, huit heures par jour face à un public. Pendant trois mois, assise sur une chaise, devant une table en bois, elle regarde avec impassibilité 1 500 participants installés une minute tour à tour face à elle, la défiant du regard, indifférents, émus ou dans l’empathie, selon le comportement de chacun. Seule interprète d’elle-même, comme une icône des temps modernes, sa présence traduit l’intensité de la place de l’artiste face au monde.

Par • le 12 août 2024
Retrouvez dans l’Encyclo : Marina Abramović

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