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ARCHITECTURE

Le Fenix à Rotterdam : un spectaculaire nouveau musée d’art dédié aux migrations

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Publié le , mis à jour le
Pour le musée d’art dédié à l’histoire des migrations inauguré en mai, l’architecte chinois Ma Yansong a imaginé une spectaculaire structure, invitant à repenser un monde en perpétuel mouvement.
L’escalier extérieur du Fenix, rutilante spirale, s’appuie sur un ancien entrepôt situé sur les quais de la ville portuaire, lieu emblématique d’arrivées et de départs.
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L’escalier extérieur du Fenix, rutilante spirale, s’appuie sur un ancien entrepôt situé sur les quais de la ville portuaire, lieu emblématique d’arrivées et de départs.

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© Iwan Baan

Qu’un architecte installé à Beijing signe le Fenix, nouveau musée des migrations de Rotterdam, c’était en somme écrit. Car cet édifice prend place dans ce qui fut autrefois le plus grand quartier chinois d’Europe. Là s’étalaient aussi les bordels du quartier rouge, là s’étiraient encore les quais d’où trois millions de migrants prirent la mer. Albert Einstein et Willem de Kooning en firent partie.

Pour célébrer ce maelström de récits d’exil et d’espérance, Ma Yansong, fondateur en 2004 de l’agence MAD, y a amarré un escalier à double hélice qu’il a baptisé la Tornade. Autant dire qu’ici le statisme n’est pas de mise. L’élément nickelé de 297 panneaux de métal poli inoxydable, tapissé de 12 500 planches de bois issu des forêts norvégiennes formant marches et parois, vous attrape et vous avale, vous tire vers le haut et vous rejette sur une plateforme, vigie de navire d’où le paysage urbain surgit avec une telle force qu’il en devient un élément clé de l’édifice.

Plus qu’un musée, un voyage

Cette prouesse vient s’ajouter aux différents bâtiments signés par cet architecte souvent estampillé futuriste. En réalité, Ma Yansong se veut adepte d’une architecture qui réconcilierait la nature et les émotions, d’un biomorphisme mâtiné d’abstraction que l’on qualifierait plutôt dans le cas présent de bolidisme vertigineux.

Avec l’exceptionnel Depot of Museum Boijmans Van Beuningen, bâtiment miroitant en forme de bol, et le marché couvert en demi-arche, tous deux signés par l’agence MVRDV, ce nouvel ovni consacre un peu plus encore la ville de Rotterdam comme une destination phare de l’architecture contemporaine. Le musée vient honorer les 170 nationalités qui se côtoient dans la cité portuaire.

Long de 176 mètres sur 50 mètres de large, cet ancien entrepôt édifié en 1923 par Cornelis Nicolaas Van Goor est d’une qualité exceptionnelle. Ses voûtes de béton aux arêtes Art déco, ses fenêtres à petits carreaux biseautées aux quatre angles, ses volumes somptueux, en font un site d’exposition majeur. Réhabilité par l’agence Bureau Polderman, il a retrouvé ses portes coulissantes dans leur couleur verte d’origine. C’est sur ce navire ancré en plein quai que Ma Yansong a planté son stupéfiant escalier. Ses 336 marches, distribuées sur les 550 mètres de longueur des deux volutes, percent un toit transparent.

Le vaste hall central de 2 275 m2, baptisé Plein (« carré » en néerlandais) et arrosé de lumière naturelle, se veut un espace communautaire. Du sommet, qui peut aussi se gagner par un ascenseur vitré, le regard embrasse la Meuse et le mythique Hôtel New York, haut lieu de l’émigration vers les Amériques. Plus loin se distinguent les bâtiments signés Rem Koolhaas, Santiago Calatrava ou Renzo Piano. Bref, du grand spectacle.

Métaphore dynamique de l’exil

Avec 4 000 m2 d’acier poli réfléchissant mais déformant, Ma Yansong a mis en scène l’énigme de l’exil, la fragilité du voyage, l’enchevêtrement des parcours (d’où la double hélice), le regard porté sur soi-même quand on devient un autre en quittant sa terre natale. Métaphore dynamique, cette spirale – que d’aucuns prendront de loin pour un toboggan de piscine géant – émerge de l’entrepôt comme une orgie de serpents, comme autant de tentacules de méduse. Et médusés, nous le sommes. Les commissaires des nouvelles expositions se plaisent à répéter que Fenix, plus qu’un musée, est un voyage.

La complexité de son escalier central, le bouillonnement des tubes d’acier, la fascination qu’il exerce en font même un trip hallucinatoire vers des paradis que l’on jurerait artificiels. Pour accrocher cette construction à l’entrepôt, l’architecte a bâti un socle de béton qui, peint en blanc, jure sur le gris de la structure primaire. On peut la juger un peu lourde. Ma Yansong en convient, preuve que l’architecture aussi est un voyage au cours duquel les visions du monde évoluent et se transforment.

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