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LE TOPO

Le constructivisme en deux minutes

Le constructivisme russe en bref

Mouvement d’avant-garde dont le nom est apparu publiquement en 1922, le constructivisme russe s’est construit sur des acquis théoriques et esthétiques forgés dès les années 1910. En effet, le cubisme, le futurisme et ses concordances russes (le cubo-futurisme, le rayonnisme, le suprématisme) ont posé les jalons des principes qui le régissent. Le constructivisme met l’accent sur l’utilité sociale de l’art moderne, prône un vocabulaire résolument abstrait et géométrique, et l’emploi de matériaux et de techniques industriels. Les artistes constructivistes cherchent à façonner un monde nouveau, en abolissant les frontières entre les genres artistiques, mais aussi entre l’art et la société. Ses principaux acteurs sont Vladimir Tatline, les frères Naum Gabo et Antoine Pevsner, Alexandre Rodtchenko et El Lissitzky.

On a dit du constructivisme

« Nous proclamons aujourd’hui artistes, peintres, sculpteurs, musiciens, acteurs, poètes notre parole et notre action… à vous les gens pour qui l’Art n’est pas un simple terrain de conversation, mais au contraire source d’exaltation réelle » (Naum Gabo, Manifeste réaliste, 1920)

Le constructivisme russe en quelques dates

Le pré-constructivisme

Il est essentiel de considérer les acquis de cette première période (1913–1914/1920–1921) dans la formation du constructivisme russe, en particulier les apports de Kasimir Malevitch et de Vladimir Tatline. Ces deux artistes appellent déjà le peintre à devenir un constructeur. L’abstraction russe combat la représentativité mais ce mouvement n’est pas unitaire. Il se partage entre l’abstraction spiritualiste de Vassily Kandinsky et de Malevitch, tenant du suprématisme, et celle plus matérielle de Tatline. Ce dernier – annonciateur du constructivisme – devient le porte-drapeau d’un art d’avant-garde prônant la synthèse des arts, à portée politique et communiste. Accompagnant la révolution bolchévique de 1917, l’art pré-constructiviste veut rompre avec l’ordre ancien, l’art élitiste, et intégrer l’art aux aspects pratiques de la vie moderne.

Des meneurs qui veulent rompre avec les conventions

Deux artistes jouent également un rôle fondateur : les frères Naum Gabo et Antoine Pevsner. Tous deux font paraître leur Manifeste réaliste, écrit en 1920. Ils revendiquent un art d’avant-garde détaché de contingences trop politiques, insistant sur les notions d’espace et de temps, visant l’expression d’un réel au-delà des apparences et intégrant les mouvements cinétiques et dynamiques. Ce manifeste influence très probablement Alexandre Rodtchenko, acteur du constructivisme à partir de 1921. Érigeant la facture en acte créateur, il travaille un vocabulaire abstrait, combinant lignes et couleurs de manière libre, insistant également sur la dimension technique. Ses œuvres magnifient la ligne droite, circulaire et quadrillée, sans référence au réel.

Un vocabulaire plastique au service de nouveaux idéaux

L’abstraction géométrique régit l’esthétique constructiviste. Les couleurs sont vives, les compositions dynamiques et les matériaux employés, tels que le métal, le verre ou le plastique, sont issus du monde industriel. L’art, qui a pour vocation d’être utile, doit s’intégrer aux aspects pratiques de la vie moderne. Il doit aussi accompagner la réalisation des idéaux socialistes. L’art est conçu sur le principe de la construction et non de la représentation. Le constructivisme demeure actif jusque dans les années 1930.

Des œuvres clés

Vladimir Tatline (d’après), Maquette du Monument à la Troisième-Internationale, 1919/1979

Vladimir Tatline et un assistant devant la maquette en bois et métal du « Monument à la Troisième-International » (1919-1979), 420 cm de hauteur
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Vladimir Tatline et un assistant devant la maquette en bois et métal du « Monument à la Troisième-International » (1919–1979), 420 cm de hauteur, novembre 1920

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Photographie originale perdue • Photo provenant de Nikolai Punin: Tatlin (Protiv kubizma) Gosizdat, Petrograd 1921

Vladimir Tatline est considéré comme le représentant du constructivisme russe naissant, dès avant la révolution bolchevique, au travers de ses « reliefs picturaux », des constructions géométriques abstraites se développant dans l’espace. Tatline considère que l’art a une fonction sociale et doit intégrer les techniques industrielles. Son but est de s’adresser au peuple et à la classe ouvrière. En 1919, il conçoit son œuvre majeure : son projet pour un Monument à la Troisième-Internationale. Cette construction abstraite et dynamique, symbolisant la poussée conquérante du socialisme et célébrant la Troisième Internationale fondée par Lénine en 1919, reste à l’état de maquette.

Naum Gabo, Colonne, vers 1923 (reconstruit en 1937)

Naum Gabo, Colonne
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Naum Gabo, Colonne, vers 1923 (reconstruit en 1937)

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Perspex, bois, métal et verre • 104,5 × 75 cm • Coll. Solomon R. Guggenheim museum, New York

Principal représentant du constructivisme russe au côté de son frère Antoine Pevsner, Naum Gabo est un pionnier de la sculpture moderne. Bénéficiant d’une formation d’ingénieur, il cherche à fusionner sculpture et architecture en une seule unité. L’artiste accorde une importance majeure à la notion d’espace et emploie un vocabulaire géométrique rationnel. Gabo privilégie également des matériaux modernes, comme le plastique. Son but n’est pas seulement technique. En travaillant les effets de profondeur et de transparence, Gabo souhaite ouvrir le spectateur à une autre réalité, universelle et spirituelle.

Alexandre Rodtchenko, Publicité pour la maison d’édition Knigi, à partir du portrait de Lili Brik, 1924

Alexandr Rodtchenko, Publicité pour la maison d’édition Knigi, à partir du portrait de Lili Brik
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Alexandr Rodtchenko, Publicité pour la maison d’édition Knigi, à partir du portrait de Lili Brik, 1924

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© Adagp, Paris 2025

Grand nom de l’avant-garde soviétique, Alexandre Rodtchenko est à la fois peintre, sculpteur, photographe. Artiste de gauche, il réalise de nombreuses affiches politiques et publicitaires marquées par l’esthétique constructiviste. Excellant dans le design, Rodtchenko met ici en scène Lili Brik criant au sein d’un porte-voix virtuel, dans le cadre d’une publicité promouvant une nouvelle maison d’édition. Son esthétique épurée et graphique répond au désir de Rodtchenko de prôner un art fonctionnel et au service de la société.

Par • le 15 septembre 2025
Retrouvez dans l’Encyclo : Constructivisme

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